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XXV MÉDITATION

Le liitidi de la Pentecôte, ou tout autre jour.

SUR l'utilité dk la. méditation.

Considérez que la méditation des vérités de la foi est utile pour connaître ses fautes. — La création du monde a commencé par la lumiere ; et la réforme de nos mœurs et de notre vie commence par la connaissance que la méditation nous donne de nous-mêmes. Il n'est pas possible que nous revenions de nos égarements aussi longtemps que nous ne les remarquons pas. « Je me suis mis à examiner les voies dans lesquelles je marchais, dit le Psalmiste, et j'ai reconnu la nécessité de diriger mes pas dans les sentiers de votre loi, Seigneur : y Cogitavi vias meas et converti pedes meos in testimonia tua ^ Voilà donc pourquoi je ne déteste pas mes péchés : c'est que je ne les connais pas ; et je ne les connais pas, parce que je ne médite pas. En effet, me suis-je jamais mis à considérer une bonne fois quelles sont les obligations d'une vie chrétienne, et à quoi je me suis engagé en renonçant, dans mon baptême, aux vanités, au monde, au démon ? Hélas ! tout me paraît licite, tout me paraît saint, parce que j'ai horreur de la méditation, que j'évite de considérer ce que ma vocation exige de moi, quels sont les devoirs qu'elle m'impose, et à quoi je suis tenu par état. Haïr la méditation, c'est haïr tout progrès dans la vertu : je mène une vie déréglée, parce que je ne veux pas donner lieu à une bonne pensée d'agir eflBcacement sur mon cœur,

(1) Psal. 118,59.

au moyen de la méditation. La terre, dit le prophète Jérémie, est plongée dans la désolation et le désordre ; et pourquoi? parce qu'il n'est personne qui rentre sérieusement en soi-même, et qui réfléchisse sur ses égarements : Desolatione desolata est omnis terra, quianullus est qui recogitet corde ^. Hélas! on n'aime pas Dieu, on n'obéit pas à sa loi, on offense le prochain, on profane le lieu saint, on pèche de toutes les manières, parce qu'on vit dans la dissipation, et que jamais, ou bien rarement du moins, on élève son esprit et ses pensées vers Dieu et vers l'éternité. Que dites-vous de cela, âme chrétienne ?pouvez-vous ne pas aimer la méditation, qui vous procure la connaissance de vos égarements, vous enseigne la pratique de la vertu, l'art de vaincre vos passions, la science de bien vivre et de bien mourir ! Ah ! mon doux Jésus ! rendez-moi capable de pénétrer vos grandeurs et mon néant, et alors je mettrai tous mes soins à réformer ma conduite.

Considérez que la méditation est utile pour se repentir de ses égarements. — Je repasserai en esprit, dit le roi Ezéchias, le cours de mes années, je découvrirai la multitude de mes fautes, et je les déplorerai amèrement : Recogitado tibi omnes annos meos in amaritudine animœ meœ^. Si vous méditiez aussi, âme chrétienne, la gravité de vos péchés, vous sentiriez bientôt le besoin de vous en repentir. L'enfant prodigue resta longtemps plongé comme un insensé dans ses désordres, parce qu'il était distrait par ses plaisirs ; mais une fois qu'il rentra en lui-même pour contempler le malheur de sa situation, il reconnut sa faute et apprit à se repentir.

(1) Jaroni. 12, 11. [2) Isai, 38, 13.

Il en est ainsi : tout pécheur reviendrait se jeter entre les bras de son père, s'il méditait quelquefois sur l'énormité de son péché. C'est en prostituant ses affections aux choses sensibles qu'on devient pécheur ; et c'est en rentrant en soi-même par la méditation, qu'on devient pénitent. — Je n'ai donc pas besoin de chercher davantage pourquoi je ne pleure pas mes péchés. Cela vient de ce que je ne médite pas combien la bonté que j'ai outragée est digne d'amour, combien Jésus que j'ai crucifié est charitable et généreux, combien le paradis auquel j'ai renoncé est digne d'envie. Ah ! touchantes vérités de la foi, vous n'opérez pas en moi le repentir, parce que vous n'êtes pas l'objet de mes pensées ! Le saint roi David pleurait amèrement son péché et s'écriait : Miserere mei, Deus, secundum magnara misericordiam tuam^ ; « Ayez pitié de moi, Seigneur, selon votre grande miséricorde, " parce que jour et nuit il méditait sur l'énormité de ses iniquités. La Madeleine pleura ses désordres, et elle versa assez de larmes pour en arroser les pieds du Sauveur. Et d'où venait ce repentir si amer, si eflacace? De la connaissance toujours plus parfaite qu'elle acquérait de la gravité de ses fautes en se tenant aux pieds de Jésus. Tant il est vrai de dire que plus une âme se rapproche de Dieu par la méditation, plus elle devient pénitente.

Oui, mon adorable Jésus ! je veux à l'avenir me tenir près de vous par la méditation, et couvrir vos pieds de baisers par le repentir de mes fautes.

Considérez que la méditation des vérités de la foi est utile pour s'amender de ses égarements. — Il ne suffit

(1) Psal. 50, 1.

pas de connaître son péché, il ne suffit pas même de le

pleurer ; il faut s'en amender. Mais quel obstacle à notre amendement que la fragilité des sens, si la méditation des grandes maximes du salut ne nous vient pas en aide! Le Psalmiste était un saint et un prophète; et cependant il déclare qu'il n'aurait pu résister aux passions de son cœur, s'il ne s'était fait un rumpart de la méditation des commandements divins : Nisi quod leco tua meditatio mea est, tune forte periissem in humilitojte mea^. La Madeleine changea de vie; elle triompha de ses mauvaises inclinations; elle détruisit l'habitude du vice, elle abandonna les voies qu'elle avait suivies jusque-là ; elle réforma toute sa conduite, parce qu'elle était souvent prosternée aux pieds de Jésus, pour écouter sa voix: Sedens secuspedes Domini, audiebat verbum illius^. Et vous, âme chrétienne, comment espérez-vous surmonter les passions qui vous tyrannisent, si vous ne vous entretenez pas en le présence de Dieu par la méditation, si vous n'écoutez pas Jésus, afin qu'il parle à votre cœur? Si je contemple Jésus pauvre, humble, mortifié, crucifié, j'apprendrai que c'est sur ce modèle que je dois régler ma vie, en crucifiant toutes mes convoitises. Que s'il en est ainsi, quelle résolution dois-je prendre? Voudrais-je, en négligeant la méditation, repousser le meilleur moyen de connaître mes péchés, de les détester, de changer de vie, desavoir commère satisfaire à Dieu pour le passé, et le servir fidèlement à l'avenir? Ah! non, je ne négligerai pas un pareil moyen.

Mon Dieu, mon Rédempteur, mon Modèle, ma force, je comprends à l'évidence que je vous offense parce que je ne vous médite pas. Il me serait impossible de vous crucifier de nouveau par le pèche, si je voulais contempler d'un regard amoureux vos plaies sacrées. Eh bien

(!) Psal. 118, 9?. (2) Lue. 10 , 93.

donc ! j'embrasserai étroitement votre croix par la pensée, afin d'apprendre à crucifier mes sens avec vous. Je vous ferai habiter dans mon cœur par la méditation, afin que vous soyez sa défense et sa protection : In corde meo absconcli eloquia tua, ut non peccem tihi^.

PRATIQUE

Pour que la méditation nous soit profitable, il faut imiter l'aveugle de l'Evangile. Celui-ci, interrogé par Notre- Seigneur sur ce qu'il voulait, lui présenta aussitôt sa principale infirmité et demanda la vue : Domine, ut videam^. Nous aussi, dans la méditation, arrêtons-nous à demander le remède ou le secours dont le besoin se fait plus vivement sentir. Est-ce l'orgueil qui nous domine? Insistons pour obtenir l'humilité. Sont-ce les plaisirs des sens qui nous entraînent à des chutes honteuses? Conjurons le Seigneur avec persévérance de ne pas permettre que nous soyons vaincus, de mettre une garde à nos sens, et de nous faire trouver dans la mortification un remède au mal. Que le fruit de la méditation soit particulier, selon le besoin particulier de celui qui médite. Dans un jardin, celui-ci prend telle fleur ou tel fruit, celui-là tel autre, chacun selon ses goûts : de même, dans la méditation, chacun cueille la fleur ou le fruit dont il a spécialement besoin. — Rappelons-nous surtout que le fruit essentiel de la méditation doit être de pouvoir dire à Dieu, comme l'Apôtre : Domine, quid me vis facere^? Seigneur, que voulez-vous de moi? me voici prêt à tout.

(1) Psal. 118, 11. (2 Luc. 18, 41. (3) Act. 9, 6.

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