SUR LE TEMPS
Considérez que le temps est court. — Voilà une nouvelle année qui commence. Et celle qui l'a précédée, où est-elle? Elle est finie, elle est passée; et l'homme a passé avec elle. Quinze, vingt, trente ans de ma vie sont déjà passés et ne reviendront plus. Et combien m'en reste-t-il? Je ne le sais pas ; mais je sais qu'il m'en reste peu, car le temps est court. Je dis moi-même, que les jours s'envolent sans que je m'en aperçoive. Je confesse à chaque instant que peut-être je ne verrai pas la fin de l'année qui commence. Que si le temps est court absolument parlant, qu'est-il en regard de l'éternité? Il n'est pas seulement très-court, ce n'est plus rien pour ainsi dire. Je crois à la brièveté de la vie présente et à l'éternité de la vie future ; je crois que Dieu m'a donné un corps
mortel, une âme immortelle : et cependant tous mes désirs sont limités au temps; je néglige les biens éternels qui demeurent, pour poursuivre les biens transitoires qui fuient; je me figure dans les jouissances d'ici-bas un je ne sais quoi de stable, et il me répugne de penser à l'éternité, qui me remet devant les yeux la brièveté du temps.
0 éternité trop peu méditée ! est-il possible que je croie à ta réalité, et que cependant j'y sois comme indifférent? Accordez-moi, ô mon Dieu, de l'avoir constamment présente tous les jours de cette année, et de me rappeler sans cesse l'inconstance des plaisirs qui me séduisent dans le temps, et la durée du châtiment qui m'attend, si j'abuse du temps.
Considérez que le temps est précieux, parce que pendant ce temps, quelque court qu'il soit, vous pouvez acquérir une félicité éternelle. — Chaque moment bien employé peut me procurer un nouveau degré de gloire en paradis. Une demi-heure consacrée à recevoir les comptes de mon âme, peut l'arracher des mains du démon et la remettre entre les mains de Dieu, Un peu de temps destiné chaque jour à l'oraison, à entendre une messe, à faire une lecture spirituelle, peut me tenir éloigné du péché et assurer mon salut. Oh ! que le temps est donc précieux, puisqu'il vaut une éternité! Oh ! quelle est m^ folie de dissiper ces jours, ces années, qui me sont donnés pour gagner la vie éternelle ! Et pourtant combien n'en ai-je pas prodigué de ce temps qui coûte si cher? Quelle est ma résolution pour cette année nouvelle que Dieu m'accorde dans sa miséricorde, et qui sera peut-être la dernière de ma vie?
Mon Dieu, qui me suggérez le bon propos de la
passer saintement, faites-moi encore la grâce d'exécuter ce propos fidèlement.
Considérez que le temps est effrayant. — Et pourquoi? Parce qu'à chaque instant je puis pécher, je puis mourir, et je puis me damner. Misérable que je suis d'avoir consumé le temps en vanités, en puérilités, en folles joies, en divertissements et en péchés ! Quel plaisir ai-je maintenant d'avoir ainsi perdu le temps par le passé ? A quel danger ne me suis-je pas exposé en en faisant un si mauvais usage ? Pendant ce temps je pouvais me sanctifier, et je suis encore un pécheur ! Ah! si je ne pense pas à le mieux employer par la suite, un jour viendra que je demanderai à Dieu une heure seulement pour me convertir, et cette heure me sera refusée pendant toute l'éternité.
0 Dieu très-juste, mais en même temps très-bon, c'est à votre générosité que je dois cette heure, ces jours, cette année, que vous m'accordez pour que je me repente, que je répare le temps passé et que je mérite de voir ce jour qui ne finira jamais. Mais ce sera justice de votre part de me le refuser pendant toute l'éternité, si je n'en profitais pas maintenant.
Ah! mon Jésus, par les mérites de ce sang précieux que vous avez versé pour mon salut dans la 'Circoncision, dont l'Eglise fait aujourd'hui mémoire, je vous prie d'ajouter au don que vous me faites d'un nouvel an, celui d'une volonté déterminée à en faire bon usage, afin que votre saint nom soit glorifié par moi dans le temps et dans l'éternité.
PRATIQUE
Ecrivez en quelque lieu, où vous puissiez les relire chaque jour, les maximes suivantes :
Ou pénitence ici-has, ou plus de place pour la pénitence. Ici pénitence de peu de durée, et ensuite éternité de délices.