SUR LE KESPECT HUMAIN
Dans ces saints jours, où l'Eglise nous découvre les desseins amoureux de Dieu sur les pécheurs, et leur présente dans la personne des Martyrs, des Apôtres, des saints Innocents, autant d'avocats auprès du trône de la miséricorde divine, il en est qui voudraient se convertir de leurs mauvaises voies et embrasser les sentiers de la pénitence; mais ils ne le font pas,- et pourquoi? parce qu'ils sont retenus par le respect humain : si je ne vais plus dans telle maison, se disent-ils en eux-mêmes, on en conclura que le confesseur me l'a défendu ; si je quitte ces compagnons de débauche, on pensera que je veux me retirer dans un désert ; si je n'applaudis pas à ces plaisanteries obscènes, à ces romances lascives, on dira que je manque d'esprit ; si je me montre modeste dans les regards, si je m'éloigne de ces réunions dangereuses, de ces passe-temps trop libres, on rira de moi, on me chansonnera, comme un dévot et un scrupuleux. Restons donc tels que nous sommes et continuons notre train de vie. — 0 conséquence funeste ! ô déplorable folie ! Se damner, par respect humain !
Pendant ces solennités, Jésus enfant nous parle de sa crèche, et nous donne des leçons de pauvreté, de mortification, d'humilité, de douceur et de plusieurs autres vertus. Quelques-uns, réveillés par la voix de ces divins
exemples, voudraient se sanctifier en s'adonnant à la pratique de la vertu ; mais ils ne peuvent s'y résoudre, et pourquoi ? Le pourquoi, c'est encore le respect humain , c'est le quen dira-t-on qui les tient dans l'irrésolution. Si tu renonces à telle société, crie le respect humain, si l'on ne te voit plus au café, au théâtre, on dira que tu deviens sauvage. Si tu te dépouilles de toutes ces vanités, de ces parfums, de ces ajustements, on dira que tu es un paysan. Si l'on te voit fréquemment auprès des malades, dans les églises, aux ofiBces religieux, à la sainte Table, on dira que tu es un hypocrite. — • Eh! ne comprenez-vous pas qu'en écoutant ces frivoles excuses, vous montrez que vous faites plus de cas des applaudissements du monde que des louanges et de l'approbation des Anges et de tous les Saints ? Ne voyez-vous pas que pour ces vaines appréhensions vous sacrifiez le glorieux titre de saint sur la terre et de bienheureux en paradis? Oh ! quel déplorable raisonnement que le vôtre !
Considérez le résultat malheureux de vos appréhensions et de votre respect humain. — Si vous rougissez de Jésus crucifié, Jésus à son tour rougira de vous; sa menace est formelle: « Si quelqu'un, dit Jésus-Christ, rougit de moi et de ma doctrine, le Fils de l'homme rougira de lui à son tour » ; Qui me eruhuerit et meos sermones,hunc Filius hominis erubescet^. Seigneur, lui direz-vous au jour du jugement, ne me connaissez- vous pas? je suis chrétien ; et il vous répondra : Allez, je ne vous connais pas : vous avez eu honte de marcher sous ma bannière, de vous agenouiller à une messe, d'incliner la tête en entendant prononcer mon saint nom, de bien faire
(1) Luc. 9, 26.
un signe de croix ; et puis vous dites que vous êtes chrétien? Allez, je ne vous connais point. Retirez-vous avec ces compagnons scandaleux, immodestes, libertins; retirez-vous avec les démons ; eux, ils vous connaissent ; pour moi, je ne vous connais point. — Quel terrible affront !
Glorieux saint Etienne, que l'Eglise nous propose aujourd'hui comme un modèle pour nous apprendre à mépriser les considérations humaines, et en qui elle me fait admirer la constance et la fermeté à confesser Jésus- Christ devant l'assemblée des méchants, sans redouter ni les menaces ni la mort, ah ! je vous en conjure, obtenezmoi un véritable cœur de chrétien, pour fouler aux pieds tout respect humain. Inspirez-moi la ferme résolution de ne plus tenir aucun compte, à l'avenir, des jugements du monde et de la désapprobation de ses partisans.
PRATIQUE
Réfléchissez qu'un militaire n'a pas honte de se conduire en brave militaire; qu'un prince n'a pas honte d'agir en prince ; qu'un avocat, un peintre ne rougissent pas de paraître habile peintre, habile avocat. Donc, conclurez-vous, moi non plus, qui suis chrétien, je ne dois pas rougir de paraître bon chrétien. En conséquence, prenez la résolution de vous conduire en chrétien, sans faire cas du qvCen dira-t-on.
Le dernier jour de l'an.