JÉSUS CRUCIFIÉ
Considérez que Jésus, parvenu au sommet du Calvaire, agonisant et presque mort, tombe à genoux près de sa croix, la révérant comme un précieux trésor qu'il aurait reçu des mains de son Père. Cependant les bourreaux lui arrachent sans pitié ses vêtements et enlèvent la peau qui y est collée avec le sang, rouvrant ainsi les blessures et renouvelant les douleurs de la flagellation. Par un raffinement de cruauté, pour lui ôter sa robe sans couture, ils lui enlèvent violemment sa couronne d'épines, dont les pointes brisées restent en partie enfoncées dans son front, dans ses tempes et jusque dans le crâne ; et après l'avoir dépouillé, ils la remettent de nouveau sur sa tête, Puis ils renversent bruta-
lement le Sauveur sur la croix, et à grands coups de marteaux , lui percent les pieds et les mains avec de gros clous. Dans cette opération cruelle , les nerfs se contractent de telle sorte qu'après avoir cloué une main, il faut tirer l'autre violemment pour l'attacher à l'endroit préparé fpour recevoir le clou ; les muscles se rompent, les os se disloquent, la peau se déchire, Jésus est martyrisé des pieds à la tête. Si une aiguille ou une épine nous entre dans le pied, ciel ! quelle douleur ! Que dut donc éprouver Jésus , lorsque d'horribles clous percèrent ses pieds et ses mains, qui étaient plus sensibles et plus délicats, que ne l'est la prunelle de nos yeux !
0 mon cher Rédempteur ! comment le monde vous paie-t-il de ces prodiges d'amour ? Hélas ! par des ingratitudes et des outrages. Et moi-même, monstre d'iniquité, je suis le premier à correspondre ainsi à vos bontés. Ah ! j'en suis à présent pénétré de repentir.
Considérez comment, tandis que Jésus est étendu et cloué sur la croix, on la retourne sens dessus dessous pour river la pointe des clous, et l'on jette ainsi le Sauveur la face contre terre, de sorte que tous ses membres écrasés lui font éprouver d'affreuses douleurs.
— Justice, ô ciel! Justice! comment pouvez-vous supporter de voir un Dieu ainsi avili et maltraité? — L'opération terminée, on dresse l'instrument et on le laisse tomber rudement dans la fosse préparée pour le recevoir. Le corps du Sauveur en éprouve une violente secousse; ses blessures se rouvrent, ses pieds et ses mains se déchirent avec d'indicibles souffrances.
— Je vous laisse ici à considérer, âme chrétienne, les tourments de votre Sauveur. Rea^ardez-le cloué à la
croix, suspendu à cet infâme gibet! contemplez-le avec compassion. Ce n'est plus qu'une vaste plaie, il souffre dans tous ses membres : la tête est percée d'épines, le cou tout meurtri, les épaules brisées, la face livide, les yeux éteints et voilés, la bouche brûlante et desséchée, les pieds et les mains cloués et laissant couler des ruisseaux de sang, les os disloqués, la peau déchirée enlevée; le corps tout entier broyé, ensanglanté, épuisé de fatigue et de souffrance ne peut trouver aucun sou lagement : s'il veut se redresser et se soutenir, sa fai blesse ne le lui permet pas; s'il s'affaisse sur lui-même il repose sur des plaies, et ses mains se déchirent de plus en plus ; s'il appuie la tête contre la croix, les épines s'y enfoncent; s'il l'abaisse, ses yeux tombent sur des ennemis qui insultent à son supplice. Durant trois heures entières, notre aimable Rédempteur se tint sur cet autel douloureux, s'offrant en sacrifice à la justice divine, et ces trois heures furent une agonie et un tourment continuel, sans aucune consolation.
Mon pauvre Jésus, homme de douleurs, je vous plains ! Mon cher Rédempteur, mon bien-aimé, quelle mort cruelle que celle que vous avez endurée pour mon amour ! Ah ! comme vous êtes percé, ô Roi de gloire! Comme je vous vois abandonné de tous, plongé dans un océan d'amertume, ô mon Dieu, ô l'époux de mon âme ! Mon Jésus, je veux vous aimer, ou mourir!
PRATIQUE
Crucifiez vos passions, votre amour-propre, vos susceptibilités, pour l'amour de Jésus attachez votre cœur à la croix du Sauveur, et n'aimez que Jésus crucifié pour votre amour. Faites chaque jour tant d'actes de mortifications, en l'honneur de votre Sauveur crucifié.
LA VOIR DU i'ARADIS. 107