Mode du temps de François I
séance, surtout dans un temps où ils avoient trouvé le secret de parottre nus tout habillés^? Et d'ailleurs les femmes, qui montrent leur gorge et leure épaules, sontelles d*une complexion moins délicate que les hommes, ou moins sujettes qu'eux aux bienséances? Quelle est la pudeur qui engage celles-ci à couvrir leurs jambes et presque leurs pieds, et qui leur permet d'avoir les bras nus audessus du coude '? Qui avoit mis autrefois dans l'esprit des hommes qu'on étoit à la guerre ou pour se défendre ou pour attaquer, et qui leur avoit insinué l'usage des armes offensives et des défensives? Qui les oblige aujourd'hui de renoncer à celles-ci, et, pendant qu'ils se bottent pour aller au bal, de soutenir sans armes et en pourpoint des travailleurs exposés à tout le feu d'une contrescarpe'? Nos pères, qui ne jugeoient pas une telle conduite utile au prince et à la patrie, étoient-ils sages ou insensés? Et nous-mêmes, quels héros célébrons-nous dans notre histoire? Un Guesclin, un Clisson, un Foix, un Boucicaut*,
i. Mode du même temps, où les jambes étaient simplement couvertes d*un bas de soie.
2. « Que peut dire une dame qui fait parade de ce que la nature, ou plutôt la religion qu'elle a promis de suivre, Poblige de cacher? Que c*estla mode et rien davantage. Mais cette mode est bizarre, incommode, malhonnête, indigne en toutes manières... N'importe, c'est la mode... » (Malebranche, de la Recherche de la vérité, liv. II, 3' partie, chap. ii.)
3. « La délicatesse des officiers ne les empêchait point alors (1667) d'aller à la tranchée avec le pot en tête et la cuirasse sur le dos. Le roi en donnait l'exemple. Il alla aiosi à la tranchée devant Douai et devant Lille. Cette conduite sage conserva plus d'un grand homme. Elle a été trop négligée depuis par des jeunes gens peu robustes, pleins do valeur, mais de mollesse, qui semblent plus craindre la fatigue que le danger. » (Voltaire, Siècle de Louis XIV, chap. viii.)
4. Bertrand du Guesclin (1320-1380), connétable de France sous Charles V. — Olivier de Clisson (1332-1407), connétable de France sous Charles VL — Gaston do Foix, surnommé Phœbus, vicomte de Béarn (1331- 1391). — Jean le Maingre de Boucicault (1364-1421), maréchal de France. Tous les quatre se distinguèrent dans la guerre de cent ans.
qui tous ont porté Tarmet et endossé une cuirasse.
Qui pourrait rendre raison de la fortune de certains mots et de la proscription de quelques autres ' ?
Ains a péri * : la voyelle qui le commence, et si propre pour Télision, n'a pu le sauver; il a cédé à un autre monosyllabe', et qui n*est au plus que son anagramme '. Certes^ est beau dans sa vieillesse, et a encore de la force sur son déclin : la poésie le réclame, et notre langue doit beaucoup aux écrivains qui le disent en prose, et qui se commettent pour lui dans leurs ouvrages. Maint est un mot qu'on ne devoit jamais abandonner, et par la facilité qu'il y avoit à le couler dans le style, et par son origine, qui est françoise *. Moult, quoique latin *,
* Cet alinéa, le précédent et les suivants, jasqu*à la fln du chapitre, sont de la ?• édition.
i. Ici commence une dissertation pour et contre certains mots. Ces sortes de discussions étaient fréquentes, surtout depuis la fondation de TAcadémie fti-ançaise. On en trouve de semblables dans les Remarques sur Ut lanffU9 français» de Vaugelas, et dans les Remarques nouvelles sur la langue françoise du père Boobours. On peut voir, à ce sujet, la Comédie des Académistes, de Saint-Évremond (4643).