SUK LA MALICE DU CHRÉTIEN QUI PÈCHE
Fixez les yeux du corps, et surtout ceux de l'esprit, sur l'image du crucifix, et dites : Que pouvez-vous faire, ô mon Dieu, pour me sauver? Je ne saurais le dire moimême. Si vous m'invitez d'une voix de miséricorde, je pèche en présumant de votre bonté. Si vous me faites comprendre la profondeur de vos jugements, je continue à pécher, en désespérant de votre pardon. Si vous usez de bonté, je vous offense ; si vous usez de sévérité, je vous offense. J'arrose quelquefois vos pieds de mes larmes; mais quelques heures après, je recommence à rouvrir vos blessures par mes péchés. Quel abîme de malice, auquel je ne comprends rien moi-même !
Poursuivez et dites : Que vous reste-t-il à faire, ô mon Dieu, pour me sauver? Vous m'avez élevé au sein de votre Eglise, vous m'avez donné des lumières pour connaître le bien, des inspirations pour m'y exciter, des grâces pour résister au mal, dés Sacrements pour me fortifier, des exemples pour m'encourager, des tribulations pour me faire rentrer en moi-même : j'ai péché : vous pouviez vous venger, et vous m'avez pardonné. Avec d'autres vous avez été inexorable, envers moi toujours miséricordieux. Vous avez tout fait pour me convertir, et j'ai tout fait pour m'endurcir. — Réponds, si tu peux, Ò cœur insensé : qu'est-ce que ton Dieu devait faire de plus pour ton salut? Oh! que ta malice est énorme, d'avoir tant abusé d'une telle miséricorde !
Dites enfin, toujours en vous adressant au crucifix : que puis-je vous demander, ô mon Dieu ! pour me sauver? Votre sang? vous l'avez versé pour moi jusqu'à la dernière goutte. Votre âme? vous l'avez donnée pour moi à votre Père. Votre corps? il a été crucifié pour moi. Votre chair? elle est constamment apprêtée pour moi. Je ne sais pas moi-même ce que je pourrais vous demander pour ne plus pécher ; et cependant quand je pèche, bien souvent, au fond du cœur, je me plains de vous, comme si votre grâce me faisait défaut. Ah ! je suis bien insensé de ne pas comprendre que je cours à ma perte uniquement par malice !
Charité infinie, que j'adore, suspendue à ce bois, tendez-moi une main généreuse, arrêtez mes pas sur les bords de l'abime où je vais me précipiter, et ramenez-
moi dans la voie de la reconnaissance pour vos infinies miséricordes, de rimitation de vos vertus, de la pénitence, de la mortification, de l'humilité et de la vie chrétienne.
PRATIQUE
Recourez aux plaies de Jésus crucifié, et priez-les d'être autant de bouches qui implorent miséricorde pour vous, et vous obtiennent pardon de la malice extrême avec laquelle vous avez offensé Dieu. — Que l'invocation aux plaies de Jésus soit un de vos pieux exercices de chaque jour, et l'un des fruits de cette méditation.