‹ Œuvres compl{grave}etesChapitre 19 sur 152 · Voyez le Lexique · texte numérisé non relu

Voyez le Lexique

3. C'est-à-dire a sa place au banc d'œuvre auprès des cardinaux et des docteurs en théologie. Voyez le chap. de V Homme, n" 130.

4. La Bruyère parle ici comme Fénclon : a 11 seroit à souhaiter, écrit-il dans le m* dialogue, qu^'il n*y eût communément que les pasteurs qui donnassent la pâture aux troupeaux, selon leurs besoins. Pour cela, il ne faudroit d*ordinairo choisir pour pasteurs que des prêtres qui eussent le don

un curé sur cette conduite par un usage reçu, qu'il trouve établi, et qu'il laissera à son successeur; mais c'est cet usage ' bizarre et dénué de fondement et d'apparence que je ne puis approuver, et que je goûte encore moins que celui de se faire payer quatre fois des mêmes obsèques, pour soi, pour ses droits, pour sa présence, pour son assistance^.

[25] Titey par vingt années de service dans une seconde place, n'est pas encore digne de la première, qui est vacante : ni ses talents, ni sa doctrine, ni une vie exemplaire, ni les vœux des paroissiens ne sauroient l'y faire asseoir. 11 naît de dessous terre un autre clerc ^ pour la remplir. Tite est reculé ou congédié : il ne se plaint pas; c'est l'usage ^

[26] a Moi, dit le cheffecier*, je suis maître du chœur; qui me forcera d'aller à matines? mon prédécesseur n'y

■ « C'est un usage. » (Édit. 6^) fc Édition 6«.

<" Édition 4«.

de la parole. H arrive au contraire deux maux : Tun, que les pasteurs rouets, ou qui parlent sans talent, sont peu estimés; Tautrc, que la fonction de prédicateur volontaire attire dans cet emploi je ne sais combien d'esprits vains et ambiiieux. » (Dialogues tur Té/oQuencf d« la chaire.)

i. Ecclésiastique. {Note de La Bruyère,)

2. On écrit aujourd'hui chevecier, et c'est déjà l'orthographe du Dic' tionnaire de Furetière (1690) et du Dictionnaire de V Académie (1694). Richelet {Dictionnaire françois, 1680) écrit chefeciêr. C'est, d'après le Dictionnaire de Trévoux, celui qui « porte la chape et le L&ton dans les fêtes solennelles, et donne le ton aux autres en commençant les psaumes et les antiennes. » — La Bruyère nous fait ici assister à une querelle entre les principaux membres d'un chapitre ; car le chevecier est chanoine, comme i*écolâtre (le surveillant des écoles), le trésorier, le pénitencier (celui qui est chargé des cas réservés) et autres ecclésiastiques qui seront cités plus loin.

alloit point ; suis-je de pire condition? dois-je laisser avilir ma dignité entre mes mains, ou la laisser telle que je l'ai reçue? » — « Ce n'est point, dit l'écolâtre, mon intérêt qui me mène, mais celui de la prébende ^ : il seroit bien dur qu'un grand chanoine fût sujet au chœur, pendant que le trésorier, l'archidiacre, le pénitencier et le grand vicaire s'en croient exempts. » — « Je suis bien fondé, dit le prévôt, à demander la rétribution sans me trouver à l'office : il y a vingt années entières que je suis en possession de dormir les nuits; je veux finir comme j'ai commencé, et l'on ne me verra point déroger à mon titre : que me serviroit d'être à la tête d'un chapitre? mon exemple ne tire point à conséquence. » Enfin c'est entre eux tous à qui ne louera point Dieu, à qui fera voir par un long usage qu'il n'est point obligé de le faire' : l'émulation de ne se point rendre aux offices divins ne sauroit être plus vive ni plus ardente*. Les cloches sonnent dans une nuit tranquille; et leur mélodie, qui réveille les chantres et les enfants de chœur, endort les chanoines, les plonge dans un sommeil doux et facile, et qui ne leur

• « Qu'il n*y est pas obligé. » (Édit. 5^)

1. « Prébende, sorte de bénéfice attaché au canonicat. » (Richelet, Dictionnaire français, 1680.)

2. Parmi les doux plaisirs d'une paix fraternelle, Paris Yoyoit fleurir son antique chapelle :

Ses chanoines vermeils et brillants de santé S'engraissoient d'une longue et sainte oisiveté. Sans sortir de leurs lits, plus doui que leurs hermines, Ces pieux fainéants faisoicnt chanter matines, Veilloicnt à bien dîner, et laissoicnt en leur lieu  des chantres gagés le soin de louer Dieu.

(BoiLEAU, le Lutrin, chaut I, vers 17.)

procure que de beaux songes ^ : ils se lèvent tard, et vont à Féglise se faire payer d'avoir dormi*.

[27] Qui pourroit s'imaginer, si l'expérience ne nous le mettoit devant les yeux, quelle peine ont les hommes à se résoudre d'eux-mêmes à leur propre félicité, et qu'on ait besoin de gens d'un certain habit, qui par un discours préparé, tendre et pathétique, par de certaines inflexions de voix, par des larmes, par des mouvements qui les mettent en sueur et qui les jettent dans l'épuisement, fassent enfin consentir un homme chrétien et raisonnable, dont la maladie est sans ressource, à ne se point perdre et à faire son salut ^?

[28] La fille d'Aristippe est malade et en péril ; elle envoie vers son père, veut se réconcilier avec lui et mourir dans ses bonnes grâces. Cet homme si sage, le conseil de toute une ville, fera-t-il de lui-même cette démarche si raisonnable? y entraînera-t-il sa femme? ne faudra-t-il point pour les remuer tous deux la machine du directeur^'?

■ Édition 5«.

^ Édition 4«.

*- Édition 4«.

1 . Uc ! Seigneur, quand nos cris pourroient, du fond des rues. De leurs appartements forcer les avenues.

Réveiller ces valets autour d*eux étendus. De leur sacré repos ministres assidus.

Et pénétrer des lits au bruit inaccessibles; Pensez-vous, au moment que les ombres paisibles A ces lits enchanteurs ont su les attacher. Que la voix d'un mortel les en puisse arracher? Deux chantres feront-ils, dans Tardeur de vous plaire. Ce que depuis trente ans six cloches n*ont pu faire?

{Le Lutrin, chant IV, v. 109.)

2. Souvenir du Deus ex machina, et aussi du Dignu» vindice nodus de VArt poétique d'Horace.

[29] Une mère, je ne dis pas qui cède et qui se rend à la vocation de sa fille, mais qui la fait religieuse, se charge d'une âme avec la sienne, en répond à Dieu même, en est la caution. Afin qu'une telle mère ne se perde pas, il faut que sa fille se sauve'.

[30] Un homme joue et se ruine : il marie néanmoins l'aînée de ses deux filles de ce qu'il a pu sauver des mains d'un Ambreville^ i la cadette est sur le point de faire ses vœux, qui n'a point d'autre vocation que le jeu de son père •*.

[31] 11 s'est trouvé des filles qui avoient de la vertu, de la santé, de la ferveur et une bonne vocation, mais qui n'étoient pas assez riches pour faire dans une riche abbaye vœu de pauvreté *=*.

[32] Celle qui délibère sur le choix d'une abbaye ou d'un simple monastère pour s'y enfermer ^ agite l'ancienne question de l'état populaire et du despotique*'.

• Édition 5«.

^ Édition 6«.

<^ Édition 4«.

d tt Benfermer. » (Édit. 4«-8«.)

« Édition 4*.

i. C'est-à-dire d'un fripon qui trichait au jeu. Ambreville ou Amb!eville était un chef de vagabonds qui, après avoir été condamné pour plusieurs crimes, puis gracié, fut brûlé eu 1686 en place de Grève. Voyez Journal de Dangeau, 1. 1, p. 362.

2. Ce mot, d'après le Menagiana (t. I, p. i82), aurait été déjà dit par Camus, l'évoque de Belley, lequel, à Noti'e-Dame, aurait commencé un sermon de charité par ces mots : « Messieurs, on recommande à vos charités une jeune demoiselle qui n'a pas assez de bien pour faire vœu de pauvreté, n Selon La Monnoie (Notes au Menagiana)^ le mot est plus ancien encore, et on le trouve dans le Guzman d'Alfarache, publié en 1599 par Mateo Âleman. Cette question des dots exigées pour l'entrée en religion a donné lieu à bien des discussions, qui sont résumées dans les Mémoires de l'abbé Lcgendre (p. 168-171).

3. Dans les abbayes, les abbesses étaient nommées par le roi {état des-

[33] Faire une folie et se marier par amourette^ c'est épouser MélilCj qui est jeune, belle, sage, économe, qui plaît, qui vous aime, qui a moins de bien q\i\£gine qu'on vous propose, et qui avec une riche dot apporte de riches dispositions à la consumer, et tout votre fonds ' avec sa dot\

[34] Il étoit délicat autrefois de se marier; c'éloit un long établissement, une. affaire sérieuse, et qui méritoit qu'on y pensât; Ton étoit pendant toute sa vie le mari de sa femme, bonne ou mauvaise : même table, même demeure, même lit; Ton n'en étoit point quitte pour une pension; avec des enfants et un ménage complet, Ton n'avoit pas les apparences et les délices du célibat.

[35] Qu'on évite d'être vu seul avec une femme qui n'est point la sienne, voilà une pudeur qui est bien placée : qu'on sente quelque peine à se trouver dans le monde avec des personnes dont la réputation est attaquée, cela n'est pas incompréhensible. Mais quelle mauvaise hon e fait rougir un homme de sa propre femme, et l'empêche de paroître dans le public avec celle qu'il s'est choisie pour sa compagne inséparable, qui doit faire sa joie, ses délices et toute sa société; avec celle qu'il aime et qu'il estime, qui est son ornement, dont l'esprit, le mérite, la vertu, l'alliance lui font honneur? Que ne commence-t-il par rougir de son mariage * ?

* « Fond. » (Orthographe d3s éditions originales.) •> Édition 4«.

potique); dans les simples monastères, les supérieures étaient élues par les religieuses {état populaire).

1. Encore quelques années, et Ton en sera venu à ce dernier paint.

Je connois la force de la coutume, et jusqa'où elle maîtrise les esprits et contraint les mœurs, dans les choses même les plus dénuées de raison et de fonde* ment; je sens néanmoins que j'aorois Fimpudence de me promener au Cours', et d'y passer en revue ^ avec une personne qui seroit ma femme '•

[36] Ce n'est pas une honte ni une faute à un jeune homme que d'épouser une femqfie avancée en âge; c'est quelquefois prudence, c'est précaution. L'infamie est de se jouer de sa bienfactrice' par des traitements indignes, et qui lui découvrent qu'elle est la dupe d'un hypocrite et d'un ingrat. Si la fiction est excusable, c'est où il faut feindre de l'amitié; s'il est permis de tromper, c'est dans une occasion où il y auroit de la dureté à être sincère. — Mais elle vit longtemps. — Aviez- vous sUpulé qu'elle mourût après avoir signé votre fortune et l'acquit de toutes vos dettes? N'a-t-elle plus après ce grand ouvrage qu'à retenir son haleine, qu'à prendre de l'opium ou de la ciguéî A-t-elle tort de vivre ? Si même vous mourez avant celle dont vous aviez déjà réglé les funérailles, à qui vous destiniez la grosse sonnerie et les beaux ornements, en est-elle responsable**?

[37] Il y a depuis longtemps dans le monde une ma-

* Ces deux alinéas sont de la 5« édition. »» ÉdiUon 5«.

Voyez le Philosophe marié, de Destouches (1727) et le Pr^ugé à la mode, de U Chaussée (1735).

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