‹ Œuvres compl{grave}etesChapitre 20 sur 152 · Voyez le Lexique · texte numérisé non relu

Voyez le Lexique

nîère de faire valoir son bien*, qui continue toujours d'être pratiquée par d'honnêtes gens, et d'être condamnée par d'habiles docteurs.

[38]. On a toujours vu dans la république de certaines charges qui semblent n'avoir été imaginées la première fois que pour enrichir un seul aux dépens de plusieurs; les fonds ou l'argent des particuliers y coule ' sans fin et sans interruption*. Dirai-je qu'il n'en revient plus, ou qu'il n'en revient que tard? C'est un gouffre, c'est une mer qui reçoit les eaux des fleuves, et qui ne les rend pas ;

* Coule au singulier. (Orthographe de La Bruyère.)

i. Billets et obligations. {Note de La Bruyère.) — Pat billet, La Bruyère entend des actes sous seing privé; par obligations, des actes publics. — « L'ancienne législation française n^admettait pas le prêt à intérêt. Le prêt était considéré comme essentiellement gratuit. Cependant on finit par déroger à cette loi, ou du moins par Téludcr.. Outre les contrats de constitution de rente qui furent autorisés, il y avait des pays où Ton pouvait stipuler rintérét de l'argent prêté, comme en Bresse, dans les obligations à jour, c'est-à-dire à terme, et à Lyon, où les stipulations de cette nature étaient permises en faveur du commerce. » (Chéruel, Dictionnaire des institutions de la France, au mot Prêt à intérêt.) La proscription du prêt à intérêt venait de Tancien droit canonique, qui le confondait avec Tusure. Mais, déjà au wii' siècle, des docteurs admettaient que Targent pouvait porter intérêt dans les sociétés de commerce; seulement ils ne considéraient pas l'argent mis dans ces entreprises comme un prêt : « Si deux personnes se joignent pour un négoce où Tun mette son argent, l'autre son industrie, il est juste que le profit soit partagé comme la perte. C'est le fondement des polices d'assurances et autres contrats maritimes. l\ n'y a point de prêt : chacun demeure propriétaire de son argent, ou, si l'on veut, c'est acheter le hasard et l'espérance, comme si l'on achetoit le coup de filet d'un pêcheur.» (Fleury, Droit ecclésiastique, 3* partie, chap. xin.)

2. Greffe, consignation. {Note de La Bruyère,) ~ Cette note, ajoutée seulement dans la 9* édition, est une sorte de démenti aux auteurs de clefs qui avaient vu dans ce passage une allusion au surintendant des finances (or il n'y en avait plus depuis Fouquet) , ou au receveur des confiscations (lequel ne pouvait assurément rendre aux particuliers l'argent confisqué). U s'agit des sommes déposées dans les greffes jusqu'à la solution d'un procès.

OU si elle les rend, c'est par des conduits secrets et souterrains, sans qu'il y paroisse, ou qu'elle en soit moins grosse et moins enflée; ce n'est qu'après en avoir joui longtemps, et qu'elle ne peut plus les retenir •.

[39] Le fonds perdu, autrefois si sûr, si religieux et si inviolable, est devenu avec le temps, et par les soins de ceux qui en étoient chargés, un bien perdue Quel autre secret de doubler mes revenus et de thésauriser ? Entrerai-je dans le huitième denier, ou dans les aides*? Serai-je avare, partisan', ou administrateur***?

[40] Vous avez une pièce d'argent, ou même une pièce d'or; ce n'est pas assez, c'est le nombre qui opère: faites-en, si vous pouvez, un amas considérable et qui s'élève en pyramide, et je me charge du reste. Vous n'avez ni naissance, ni esprit, ni talents, ni expérience; qu'importe? ne diminuez rien de votre monceau, et je vous placerai si haut que vous vous couvrirez devant votre

■ Édition 4«.

»» Édition C«.

1. « Allusion à la banqueroute faite par les hôpitaux de Paris et les Incurables, en 1689. Elle a fait perdre aux particuliers qui avoient d^ deniers à fonds perdu sur les hôpitaux la plus grande partie de leurs biens : ce qui arriva par la friponnerie de quelques administrateurs que Ton chassa, m {Clefs)» — On appelle fonds perdu un capital auquel Ton renonce pour une rente viagère.

2. C'est-à-dire dans la forme du huitième denier (impôt établi en 1673, pendant la guerre de Hollande] ou dans celle des aides. « Aides, se dit des deniers que le roi lève sur les marchandises, qui se vendent et se transportent dedans et dehors son royaume. Elles sont payées par toutes sortes de personnes, privilégiées ou non. C'est par là qu'elles diffèrent des tailles qui ne sont payées que par les roturiers. » (Furetière, Dictionnaire.)

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