‹ Œuvres compl`etesChapitre 80 sur 214 · SUR JÉSUS ENFANT · texte numérisé non relu

SUR JÉSUS ENFANT

Verbum caro factum es?. Le Verbe éternel, le Fils du Père céleste s'est fait homme, et il a paru aujourd'hui pour la première fois revêtu de nos dépouilles mortelles. 0 prodige de miséricorde et de toute puissance plus grand que tous les prodiges ! ô mystère des plus sublimes de notre foi ! Quelle admirable union des deux extrêmes les plus opposés : l'immensité et la petitesse, la béatitude et les pleurs, la majesté et l'esclavage, le Créateur et la créature. Dieu et l'homme ! Vous pouvez bien en être saisi d'étonnement,mais vous n'y pouvez rien comprendre ; adorez donc avec humilité ce que vous ne pouvez concevoir. Répétez à plusieurs reprises avec les sentiments d'une foi vive : Verhum caro factum est ; « le Verbe s'est fait chair. » Entrez en esprit dans la grotte où le divin Enfant est né, approchez-vous de la crèche où il est couché, et méditez sa pauvreté, sa mortification, son humilité, afin d'apprendre à l'imiter.

Méditez la pauvreté du divin Enfant. — Que lui manque-t-il? Il manque de tout. Il manque d'asile; il faut qu'il se réfugie dans une étable. Il manque de berceau ; il faut qu'il s'étende sur un peu de paille. Il manque de feu ; il faut qu'il se réchauffe de l'haleine de deux animaux. Il manque de couvertures et de langes convenables ; il faut qu'on l'enveloppe de pauvres lam-

beaux. — Jésus si pauvre, et vous, chrétien, si amateur des richesses. Ah! Jésus, né pour mon amour dans la pauvreté, faites qu'au moins j'embrasse volontiers la privation des commodités de la vie dont vous ne voulez pas que je jouisse, et que je regarde comme une faveur de pouvoir imiter en quelque manière votre humilité.

Méditez la mortification du divin Enfant. — Quel petit corps tendre et délicat ! Quel froid il doit endurer dans une saison si rude ! Quel malaise il doit éprouver sur cette paille qui froisse ses petits membres ! Que de privations il a à supporter, loin de la maison paternelle, sous un toit si mal commode, et qui le protège si peu contre les injures de l'air, dans un hiver si rigoureux! — Jésus si mortifié, et vous, chrétien, si avide de plaisirs. Ah ! tâchez du moins de remercier sincèrement votre Sauveur des mortifications qu'il a endurées pour votre amour dès sa naissance, et à la vue d'un tel exemple, animez-vous à souffrir pour son amour du moins celles qui sont attachées à la vie présente.

Méditez son humiliation. — Comment Jésus naît-il? Dans le silence de la nuit la plus profonde, dans un lieu des plus inconnus. Par qui est-il servi! Eh! il n'a pas de serviteurs ; son père et sa mère, voilà ceux qui le servent. A qui se fait-il connaître? Seulement à quelques pauvres bergers. Quelle figure fait-il dans le monde? Celle d'un pauvre mendiant, qui ne trouve personne qui veuille bien lui donner à loger, pour une seule nuit, par charité. Chose incroyable ! Jésus si humble, et vous, chrétien, si jaloux des honneurs et des égards? Arrêtez-

VOUS à méditer sur ce berceau, écoutez l'éiable, la paille, les langes, qui vous annoncent Jésus pauvre, Jésus mortifié, Jésus humilié, et qui condamnent hautement votre orgueil, A'otre faste, vos délicatesses.

Aimable Enfant, mon divin modèle, mon unique maître, que je trouverais de charmes dans la pauvreté, la mortification, l'humilité, si je contemplais l'image ravissante de ces vertus dans votre Cœur et dans vos actions. Je ne vous imite pas, parce que je ne vous médite guère; vous n'êtes pas l'objet de mes désirs, parce que vous n'êtes jamais le but de mes pensées. Ah ! daignez graver vous-même vos traits dans mon cœur, afin que je vous imite le plus parfaitement que je pourrai, au moins par le détachement des richesses, par la mortification des sens, par l'humilité intérieure, en soumettant mon entendement à la foi et mon cœur à vos commandements.

PRATIQUE

Allez plusietirs fois aujourd'hui adorer Jésus caché dans l'Eucharistie, et allez-y avec les sentiments qui animaient les bergers lorsqu'ils se rendirent à l'étable de Bethléem, c'est-à-dire avec foi, avec admiration, avec joie. — Assistez avec dévotion aux trois messes, dont la première rappelle la naissance de Jésus dans le temps; la seconde, sa manifestation aux Gentils; et la troisième, sa génération éternelle dans le sein du Père. — Pour honorer Jésus pauvre, faites quelque aumône aux pauvres ; pour honorer Jésus mortifié, visitez les malades dans les hôpitaux et à domicile: pour honorer Jésus humilié, abaissez-vous à traiter les personnes de la dernière condition avec des manières affables.

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