LKS SEPT PAROLES DK JE» US EN CROIX
MÉDITATION POUR LE DIMANCHE
SUR LES PAUOLKS : Moil Père, pardonnez -leur. ^
Considérez Jésus sur la croix : quoique plongé dans la désolation et réduit à l'agonie, il ne se plaint pas; mais avec des torrents de larmes et de profonds soupirs, il offre à son Père ses souffrances, son sang et sa mort prochaine pour votre salut. L'adorable Sauveur pendant sa vie n'avait cessé de prier pour le salut des âmes, et maintenant sur le point de mourir, il ne veut pas encore les priver du bienfait de ses prières. Ecoutez, voici que Jésus dans l'excès de sa charité s'adresse à son Père d'une voix suppliante. S'il ouvre la bouche, ce n'est pas pour crier vengeance, pour demander justice; il ne veut pas la punition de ses ennemis ; au contraire, c'est la miséricorde qui le porte à recourir pour eux à son Père : Mon Père, ditil, mon Père, pardonnez à ceux qui m'ont crucifié : Pater, dimitte illis. ^ Et pour montrer d'une manière plus évidente les dispositions qui l'animent à l'égard
(1) Luc. 23, 34. r^ Ibid.
des pécheurs, le désir extrême qu'il a de les voir parvenir au pardon et au salut, il ajoute à sa prière une excuse en leur faveur. Pauvre peuple ! dit-iL, pauvre peuple ! il ne sait ce qu'il fait ; il ne me connaît pas : pardonnez, mon Père; ces pauvres pécheurs n'en savent pas davantage : Non enim sciunt quid faciunt '. 0 cœur aimant de Jésus ! les ingratitudes des hommes, les tourments les plus cruels ont eu beau vous assaillir comme des flots impétueux, ils n'ont pu refroidir les flammes ardentes de votre charité envers nous. Vous êtes vraiment le Dieu d'amour, et l'amour suprême.
Ah ! mon âme, pourquoi n'aimes-lu pas Jésus ? — Arrêtez-vous ici et faites cette réflexion : Si Jésus aime tellement celui qui le met à mort, s'il prie de la sorte pour celui qui l'outrage, combien ne vous aimerat-il pas si vous l'aimez, si vous correspondez à ses grâces?
Considérez que dans cette circonstance Jésus ne pria pas seulement pour ses bourreaux, mais aussi pour vous et pour tous les pécheurs. — Il pria, afin d'exciter dans votre cœur la confiance et l'espoir d'obtenir le pardon de vos péchés, et de vous porter à aimer ce Dieu, cette bonté éternelle, cette immense charité, cette miséricorde infinie. Elève-toi, mon âme, au-dessus des sens ; tourne-toi vers Jésus, contemplele cloué à la croix, regarde-le et pleure d'avoir ofi'ensé ce Dieu plein de bonté,
0 mon Dieu, ô tendresse ineffable du cœur de mon Jésus ! quoi ! vous avez tant de compassion pour vos ennemis, Seigneur, que de prier pour eux au moment même où ces cruels vous ont abîmé dans une mer de
(l)Luc. 23, 34.
douleur, qu'ils se rient de vos tourments, qu'ils tournent en ridicule votre doctrine et méprisent vos paroles ! 0 Dieu ! Ò amour infini ! qui ne se sentirait porté à détester ses péchés, à implorer miséricorde, à espérer son pardon ? Qui ne brûlerait d'amour pour votre infinie bonté? Qui refuserait, à la vue d'un tel exemple, à pardonner à ses ennemis et à prier pour ceux qui l'ont offensé ? Celui qui tiendrait une pareille conduite ne mériterait plus d'être votre disciple, et serait indigne du titre de chrétien.
0 mon doux Jésus, Sauveur de mon âme, ayez pitié de moi ! Mon généreux Rédempteur, rappelez à votre Père céleste ces paroles pleines de miséricorde, arrosées de vos larmes et mêlées à votre précieux sang; afin que, en considération de vos mérites infinis, mes péchés me soient pardonnes, comme je pardonne aussi à ceux qui m'ont offensé ; je les déplore plus que tout autre mal, parce qu'ils ont offensé le souverain Bien. Je sais que vous m'aimez comme le fruit de votre croix, comme la récompense de votre passion, comme le prix de vos souffrances. Faites-moi la grâce, ô mon Sauveur, de vivre selon votre bon plaisir et que plus rien ne me plaise si ce n'est de vous aimer, vous qui le premier et par pure bonté m'avez aimé plus que votre vie.
PRATIQUE
Pour l'amour de Jésus crucifié, pardonnez à quiconque vous fait du mal, priez pour celui qui vous cause du déplaisir ou de la peine. — Pardonnez comme vous désirez que Dieu vous pardonne ; ne prétextez pas que celui qui vous a offensé ne mérite pas de pardon, car vous le méritez bien moins que lui de la part de Dieu. — Dieu vous pardonne vos énormes péchés par un effet de sa miséricorde, vous devez pardonner au pro-
Vi DU PAR. 10
chain ses injustices et ses torts à votre égard, parce que Jésus-Christ le veut et l'ordonne ainsi : vous devez le faire par amour pour votre Dieu. Si vous ne pardonnez pas, n'espérez pas de pardon : Dimittite et dimittemini. ^
MÉDITATION POUR LE LUNDI
SUR LES PAROLES ." Bès aujourd'hui vous sere: avec moi en paradis.-
Considérez qu'en vertu de la prière de Jésus en croix, le larron qui était crucifié à sa droite, reçut la grâce de rentrer en lui-même et de se repentir de ses péchés. —
Ce pécheur pénitent se tourne vers le Sauveur, et pénétré de contrition et de confiance, il se recommande du fond du cœur à cette bonté infinie : Domine, memento mei, cum veneris in regnum tuum; ^ « Seigneur, dit-il, souvenez-vous de moi lorsque vous serez entré dans votre royaume. " II n'en faut pas davantage, touché de compassion, le Cœur généreux du divin Rédempteur le déclare justifié, et lui donne l'assurance qu'il serait ce jour-là même avec lui dans les limbes, où la présence de sa très-sainte âme devait apporter aux Justes la gloire et la félicité des Bienheureux. Dès aujourd'hui, dit-il, dès aujourd'hui, mon fils, vous serez avec moi en paradis; Amen dico Ubi: Hodie mecum eris in paradiso. Heureux larron, qui avez su dérober le royaume des cieux ! Aujourd'hui la scène va changer pour vous, et de cette croix de tourments vous passerez à un séjour de délices ; de ce gibet infâme vous serez élevé sur un
(1) Lue. 6, 37. (2^ Lue. 23, 42. (3) Ibid. 42.
trône de gloire. Mais moi, malheureux que je suis, j'ai bien su dérober à mon Dieu l'honneur que je lui devais, j'ai bien su lui soustraire les affections de mon cœur et celles de ses créatures pour les sacrifier à mes passions ; et maintenant je ne puis, par mon repentir, par mes larmes, par mon amour, par mes vertus, ravir le paradis ! Mon cher Rédempteur! je confesse que je suis un grand pécheur, digne de mille croix, de mille supplices, de mille enfers. Bonté infinie ! ayez pitié de moi ! regardez-moi avec amour comme vous avez regardé ce pauvre larron, et faites que ce cœur perfide se fonde en larmes de contrition, qu'il éclate en sanglots et en sentiments de confiance et d'amour,
Considérez les vertus qu'exerce ce bon larron sur la croix, afin de les imiter. — Il correspond aux lumières de la grâce, il prend la résolution de se repentir, conçoit l'esprit de pénitence, et brise son cœur par la contrition de ses péchés. Il reprend et avertit avec un courage magnanime son compagnon qui s'abandonne à l'impatience et au blasphème. Il confesse au milieu d'un monde ennemi, en face d'incrédules, que Jésus est son Dieu, qu'il est la justice, la sainteté, l'innocence même ; il fait cette confession de foi en dépit des méchants qui condamnent le Sauveur comme un criminel, et le crucifient comme un malfaiteur : Et nos quidem juste ; nam digna factis recipimus : hic vero nihil maie gessit : ^ « Pour nous, ce n'est pas sans sujet que nous sommes condamnés; car nous portons la peine due à nos crimes; mais lui, il n'a fait aucun mal. » Les apôtres prennent la fuite, les disciples du Sauveur se cachent, ses connaissances se taisent, ses amis redoutent la fureur des
(1) Luc. 23,41.
Juifs; et ce bon larron ne craint rien; au milieu des ignominies de la croix, sous les tortures du crucifiement, il fait entendre à tout le monde que le Christ est Dieu, qu'il est le Roi de majesté et le principe de la gloire. — Sa prière est héroïque : il ne demanfie pas du soulagement dans ses peines, il ne cherche pas à échapper à la mort ; il implore uniquement le pardon de ses péchés, et ne désire que le royaume des cieux. — Bien vous en a pris, fortuné larron, d'avoir su embrasser Jésus dans les opprobres ; bientôt vous l'embrasserez dans la gloire. — Qu'aucun pécheur ne se laisse aller à la défiance , qu'aucun ne désespère de son salut. Quiconque s'humilie et se repent avec le bon propos de changer de vie, est sûr d'obtenir de Jésus son pardon.
0 heureuse croix, que celle qui est portée avec résignation , quand même elle aurait été fabriquée par nos péchés 1 Croix chérie, que tu es précieuse ! Quiconque t'embrasse, recevra les embrassements de Jésus ; et quiconque te repousse, sera repoussé de Jésus ! 0 Roi éternel, j'avoue qu'en punition de mes péchés, je suis justement étendu sur une croix composée de mille peines et de mille tribulations : ne m'oubliez pas cependant, sojez-moi propice ; abaissez sur moi les regards bienveillants de votre miséricorde, et, de grâce, sauvez-moi. N'ayez point égard à mon indignité, considérez vos propres mérites, appliquez-les à mon âme; et que votre précieux sang, répandu pour moi, plaide et triomphe en ma faveur.
PRATIQUE
La croix vous est nécessaire. Vous devez souffrir comme homme, comme pécheur, comme prédestiné. Souffrir! telle est la noble enseigne des élus. Embrassez votre croix pour l'amour de Jésus crucifié, quelque dure
qu'elle vous paraisse. — C'est Dieu qui vous l'envoie ; supportez-la avec patience, avec joie, avec amour. — Priez Jésus de vous faire la grâce de souffrir courageusement, et de vous préserver du péché. — Prenez garde qu'en punition de vos impatiences et de vos murmures il ne vous arrive ce qui est arrivé au mauvais larron, qui mourut en désespéré.
MEDITATION POUR LE MARDI
SUR CES PAROLES : Voilà votre fils; Voilà votre Mère. ^
Considérez que Jésus, sur le point de mourir, ne songe encore qu'à nous faire du bien. — Il prie pour ses bourreaux, il pardonne au larron pénitent ; puis du haut de ce trône de douleur, il jette les yeux sur Marie et sur Jean, en compatissant à leur affliction ; pour les consoler, il recommande son disciple à sa mère et le lui donne pour fils : Ecce filius tuus. ^ « Voilà votre fils. » Ensuite il recommande Marie au disciple bien-airaé, et la lui donne pour mère : Ecce mater tua. ^ « Voilà votre mère. » Ainsi en sa double qualité et de fils de Marie, et de maître de Jean, il étend sa sollicitude à l'un et à l'autre.
0 mon doux Jésus ! vous avez bien plus besoin que personne qu'on pense à vous consoler, vous qui êtes réduit à l'agonie, accablé d'ignomonie et de souffrances. Et cependant votre bonté infinie est aussi préoccupée de nous, que si vous vous trouviez sur un trône de gloire.
Que votre amour est prodigieux ! que votre providence
'1) Joan. 19. (2; Ibid. 19, 26. (3) Ibid. 27.
à l'égard de vos élus est admirable ! On vous nomme sur cette croix le Roi de douleur; mais je m'aperçois pour mon bonheur que vous n'êtes pas moins le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation ; car vous y êtes plus préoccupé de me fortifier dans mes angoisses, de modérer mes craintes, de ranimer la confiance dans mon âme abattue, que vous ne paraissez l'être du sentiment de vos peines. 0 divin consolateur des affligés ! si vous pensez tant à ceux qui vous appartiennent, ne m'oubliez pas maintenant que vous êtes dans le paradis.
Considérez que votre aimable Rédempteur vous laisse, dans ce testament d'amour, ce qu'il y a de plus précieux et de plus cher au monde. — Il donne Marie pour mère à tous les hommes, dans la personne de saint Jean, qui représente les élus, et il les recommande tous à sa protection, comme s'il disait : Ma Mère, je vous donne pour enfants tous ceux qui seront un jour mes disciples; et vous, mes élus, je vous recommande de regarder Marie comme votre mère. Telle est ma volonté, tel est mon testament. Que Marie ait soin de mes fidèles, et que ceux-ci portent amour et respect à Marie. — Et la divine Mère, soumise aux dispositions généreuses de Jésus, nous accepte volontiers tous pour ses enfants; elle nous embrasse comme tels et nous serre sur son cœur. — 0 legs d'une inefi"able charité ! ô excès de bonté ! ô condescendance extrême ! ô bonheur incomparable du chrétien ! avoir pour mère l'auguste Mère de Dieu, laissée par Jésus même à ses disciples, et se voir recommandé à sa tendresse ! 0 richesse du paradis, Marie ! ó céleste trésor, Marie ! ô don incomparable, Marie! Voilà ta mère, ô fidèle chrétien, Marie, qui t'accepte pour son enfant et qui t'enfante spirituellement
au pied de la croix, dans des transes inexprimables. 0 Vierge bénie ! désormais je vous appellerai toujours ma Mère, ma très-chère Mère, et avec une confiance filiale, je vous dirai à tout moment : Voici votre enfant, puisque Jésus-Christ m'a donné cette qualité et m'a recommandé à votre tendresse : Veillez sur moi comme sur un fils, protégez-moi comme une mòre de miséricorde, une mère d'espérance et d'amour. — Béni soit Jésus, qui, oubliant ses propres afflictions, est si occupé de mes intérêts ! Bénie soit Marie, qui, le cœur percé de douleur, n'oublie pas de me recevoir pour son enfant! Mon cher Rédempteur, je vous suis mille fois plus reconnaissant de ce don ineffable qui si vous m'aviez mis en possession de tous les trésors de l'univers. 0 mon Jésus! répandez en moi le plus tendre amour envers votre divine Mère, qui, grâce à vous, est aussi devenue la mienne. En considération des mérites de Marie, accordez-moi la grâce de vivre saintement sous sa douce protection ; que désormais toutes mes affections soient pour vous seuls, ô Jésus et Marie! afin que par votre miséricorde je sois admis un jour à jouir éternellement de vous en paradis.
PRATIQUE
Pour correspondre a un si grand amour et à un si grand bienfait de la part de Jésus, aimez Marie de tout votre cœur. — Que votre dévotion envers Marie soit solide, persévérante, sincère ; qu'elle vous porte à vous corriger de vos défauts et à vous exercer à la pratique des vertus chrétiennes. — Chaque jour remerciez Jésus de vous avoir donné Marie pour mère.
MÉDITATION POUR LE MERCREDI
SUR LES PAKOLEs: Mo7t Dieu, mon Dieu, pourquoi rnavezvous abandonné ? ^
Considérez que le Père éternel, envisageant dans son divin Fils la qualité de pécheur dont il s'était revêtu, laissa un libre cours à sa justice, et ne lui témoigna aucune compassion: il sembla donc l'abandonner à sa désolation. Déjà l'heure approchait où Jésus allait expirer; son affliction toujours croissante était arrivée à son comble : il se voyait abandonné de son Père céleste, déserté par ses disciples, oublié de ses amis, excepté quelques personnes, qui lui étaient bien chères sans doute, mais qu'il ne pouvait contempler au pied de la croix, sans éprouver au fond du cœur la plus vive amertume, à cause de la sympathie que lui inspirait leur douleur ; de sorte qu'à ce moment suprême, il ne rencontrait nulle part la moindre apparence de consolation ; la partie supérieure de l'âme ne soutenait même pas la partie inférieure. C'est pourquoi, du milieu de cette désolation profonde, le Sauveur poussa un grand cri; peu d'instants avant de mourir, pour exprimer la violence de ses peines intérieures, se tournant en esprit vers son Père, il s'écria avec un cœur humble et soumis à ses décrets : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez- vous abandonné ? » Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti mei — Remarquez ici la justice de Dieu qui, offensé par l'homme, châtie son Fils innocent, qui s'était fait notre caution, et acquittait nos dettes, sans lui
(1) Matth. 27,46,
montrer la moindre compassion dans ses angoisses extrêmes : Propter scelus populi mei percussi eum ^ . Apprends, ô mon âme, à craindre le péché et à le redouter plus que la mort. C'est moi, ô mon Dieu, mon souverain bien, moi, qui vous ai tant de fois tourné le dos, qui mérite d'être abandonné du ciel et de la terre. — Arrête-toi, ô mon âme, à contempler ton aimable Sauveur en proie à la désolation, adoucis ses chagrins, soutiens-le dans sa dernière agonie, en lui faisant compagnie par ta douleur et ton amour.
Considérez que Jésus a voulu nous faire connaître tout ce que lui fit souffrir cet abandon, pour votre encouragement, afin de vous animer à souffrir et à supporter, à son exemple, les afflictions et les obscurités, les ennuis et les tristesses, les craintes et les désolations, toutes les autres peines intérieures qui sont l'apanage ordinaire et presque inséparables des âmes privilégiées; et qu'ainsi puisant une nouvelle vigueur dans le cœur désolé de Jésus, vous portiez avec patience , avec résignation , avec foi et avec amour, le fardeau de vos croix, sans vous laisser aller aux plaintes, aux défiances, aux murmures. Vous devez donc recevoir les désolations et toutes les autres peines de la main bienfaisante de votre Père céleste, comme les dons les plus excellents de sa charité, comme les gages suprêmes de son amour : il vous traite en effet comme son Fils bien-aimé, lorsqu'il vous présente une goutte de ce calice amer que Jésus a dû boire jusqu'à la lie, et il veut vous rendre participant de sa gloire, en proportion de votre participation à ses souffrances.
'11 Is. 53, 8.
0 mon aimable Jésus ! que ne vous dois-je pas pour ce douloureux abandon que vous avez enduré par amour pour moi! Ingrat que je suis, je me suis révolté contre la volonté de mon Créateur pour suivre mes caprices déréglés, et mon Sauveur, par ses amères désolations, a voulu réparer auprès de la justice divine l'abus coupable que j'ai fait de ses inspirations, de ses lumières, et de ses voix miséricordieuses qui tant de fois m'ont invité à la pénitence, et de cette manière m'obtenir la grâce de n'être pas abandonné par la miséricorde divine. Bonté infinie, je vous rends grâces. 0 mon Dieu ! que votre tendre compassion ne s'éloigne pas de moi, et lorsque je sens le courage, les forces, la vertu m'abandonner, que votre grâce ne m'abandonne pas, mais qu'elle triomphe de moi et pour moi. Je confesse qu'en réalité mon plus grand bonheur est d'approcher les lèvres de ce calice que Jésus daigne me présenter de sa main, quelque amer qu'il soit, fùt-il de la dernière amertume ; à Dieu ne plaise donc que jamais plus j'en murmure! Non, jamais plus je ne refuserai le sublime don de la croix. J'unis mes peines aux peines de mon Jésus ; j'unis mes afflictions aux afflictions de mon Jésus, j'unis ma croix à la croix de mon Jésus, j'unis mes soupirs aux soupirs de mon Jésus ; je m'offre en union avec Jésus au Père éternel, et me résignant pleinement, en toutes choses, aux ordres de la divine providence, je m'écrierai à chaque instant, et dans quelque situation que je puisse me trouver, en dépit de l'enfer qui me pousse au désespoir, à la confusion du monde qui m'offre ses plaisirs, malgré mes passions qui refusent de souffrir, je m'écrierai, disje : Calicem quem dédit mihi Pater non bibam illum .? ' « Ne faut-il pas que je boive le calice que mon Père m'a donné à boire ? »
(1) Joan. IS, 11.
PRATIQUE
Dans vos désolations et vos combats, souvenez-vous de cet abandon de Jésus, et écriez-vous : Passio Domini nostri Jesu Christi, conforta me; « Passion de Jésus- Christ, mon Sauveur, fortifiez-moi. » Chaque jour vers les trois heures de l'après-midi, souvenez-vous de l'agonie et de l'abandon de Jésus sur la croix. — Ne dites jamais : Dieu m'a abandonné. Dieu me châtie; mais dites : Ita, Pater, quoniam sic fuit placitum, ante te;^ " Qu'il en soit ainsi, mon Père, puisque tel est votre bon plaisir. »
MEDITATION POUR LE JEUDI
SUH CES PAROLES : J'cU SOif.-
Considérez que Jésus mourant, par suite de l'abondance de sang qu'il avait perdu dans la flagellation, dans le couronnement d'épines, sur le chemin du Calvaire, sur la croix, en un mot dans les longues et cruelles tortures auxquelles on l'avait condamné, sentit ses entrailles dévorées d'une soif ardente ; étant près d'expirer, il voulut manifester ce tourment intérieur, en laissant échapper cette plainte : « J'ai soif : » Sitio. Une goutte d'eau, un rafraîchissement, quelque soulagement pour cette vie qui m'échappe; je suis altéré, •j'ai soif: Sitio. Cette supplication touchante n'émeut personne ; nul ne se met en peine de venir au secours du Sauveur agonisant dans la soif qui le brûle ; mais la cruauté de ses ennemis est toujours prête à inventer de
(1) Matth. 11,26. (2; Joan. 19,28.
nouveaux supplices. II y avait là un vase plein de vinaigre. Un des bourreaux prit une éponge, l'imbiba de ce vinaigre, et l'ayant mise au bout d'un roseau, il la présenta à Jésus, la pressant sur ses lèvres pour le forcer d'en boire.
0 Dieu ! refuser une goutte d'eau à un pauvre moribond qui n'en peut plus; que dis-je? au Seigneur mourant! Mais il n'y a pas de criminel si odieux à qui, au moment de la mort, on refuse un verre d'eau : pour Jésus seul toute compassion est éteinte. Mère, disciples, amis, que faites-vous ? Une goutte d'eau pour le Sauveur qui va mourir eL qui est tourmenté par la soif! — Hélas ! ils ne peuvent rien ! Pauvre Mère, disciples inconsolables, il ne leur est pas permis de procurer à Jésus le moindre secours ! 0 monde ingrat ! tu refuses une goutte d'eau à ton Sauveur, à ce Dieu qui te prodigue avec tant d'amour tout le sang de ses veines ! — Hélas ! Chrétien insensible, combien de fois n'as -tu pas refusé un soulagement à Jésus dans la personne de ses pauvres! Et combien de fois, par des paroles indécentes, n'as-tu pas abreuvé Jésus de fiel et de vinaigre ! Ce sont les excès de ta langue trop libre que le Sauveur a voulu expier en lui-même par le tourment de sa soif et l'amertume du breuvage qu'on lui fait prendre. Tu t'irrites contre ces Juifs cruels et ingrats, et tu ne t'indignes pas contre toi-même, toi qui, bien pire que les Juifs, n'a pas craint d'abreuver Jésus d'amertume, non pas une fois mais cent, mais mille fois par les désordres de ta vie et la licence de tes discours ! Couvre-toi de confusion, repens-toi de tes fautes et pleure-les amèrement.
Considérez que cette parole de Jésus est pleine de mystère et renferme d'admirables leçons pour nous. —
N'allez pas croire que Jésus ait fait entendre cette parole par le désir d'obtenir quelque rafraîchissement, ou qu'il ait demandé de l'eau pour étancher sa soif. Non : mais il a manifesté cotte soif pour ajouter un nouveau tourment à tous ceux qu'il avait déjà endurés. En effet, Jésus savait très-bien qu'on répondrait à ce Sitio en lui présentant le breuvage le plus amer ; c'est précisément ce qu'il voulait, afin que sa langue, sa bouche, son gosier , eussent aussi leur supplice et qu'il n'y eût aucune partie de son corps qui en fût exempte. En outre, le Sauveur remarquant que la mort allait bientôt mettre fin à ses peines, dit saint Bernard, comme il n'était pas encore rassasié de souffrances, il voulut par ce Sitio faire entendre la soif ardente qu'il éprouvait de souffrir davantage encore par amour pour les hommes : en sorte que ce ne fut pas tant la soif du corps qu'il exprima, que celle de l'âme : ce fut l'expression du cœur aimant de Jésus qui se montrait avide de nouveaux tourments. Cette parole /ai soif, voulait dire : J'ai soif de douleurs plus cuisantes ; j'ai soif de confusions plus amères ; j'ai soif de croix plus pesantes ; j'ai soif d'une mort plus atroce : Sitio majora subire tormenta. — Jésus avait soif, mais soif d'accomplir pleinement la volonté de son Père céleste ; il avait soif de rendre la rédemption du genre humain plus copieuse. Il avait soif, ô chrétien, de vos larmes; il avait soif des affections de votre cœur ; il avait soif de votre amour. Il avait soif de rassasier votre àme de ses grâces ; il avait soif de remplir votre cœur de son amour ; il avait soif de vous enrichir des biens éternels et de vous couronner dans la gloire.
Et toi, mon âme, tu ne poursuis que des jouissances terrestres, te ne cherches que plaisirs. Ah ! que tu ressembles peu à ton Jésus, ce roi de douleurs, rassasié d'outrages et altéré de peines plus grandes encore!
Epoux crucifié, il veut que l'âme, son épouse, soit crucifiée aussi. Allons donc, mon âme, désaltère le cœur de Jésus par tes larmes, rafraîchis-le par ton amour, satisfais-le par tes soupirs, aime-le de tout ton cœur. — 0 mon très-doux Jésus ! communiquez-moi votre divine soif; donnez-moi aussi la soif de faire constamment votre volonté, donnez-moi la soif de souffrir pour vous, donnez-moi la soif de pleurer sans cesse mes péchés, •donnez-moi la soif de brûler de votre saint amour, donnez-moi la soif de me consumer tout entier pour votre gloire.
PRATIQUE
Pour honorer cette soif amère de Jésus, mortifiezvous dans le boire et le manger, surtout le vendredi et hors du temps des repas. — Mettez un frein à votre langue, qui est une source féconde de manquements. — Ne vous entretenez jamais de choses mondaines, oiseuses et vaines. — Parlez peu, parlez bas, et tenez des conversations utiles, vertueuses, sur des sujets de piété, ou d'édification. — Priez le Père éternel de vous accorder, pour l'amour de Jésus-Christ, la grâce précieuse de régler parfaitement votre langue et de la sanctifier.
MEDITATION POUR LE VENDREDI
SUR LES PAROLES : Tout est consommé.^
Considérez que Jésus, après avoir goûté le vinaigre, sachant qu'il avait épuisé la coupe des souffrances et
(1) Joan, 19, 30.
des amertumes qui lui était destinée, que la fin pour laquelle il était venu au monde était obtenue, qu'il avait exécuté tous les ordres de son Père céleste ; que les Ecritures et les prophéties , les figures et les ombres, les cérémonies et les sacrifices de la loi ancienne relativement à son avènement et à sa passion, étaient accomplis ; qu'il avait enfin abondamment payé le prix de votre rédemption, que les chaînes du péché étaient brisées, que la tête du serpent infernal était écrasée, que la mort et l'enfer étaienc vaincus, et que les portes du paradis pouvaient enfin s'ouvrir pour l'homme racheté; Jésus, dis-je, s'écria : Consummatum est : « Tout est consommé. " — J'ai accompli et consommé la grande œuvre, j'ai délivré l'homme de tous les maux temporels et éternels, j'ai glorifié mon Père céleste ; il ne me reste plus qu'à rendre le dernier soupir : Consummatum est : Tout est pleinement accompli. 0 mon aimable Rédempteur! je vous rends grâces de ce que, pour racheter un esclave rebelle, vous n'avez pas craint de sacrifier, de consumer votre propre vie. J'adore cet anéantissement sacré qui a été le moyen choisi par votre bonté infinie pour relever l'homme de son abjection. Je vous supplie, ô mou Jésus ! de vouloir bien accomplir en moi l'œuvre que vous avez commencée, et de m'appliquer par votre grâce elficace le prix de votre sang précieux, et le trésor des mérites infinis que vous avez acquis, en le répandant pour le salut de mon âme; afin que je vive conformément à votre sainte volonté et que ma vie s'achève, accomplie en perfection et consommée en vertu.
Considérez que Jésus par cette parole : Consummatum, est, semble vouloir dire encore : Je me suis enfin consumé entièrement pour vous, âmes chéries, je me
suis donné à vous sans réserve, je vous ai sacrifié ma vie ; je n'ai plus rien à vous donner ; je n'ai plus de sang, je n'ai plus de force, il me reste à peine un souffle de vie; je me suis consumé pour votre amour : Consummatum est.
0 mon âme, jette les yeux sur ton Sauveur suspendu à la croix, consumé d'amour pour toi; regarde-le avec tendresse et compassion, admire sa miséricorde, considère sa générosité, sois saisie d'étonnement à la vue de cette immense charité. Un Dieu, le Très-Haut s'est fait homme pour faire du bien à une vile créature, à l'homme coupable, à l'homme ingrat! Un Dieu, pour sauver l'homme rebelle, a consumé sa précieuse vie! Un Dieu !
0 Dieu tout-puissant, pour l'amour de Jésus, consumez en moi par le feu sacré de votre amour tout ce qui n'est pas à vous, et s'il le fallait pour faire plier la dureté de mon cœur, si plein d'affections terrestres et si profondément enfoncé dans la fange des passions, employez même le fer et le feu, les croix et les mortifications, les opprobres, les humiliations et les douleurs, afin de consumer tout ce qu'il y a de déréglé en moi. Consumez, ô mon Dieu, par votre sainte grâce, toute la rouille de mon âme, consumez toutes les affections qui ne sont pas pures, consumez toute attache à mes propres idées, l'opiniâtreté de ma volonté propre et de mon propre jugement, ainsi que les inclinations de mon amour-propre ; en sorte que pour honorer cette immolation complète que votre Fils bien-aimé a faite de sa vie, je puisse aussi, prosterné aux pieds de votre majesté, dire un jour de moi-même, avec mille actions de grâces : Consummatum est; tout est consommé : tout ce qui en moi déplaît à Dieu est consumé ; tout ce qui retarde ma perfection, tout ce qui m'empêche de m'unir plus intimement à mon Dieu, tout est consumé. Au moins. Seigneur, donnez-moi la lumière et la force
de tendre dès maintenant à cette heureuse consommation ; faites que je commence à en prendre les moyens et que je les mette constamment en œuvre, en déclarant yne guerre ouverte à mon cœur, afin d'en réprimer les désordres et les passions. Faites-le, ô Père saint, pour votre gloire, faites-le, je vous en conjure, par les entrailles de miséricorde de Jésus-Christ.
PRATIQUE
Par reconnaissance pour cette immolation de votre Sauveur, prenez la résolution de combattre principalement les inclinations qui ont le plus d'empire sur vous, et les défauts dans lesquels vous tombez le plus souvent. — Pour l'honneur de Jésus qui a consommé et perfectionné l'œuvre de votre rédemption, marchez sans relâche dans la voie de la perfection, et de toutes les bonnes œuvres que vous avez entreprises. — Que cette consommation de Jésus vous fortifie et vous encourage à vous consumer aussi totalement pour son amour. Trop heureux, ô mon âme ! si tu pouvais dire un jour avec l'Apôtre : Bonum certamen eertavi, eursum consummavi; ' « J'ai bien combattu, j'ai achevé ma course. »
MEDITATION POUR LE SAMEDI
SUR LES PAROLES : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains-.
Considérez que Jésus, sachant qu'il avait achevé
l'œuvre de la rédemption du genre humain et que
n) II Tiin. 4. 7. (2) Luc. S.'?, 4n.
l'heure de sa dissolution était imminente, la vie commençant déjà à lui échapper, se tourne vers son Père céleste et, du haut de l'autel de son douloureux sacrifice, l'appelle à son secours dans son agonie mortelle, en lui adressant ces paroles si tendres : « Mon Père, je remets mon âme entre vos mains; » Pater, in nianus tuas commendo spiritum meum. Réfléchissez que Jésus en ce moment recommanda aussi à son Père votre âme et votre agonie ; c'est comme s'il eût dit : Mon Père, je recommande à votre sollicitude et à votre protection, en même temps que mon âme, l'âme de tous mes enfants bien-aimés, que j'ai enfantés à la grâce, au prix de mon sang, de mes douleurs, de mes tourments et de mon agonie sur la croix. Je vous les recommande, ô mon Père, et de même que vous m'assistez pour m'introduira dans le séjour de la gloire, ainsi veuillez les assister au moment de leur passage, et les rendre participants du repos éternel.
0 mon Sauveur agonisant ! je vous rends grâces de ce que vous daignez vous souvenir de moi jusqu'au dernier soupir et de ce que vous prenez tant d'intérêt à mon bonheur. La plus grande grâce que je puisse désirer, c'est de persévérer dans votre amour et de mourir entre les bras de mon adorable Créateur.
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Considérez combien votre mort sera douce et heureuse, si dès maintenant vous aimez sincèrement Jésus crucifié. — La vue de ces plaies sacrées, la considération de cette agonie divine, le souvenir de ces inefiables paroles proférées par le Rédempteur mourant, oh ! que tout cela vous procurera de force et de consolation dans vos derniers moments ! Si vous avez une véritable dévotion à Jésus agonisant, votre agonie se changera en un
paisible repos, et ce moment redoutable, qu'on n'envisage généralement qu'avec frayeur et avec amertume, apportera à votre âme la confiance et la paix. Vous expirerez comme saint Philippe Bénizzi, qui mourut en embrassant le crucifix qu'il avait coutume d'appeler son livre de prières. Vous passerez de cette vallée de larmes au séjour du repos éternel, comme le comte saint Eléazar, qui à l'aide du souvenir des plaies sacrées de Jésus crucifié, et en invoquant son Nom adorable, surmonta les tentations, triompha de l'enfer, et fit une sainte et précieuse mort.
0 mon Sauveur crucifié! imprimez dans mon cœur un vif et tendre souvenir de votre douloureuse Passion ; qu'à chaque respiration et pendant toute ma vie je me rappelle ce que vous avez fait et enduré pour moi. 0 Bonté infinie, quand ce corps mortel sera sur le point de tomber en dissolution, quand mes forces s'évanouiront, à l'heure de ma dernière agonie, ne m'abandonnez pas; souvenez-vous de moi, et faites que je remporte cette victoire que vous m'avez méritée par votre mort triomphante.
PRATIQUE
Rien ne doit nous paraître aussi important que ce moment redoutable, ce moment suprême, d'où dépend notre salut éternel. Pour assurer ce grand pas, qui, une fois manqué, est manqué sans remède pour une éternité, ayez une véritable dévotion envers la passion et l'agonie de Jésus. — Priez chaque jour l'adorable Trinité de daigner vous accorder, en vue des mérites de Jésus- Christ, la persévérance finale et une sainte mort. — Demandez aussi cette grâce par l'intercession de la très-sainte Vierge Marie, l'avocate et la mère des agonisants.
128 lA VOIE DU PARADIS.
MÉDITATION POUR LE DIMANCHK