Ogier le Danois, héros de plusieurs chansons de geste
De cettuy preux * mains gnraods clercs ont écrit Qu^oncques dangier n'étonna son courage : Abusé fût par le malin esprit.
Qu'il épousa sous féminin visage.
Si piteux cas à la fin découvrit Sans un seul brin de peur ny de dommage. Dont grand renom par tout le monde acquit, Si qu*on tenoit très honneste langage De cettuy preux.
Bien-tost après fille de Hoy s*esprit De son amour, qui voulen tiers** s'offrit Au bon Richard en second mariage.
Donc s'il vaut mieux de diable ou femme avoir. Et qui des deux bruit plus en ménage, Ceulx qui voudront, si le pourront sçavoir De cettuy preux*'.
■ tt D*lceluy proux. » (7* édition.) — « Do cettuy » (texte de la 8* et do a 9"). De môme plus loin, à la fin du 7* et du dernier quatrain. ^ « Volontiers. » (7* édition.) ^ Tous les alinéas compris sous le n° 73 sont de la 7* édition.
[1] Le discours chrétien est devenu un spectacle. Cette tristesse évangélique qui en est Tâme ne s'y remarque plus : elle est suppléée par les avantages de la mine S par les inflexions de la voix, par la régularité du geste, par le choix des mots, et par les longues énumérations. On n'écoute plus sérieusement la parole sainte : c'est une sorte d'amusement entre mille autres; c'est un jeu où il y a de l'émulation et des parieurs.
■ « L'avantage de la mine. » (Édit. l^-S*.)
1. Pour bien saisir Tintérét qu*otfre ce chapitre et bien voir la place qui lui appartient dans Thistoire de la prédication en France, il importe de préciser les dates. Ce chapitre a été publié en 1688, et les dernières additions qu'il a reçues sont de 1694 (8*^ édition). Des grands prédicateurs de la fin du xvii* siècle, un seul n*a pu être entendu par La Bruyère : c'est Massillon, dont les premières prédications, à Paris, ne remontent pas avant 1696. La Bruyère a pu entendre les prédécesseurs immédiats de Bossuet : le père Claude de Lingendes, de la Société de Jésus, mort en 1660; les Pères Le Jeune et Senault, de l'Oratoire, morts l'un et l'autre en 1672. Bossuet prêcha, à Paris, de 1659 à 1669 ; Bourdaloue prêcha dans cette ville à partir de 1663; Mascaron à partir de 1666; Fléchier à partir de 1670; Fénelon à partir de 1675. Vers l'époque où La Bruyère publia ce chapitre, Fénelon écrivait sur le même sujet ses Dialogues sur l'éloquence en général et sur celle de la chaire en particulier, ouvrage publié seulement en 1718. En 16C6, l'avocat G. Guéret avait publié des Entretiens sur l'éloquence de la chaire et du barreau. Bossuet a consacré à l'éloquence de la chaire trois sermons : Sur le respect dû à la parole de Dieu (1660, pour le deuxième dimanche de carême); Sur la parole de Dieu (1661, pour le deuxième dimanche de carême); 5ur la prédication évangélique (1662, pour le premier dimanche de carême). On trouve dans les Œuvres d'Ant. Arnauld (1612-
[2] L'éloquence profane est transposée pour ainsi dire du barreau, où le MâItre, Pucelle et Fourcroy ^ l'ont fait régner, et où elle n'est plus d'usage S à la chaire, où elle ne doit pas être ■.
L'on fait assaut d'éloquence jusqu'au pied de l'autel et en la présence des mystères **. Celui qui écoute s'établit juge de celui qui prêche, pour condamner ou pour applaudir, et n'est pas plus converti par le discours qu'il favorise que par celui auquel il est contraire. L'orateur plaît aux uns, déplaît aux autres, et convient avec tous en une chose ', que comme il ne cherche point à les rendre meilleurs, ils ne pensent pas aussi à le devenir.
Un apprenti "" est docile, il écoute son maître, il profite de ses leçons, et il devient maître. L'homme indocile critique le discours du prédicateur, comme le livre du philosophe, et il ne devient ni chrétien ni raisonnable "*•
* Édition 4*.
^ « Jusques aux pieds de Tautel et dans la cliaire de la vérité. »
'^ « Un apprentif. » (Texte des éditions originales.)
<* ÉdiUon 4«.
1694) des Réflexions sur Véloquence des prédicateurs ; et des observations sur le même sujet dans les Pensées de Bourdaloue (t. XIV). On peut voir sur ce sujet le livre de Tabbé Maury, Essai sur Véloquence de la chaire (1777); P. Jacquinet, Des Prédicateurs du ivii* siècle avant Bossuet; Gandar, Études sur les sermons de Bossuet et Choix des sermons de Bossuet, où se trouve celui Sur la parole de Dieu; Tabbé Hurel, les orateurs sacrés à la cour de Louis XVI; A. Fougère, Bourdaloue, la prédication et son temps, etc. i. Avocats du Parlement de Paris, qui ont eu au ivii* siècle une réputation d*éloquence : Antoine Le Maître (1608-1658). On a de lui un Recueil de Plaidoyers (1654). — Pucelle (Claude) est le père de Tabbé René Pucelle (1655-1745), conseiller-clerc au Parlement, qui se fit un nom plus tard, par son ardeur à combattre la bulle Untgenitus. — Fourcroy, ami de Molière et de Boileau, mort en 1691.