DISCOURS A L'ACADÉMIE
mettre le dernier sceau, il sera nécessaire que de certaines gens le désapprouvent, qu'ils y aient bâillé.
Car voudroient-ils, présentement qu'il3 ont reconnu que cette harangue a moins mal réussi dans le public qu'ils ne Tavoient espéré, qu'ils savent que deux libraires ont plaidé * à qui l'imprimeroit, voudroient-ils désavouer leur goût et le jugement qu'ils en ont porté dans les premiers jours qu'elle fut prononcée? Me permettroient-ils de publier, ou seulement de soupçonner, une tout autre* raison de l'âpre censure qu'ils en firent, que la persuasion où ils étoient qu'elle le méritoit**? On sait que cet homme, d'un nom et d'un mérite si distingué, avec qui j'eus l'honneur d'être reçu à l'Académie françoise *, prié, sollicité, persécuté de consentir à l'impression de sa harangue, par ceux mêmes qui vouloient supprimer la mienne et en éteindre la mémoire, leur résista toujours avec fermeté. Il leur dit « qu'il ne pouvoit ni ne devoit approuver une distinction si odieuse qu'ils vouloient faire entre lui et moi; que la préférence qu'ils donnoient à son discours avec cette affectation et cet empressement qu'ils lui marquoicnt, bien loin de l'obliger, comme ils pouvoient le croire, lui faisoit au contraire une véritable peine; que deux discours également innocents, prononcés dans le même jour, dévoient être imprimés dans le même temps. » Il s'expliqua ensuite obligeamment, en public et en particulier, sur le violent chagrin qu'il ressentoit de ce que les deux auteurs de la
■ Var. « Une toute antre, » texte des éditions originales. » '' « La méritait. » ( Édition 8*.)
1. L'instance étoit aux Requêtes de l'HôteL {Note de La Bruyère.) — Les deux libraires étaient Michallet et Coignard, le premier, libraire de La Bruyère, le second, libraire de l'Académie.