SUR LE MAUVAIS USAGE DES SACREMENTS
Considérez ce que sont les Sacrements. — Les Sacrements sont des moyens que Dieu a choisis pour nous communiquer les grâces nécessaires, sans lesquelles, en règle ordinaire, on ne peut parvenir au
(1) Cette prière est enrichie d'indulgences. (2; Eccli. 30, 21.
salut. « C'est par eux, dit le saint Concile de Trente, que toute véritable justice ou comnaence en nous, ou s'accroît en nous, ou, si elle est perdue, se répare heureusement en nous. » Quelle est donc la folie, ou, pour mieux dire, la perversité de tant de chrétiens qui font servir ces moyens de sanctification et de justice à leur condamnation, par l'abus indigne qu'ils en font !
Considérez que les Sacrements sont un gage singulier de la bonté et de l'amour immense de Dieu pour nous. — Ce sont les remèdes les plus efficaces pour guérir toutes les maladies spirituelles et pour affermir notre faiblesse dans la pratique de la vertu, remèdes que le Fils de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, a formés de son précieux sang, au prix de sa vie divine. Quelle ingratitude donc de n'en avoir pas l'estime voulue, et d'en faire même si peu de cas !
Considérez que pour toute autre faute que vous pourriez commettre, vous avez dans les Sacrements un moyen d'expiation ; mais que si vous convertissez les Sacrements eux-mêmes en occasion de péché, il ne vous reste plus aucun remède. Quelle ressource, en effet, vous restera-t-il, si le sang même de Jésus-Christ, qui devrait intercéder pour vous, vient à crier vengeance contre vous et contre vos profanations ?
Mon Dieu ! comment est-il possible qu'à mesure que vos bienfaits se multiplient sur nous, nous multipliions aussi nos ingratitudes et nos outrages contre vous? Pleins de confusion, ô Dieu miséricordieux! nous confessons humblement cet excès de malice et nous le
détestons. Donnez-nous de plus vives lumières pour en connaître toute l'énormité, et une sincère contrition pour l'expier; aidez-nous à tirer profit à l'avenir de tant de prodiges de miséricorde dont vous usez envers nous.
PR.'lTIQUE.
Examinez l'usage que vous avez fait jusqu'ici des Sacrements, et ne regardez pas comme coupable celui-là seulement qui s'en approche manifestement avec de mauvaises dispositions, mais aussi celui qui n'en retire aucun profit. Si après tant de confessions que vous avez faites, vous n'apercevez encore aucun amendement dans votre conduite ; si, après vous être tant de fois nourri du pain des Anges, vous continuez à mener une vie mondaine, uniquement préoccupé de choses sensibles et terrestres, vous êtes convaincu par là même d'avoir abusé des Sacrements. Pleurez donc une si grande faute ; sachez mieux profiter à l'avenir de ces précieuses sources de grâce, de ces remèdes efficaces contre tous vos maux; afin que le Seigneur daigne aussi, au moment de la mort, vous accorder ce secours si nécessaire et si consolant, qui est refusé d'ordinaire à ceux qui ont négligé les Sacrements dans le cours de leur vie, ou qui n'en ont fait qu'un mauvais usage.
XXVIIP MÉDITATION.
La fête des saints apôtres Pierre et Paul.