LE PARADIS
Considérez les ineff'ables jouissances qui vous attendent en paradis après cette courte et misérable vie, si
(1) Gai. 6, 14. (2) Psalra 50, 12.
VOUS l'employez à servir votre Dieu. — Saint Paul, qui fut ravi au troisième ciel, nous dit que cette gloire est si grande que l'œil de l'homme n'a jamais vu, que son oreille n'a jamais entendu, que son cœur n'a jamais éprouvé rien de semblable.
0 mon âme, tu entendras bientôt sonner l'heure de ton passage à cette heureuse vie, et si tu aimes Dieu, inondée de paix et d'allégresse, tu sortiras de cette prison pour t'unir à ton Dieu. Tu expireras doucement entre les bras de Jésus et de Marie, et, accompagnée des Anges, tu entreras dans le séjour de la félicité, où ton Dieu essuiera tes larmes, te couronnera de gloire, et te placera sur un trône de majesté. Ma bien-aimée, te dira-t-il, prends maintenant et pour toujours possession de mon royaume et de ma béatitude. Le temps des afflictions est passé ; pour toi, il n'y aura plus de craintes, plus de mortifications, plus de croix; ici, tu jouiras avec moi de tous les biens, biens suprêmes, biens éternels. Repose-toi maintenant dans la paix de ton Dieu, reçois une récompense immense en retour des peines passagères supportées pour mon amour. — Les Anges et les Saints se féliciteront avec toi, ils applaudiront à ton entrée dans ce séjour de délices ; et désormais, sans crainte de perdre jamais plus ton souverain bien, tu vivras heureuse dans la maison de Dieu. — 0 mon âme, soupire après cette heureuse patrie. Puisque tu es si avide de bonheur, et que tu crains tant de souffrir, souviens-toi que si tu aimes Dieu, tu jouiras pendant tous les siècles, de toutes sortes de biens et tu n'auras jamais plus aucun mal à souffrir. 0 Paradis!...
Considérez que l'âme ne jouira pas seule de cette gloire infinie, mais que le corps sera admis a partager
son bonheur. Au jour du jugement dernier, tous les morts ressusciteront : si votre âme est sauvée, votre corps sortira glorieux du tombeau pour lui être réuni ; et, après sa réunion à votre âme, il sera plus brillant de clarté que le soleil ; doué d'impassibilité, il ne sera plus sujet à la douleur; son agilité sera telle, qu'il se transportera en un clin d'œil partout où vous voudrez, et par sa subtilité, il pourra pénétrer à travers les montagnes sans rencontrer de résistance. La vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le tact, tous vos sens, en un mot, éprouveront les sensations les plus pures et les plus délicieuses. En paradis, il n'y aura plus de nuit, vous n'aurez à craindre ni froid, ni chaud, ni douleur aucune ; il y régnera un jour sans fin; vous y respirerez éternellement les parfums d'un suave printemps, et vous y goûterez les douceurs d'une paix ineffable. Dans ce séjour fortuné, vous jouirez sans cesse de la compagnie des Anges et des Bienheureux ; vous vous plairez à converser avec les Saints, jadis vos avocats, et désormais vos frères. Combien vous serez plus heureux encore en admirant les beautés, les gloires et les grandeurs de Marie, qui, formant une hiérarchie à part, est plus belle, plus ravissante, plus glorieuse, elle seule, que tous les Anges et tous les Saints ensemble. Mais ce qui vous comblera surtout de joie, ce sera de voir l'humanité sainte de Jésus-Christ, si rayonnante de beauté, qu'elle enivre de félicité et d'amour tous les habitants de la cour céleste.
Si dans cette vallée de larmes, dit saint Augustin, si dans ce lieu d'exil et cette prison des vivants, le Seigneur a réuni tant d'agréments, dont il laisse la jouissance même à ses ennemis, que sera-ce de la maison de Dieu, la patrie des Bienheureux, où ce grand Dieu veut déployer en leur faveur toute la pompe de la puissance infinie, et manifester sa bonté, sa grandeur, sa majesté,
sa gloire et son amour '^ Il est très-certain que toutes les satisfactions, tous les divertissements, tous les plaisirs de la terre réunis ensemble, depuis le commencement des siècles, n'arriveraient pas à former la moindre des joies du paradis.
Imagine-loi souvent, ô mon âme, que tu es à converser et à te réjouir au milieu des habitants du ciel, au milieu de Anges et des Saints, et félicite-toi en pensant que dans peu finiront tes souffrances, pour faire place à des biens éternels, dont tu jouiras en corps et en âme. Pour arriver à ce bonheur, vis saintement, aime Dieu, mortifie-toi généreusement, et les yeux tournés au ciel, le cœur vers Dieu, écrie-toi souvent : 0 Paradis, Paradis, que tu es beau ! et tu es ma patrie !
Considérez la gloire essentielle dont vous jouirez en voyant face à face les ineffables beautés de Dieu, notre souverain bien. — En paradis votre âme sera transformée en Dieu, elle sera toute à Dieu, elle ne fera pour ainsi dire qu'une même chose avec Dieu, elle entrera dans la joie de son Seigneur. Anges saints, vous savez ce que veut dire : jouir de Dieu, Si un rayon de cette beauté infinie pénétrait les sombres cachots de l'enfer, c'en serait assez pour changer ce lieu de tourments en un paradis de délices, et les réprouvés en bienheureux. En un mot, la récompense que Dieu a préparée à ses serviteurs surpasse toutes nos pensées et tous nos désirs. Les biens de l'autre vie sont d'une excellence infinie, que notre intelligence bornée ne peut comprendre. Les Bienheureux vivront plongés dans un torrent de pures et saintes voluptés, enivrés de délices ; ils n'auront plus rien. à désirer, étant assis au banquet céleste dont Dieu lui-même fait sa félicité.
0 mon Dieu ! qu'heureux est celui qui vous possède ! Rendez-moi digne de votre Paradis, faites-moi cette grâce pour l'amour de Jésus-Christ.
PRATIQUE
Quand vous souffrez, élevez votre cœur vers le ciel, et dites : Ces peines finiront un jour. — Pour vous exciter à la mortification, rappelez- vous que votre corps, si vous le mortifiez, ressuscitera glorieux, et entrera aussi en participation du bonheur éternel.