SUR LA FETE
Considérez que Marie, quarante jours après avoir mis au monde son divin Fils, se rendit au temple pour se purifier. — Toute pure, sainte et immaculée, ou
(1) Cant. 8, 6.
plutôt l'idéal même de la pureté, Marie n'avait pas besoin de purification. Cependant elle n'osa se présenter à Dieu dans son temple, sans satisfaire à la loi qui ordonnait aux femmes ordinaires de se purifier. Admirez ici l'humilité de Marie ; mais méditez en même temps la leçon qu'elle vous donne : elle vous apprend avec quelle pureté il faut se présenter devant Dieu. Et cependant, avec quel cœur souillé n'osez-vous pas vous mettre en oraison, et vous ofi'rir à Dieu? avec quelles pensées vaines, légères, n'osez-vous pas entrer dans le lieu saint, et vous approcher de l'autel? Ah! la sainte Vierge, toute sainte qu'elle est, s'applique à se purifier, parce qu'elle doit présenter son divin Enfant an temple ; et moi je n'apporterai aucune diligence à purifier mou cœur , lorsque j'assiste au redoutable sacrifice de la Messe, lorsque j'offre au Père éternel l'Agneau céleste immolé sur l'autel? Avec tant de distractions qui m'offusquent l'esprit, tant de passions qui m'occupent le cœur, tant de mauvaises habitudes qui me lient aux créatures, comment puis-je espérer d'être bien préparé à offrir le plus auguste de tous les sacrifices? Ah! mon Jésus, vous qui êtes la splendeur de la lumière éternelle, lavez mon âme dans votre précieux sang, effacez toutes les taches qui souillent mon misérable cœur, purifiez-moi, « lavez-moi de plus en plus de mon iniquité : » Amplius lava me ab iniquitati' mea '.
Considérez que Marie, dans l'offrande qu'elle fit au temple, n'offrit pas à Dieu un sacrifice de son choix, mais bien la victime qui était prescrite par la loi. — Cette loi voulait que la femme qui verait se purifier
(1) Psahn 50, 3
offrît, si elle était pauvre, deux tourterelles ou deux colombes ; et Marie, étant pauvre, fit l'offrande de ces animaux. La loi voulait nu'on présentât au Seigneur et qu'on lui consacrât le premier-né ; et Marie avec empressement alla présenter Jésus, son premier-né. Oh ! combien de fois, en faisant à Dieu votre offrande dans l'oraison, vous lui offrez, non pas ce qu'il voudrait, mais ce qui s'accorde avec vos goûts et vos inclinations ! Vous dites bien que vous vous sacrifit-z vous-même à lui ; mais entre temps vous retenez la propriété de vos désirs et vous restez tout aux créatures. Souvenez-vous que Dieu n'agréera votre offrande dans l'oraison que pour autant que la volonté se sacrifiera.
0 mon Jésus ! qui avez fait aujourd'hui au Père éternel pour mon salut, la plus digne offrande qui lui ait jamais été faite, apprenez-moi, je vous en conjure, à offrir à Dieu du moins ce qui me reste d'une misérable vie dont j'ai indignement dissipé tant d'années déjà écoulées ! Acceptez mon offrande, et offrez-moi avec vous. J'espère que, grâce à vous, je ne serai pas rebuté. Réfléchissez en outre à ce que signifient les colombes et les tourterelles, qu'il fallait offrir en cette circonstance. Ces animaux poussent un cri qui leur est particulier et qui ressemble à un gémissement. Qu'est-ce que cela nous montre? Cela nous montre que la douleur de l'offense faite à Dieu, que le repentir de nos propres péchés est la véritable disposition avec laquelle le pécheur doit se présenter à Dieu. — La colombe est aussi le symbole de l'amour. Quelle conclusion devonsnous en tirer? C'est qu'à la componction du cœur il faut joindre l'ardeur de l'amour. Ah ! que ce double sacrifice d'un cœur repentant et d'un cœur aimant est agréable aux yeux de Dieu ! Courage donc ! offrez- vous à votre Dieu, pleurez vos égarements passés, aimez la bonté que vous avez outragée. Vous seriez bien cher à Dieu
si, comme la Madeleine aux pieds de Jésus, vous saviez pleurer et aimer.
Hélas ! mon Jésus, ce cœar insensé a bien su pécher, mais il ne sait se repentir ; il a bien su vous offenser, mais il ne sait vous aimer. Amollissez-le avec cette eau sacrée qui coula de votre côté percé : enflammez-le de ce feu divin que vous êtes venu apporter sur la terre pour l'embraser.
Considérez comment Siméon vint au~devant de Jésus dans le temple ; comment cet homme juste et craignant Dieu bénit le Seigneur en le serrant entre ses bras, et comment il soupira après le moment de fermer les yeux dés qu'il eut vu le Sauveur promis au monde : « Maintenant, Seigneur, s'écria-t-il, vous laisserez aller votre serviteur en paix " ; Nunc dimittis servum tuum. Domine *. — Siméon vint au temple en cette rencontre ; mais il j vint attiré par sa dévotion et guidé par l'esprit de Dieu. Et vous, par quel mobile vous déterminez-vous à aller à l'église, à faire la méditation, à fréquenter les sacrements? Est-ce bien la piété, la dévotion, l'esprit de Dieu qui vous y porte? N'agissez-vous pas plutôt par nécessité, par respect humain, par vanité, par hypocrisie, ou par quelque autre motif auquel Dieu n'a aucune part ?
Siméon reçut Jésus entre ses bras, mais il le reçut aussi dans son cœur ; et de là vient qu'il se sentit animé d'une sainte ardeur à célébrer et à bénir hautement la bonté de son Dieu. 0 saintes ardeurs, qui transportez cet heureux vieillard au moment où il serre Jésus dans ses bras, que vous êtes opposées à cette indévotion et à cette froideur qui me restent dans le cœur, après que
1 Luc. 2, 29
j'ai reçu mon Dieu à la table eucharistique ! Comprenez une bonne fois que vous n'éprouvez pas de goût à louer Dieu, parce que vous n'avez pas de cœur pour l'aimer.
Siméon ayant Jésus dans ses bras demanda à Dieu de sortir de ce monde qui ne lui inspirait plus que mépris. Méditez dans les saintes impatiences de oe juste, l'amoureuse anxiété de tant d'âmes pures qui, éprises de l'amour de Dieu, méprisent avec lui toutes les choses visibles, et se méprisent elles-mêmes, au point de soupirer après la mort pour se réunir éternellement à leur souverain bien. Voila le fruit de l'oraison bien faite et des Sacrements reçus dignement. Ces exercices religieux excitent en nous le mépris du monde et des choses terrestre, et réveillent le désir et l'envie des biens célestes. Si vous ne recueillez pas ce fruit de vos oraisons et de la fréquentation des sacrements, cela vient de ce que vous priez de bouche, et non de cœur; de ce que vous promettez à votre confesseur de changer de vie, et que vous ne le faites pas ; de ce qu'à la table sainte vous recevez Jésus sur la langue, mais qu'au lieu de vous unir à lui par toutes les afiections de votre âme, vous continuez à aimer lâchement la vie, le monde et ses vanités.
Ah! mon Jésus! enseignez-moi la véritable manière de me présenter à vous dans le temple. Recueillez vousmême ce cœur dans l'oraison. Rendez-moi vous-même l'imitateur fidèle du bon Siméon, lorsque j'ai le bonheur de vous recevoir dans la sainte communion. — Marie, ne cessez d'intercéder en ma faveur, mais faites-le spécialement lorsque je me mets en prière et quand je m'approche des Sacrements.
PRATIQUE
Lorsque vous entrez dans une église, pensez à l'état où votre âme se trouve. — Préparez-vous à l'oraison par
des actes de contrition. Dites à Dieu avec le cœur du Roi- Pénitent: Amplius lava me ab iniquitate mea, et a peccato meo munda me; « Lavez-moi de plus en plus de mon iniquité, et puriflez-moi de mon péché. » — Demandez à Dieu par l'intercession de Marie, ce que lui demandaient les Apôtres, en disant : « Seigneur, enseignez-moi à prier, » enseignez-moi à me présenter à vous, et à vous faire une oflfrande agréable de moimême. — Adressez souvent aujourd'hui la prière suivante à Marie : « Montrez-moi, ô Marie, après cet exil, Jésus, le fruit béni de votre sein, » que vous avez montré aujourd'hui à Siméon ; Jesum benedictum, fructum ventris tui, nobis post hoc exilium estende.