‹ Œuvres compl`etesChapitre 76 sur 214 · SUR LES MOTIFS DE PRATIQUER LA DÉVOTION DU ROSAIRE · texte numérisé non relu

SUR LES MOTIFS DE PRATIQUER LA DÉVOTION DU ROSAIRE

Considérez le besoin que vous avez de Marie pour vous sauver. — Etes-vous innocent? Votre innocence est grandement en danger. Combien de plus innocents que vous sont tombés dans le péché et se trouvent damnés ! — Etes-vous pénitent? Votre persévérance est fort chanceuse. Ces habitudes, ces occasions, ces anciennes liaisons... vous me comprenez. — Etes-vous pécheur? Oh ! que vous avez besoin de Marie pour vous convertir ! Vous avez commencé plusieurs fois, et vous n'y avez jamais réussi. Ah ! sans Marie, vous seriez peut-être perdu. Or, vous avez dans la dévotion du Rosaire un moyen d'obtenir sa protection et d'assurer votre salut ; car, 1° le Rosaire est une prière des plus agréables à Jésus, en tant qu'en le récitant, nous nous rappelons la grande œuvre de la Rédemption du genre humain, son œuvre de prédilection, l'œuvre qui manifeste l'excès de son infinie charité envers les hommes, — 2° Le Rosaire est une prière agréable à Marie ; en entremêlant aux salutations angéliques la considération des mystères de la rédemption, mystères joyeux, douloureux et glorieux, on lui forme en quelque sorte une guirlande toute corn-

posée de fleurs d'honneur et de gloire. — 3° Marie ellemême a révélé que le Rosaire est un remède propre à procurer l'amendement de nos défauts et à nous faire faire des progrès dans la vertu ; c'est un moyen des plus efficaces pour implorer la miséricorde divine et obtenir son assistance. Comment donc un enfant de Marie n'espèrerait-il pas d'être exaucé d'une mère si tendre en l'honorant par une pratique si agréable à ses yeux et si efficace ? N'abandonnez donc jamais cette dévotion. Pouvoir s'assurer la protection de Marie à si peu de frais, et [ne pas le faire, c'est se préparer des regrets bien amers pour le moment de la mort ! Pensez-y bien, et prenez une résolution.

Considérez que la dévotion du Rosaire, pour nous mériter la protection de Marie, doit réunir certaines conditions. — 1° Il faut réciter le Rosaire avec intention d'honorer Marie, et avec attention aux paroles que la boucha prononce ; ce n'est pas honorer Marie que de réciter ses louanges en pensant à toute autre chose qu'à elle-même et à Dieu. — 2° Il faut le réciter avec respect. Lorsque l'Archange entra dans la chambre de l'auguste Vierge pour la saluer, il s'inclina, dit saint Thomas, avec le sentiment d'une profonde vénération, en lui adressant ce salut : Ave, grafia plena^ ; « Je vous salue pleine de grâce! » A combien plus forte raison ne devons-nous pas nous humilier devant la Mère de Dieu, en répétant: Ave, Maria ! — 3** Il faut le réciter assidûment ; c'est la persévérance dans la prière qui la rend parfaite et efficace. Il ne suffit pas de dire un chapelet en passant, dans quelques rares circonstances ; mais il

(1) Luc. 1, 28

faut le dire fréquemment, et savoir se faire violence lorsqu'on est tenté de l'omettre par paresse. — 4** Il faut s'arrêier, si peu que ce soit, pour fixer l'esprit et le cœur sur le mystère qu'on se propose d'honorer ; car les prières vocales sont comme le corps du Rosaire, la méditation des mystère en est l'âme. — 5° Il faut se garder de la vaine illusion qui ferait croire qu'on est sur de son salut pourvu qu'on récite le Rosaire, quand même on ne se mettrait pas en peine de se corriger de ses vices. Ce serait là une fausse confiance ; quiconque veut se sauver doit régler sa conduite, réprimer ses désordres, déraciner ses attachements criminels; par conséquent il doit réciter le Rosaire dans le but d'obtenir, par l'intercession de Marie, les secours d'en haut qui lui sont nécessaires pour bien vivre et pour bien mourir. — Réfléchissez sur ces conditions, et proposez-vous de les mettre en pratique, afin que votre dévotion soit profitable et salutaire.

Ah ! faites, ô douce Marie, Reine des reines, que la récitation de cette sainte prière soit le plus cher exercice de ma langue, de mon esprit et de mon cœur. Faites que je vive pénétré de reconnaissance pour les mystères sacrés que je crois et que je médite, et que je règle ma conduite selon votre volonté, afin de pouvoir jouir un jour des doux fruits de la sainte pratique du Rosaire.

PRATIQUE

Ecoutez ce que faisait saint Pascal Baylon. Il irouvait toujours du temps pour dire son Rosaire. Il avait continuellement son chapelet en main ; s'il survenait une occupation qui l'obligeait de le déposer, il se le passait au cou et continuait sa prière. Son testament au lit de mort consista à léguer ses chapelets et ses rosaires aux membres les plus distingués de l'Ordre. Il mérita par

cette dévotion de mourir le Rosaire en main, et en invoquant à haute voix le saint Nom de Jésus, Imitez, le mieux que vous pourrez, ces pieuses pratiques. -7- On lit que le démon, contraint par saint Dominique de parler sur le Rosaire, proféra cette sentence : « Nul ne se damne de tous ceux qui récitent dévotement le Rosaire jusqu'à la mort ; parce que Marie leur obtient la grâce d'une sincère contrition de leurs péchés. » Réfléchissez spécialement, je vous en prie, sur le mot dévotement.

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