‹ Œuvres compl{grave}etesChapitre 39 sur 152 · Divinae particulam aune · texte numérisé non relu

Divinae particulam aune

(Horace, Satire ii, 79.)

« Ex uQÎversa mente divina delibatos animes. » (Cicéron, de Senectute, 21.)

2. « Rien n'accuse davantage une extrême foi blesse d*esprit que do ne pas connoltre quel est le malheur d'un homme sans Dieu;... rien n*est plus l&che que de faire le brave contre Dieu. » (Pascal, Pensées, art. IX, i.)

dont on montre les bornes. Je ne m'étonne pas que des hommes qui s'appuient sur un atome, chancellent dans les moindres efforts qu'ils font pour sonder la vérité, si avec des vues si courtes ils ne percent point à travers le ciel et les astres, jusques à Dieu même ; si, ne s'apercevant point ou de l'excellence de ce qui est esprit, ou de la dignité de l'âme, ils ressentent encore moins combien elle est difficile à assouvir, combien la terre entière est audessous d'elle, de quelle nécessité lui devient un être souverainement parfait, qui est Dieu, et quel besoin indispensable elle a d'une religion qui le lui indique, et qui lui en est une caution sûre. Je comprends au contraire fort aisément qu'il est naturel à de tels esprits de tomber dans l'incrédulité ou l'indifférence, et de faire servir Dieu et la religion à la politique, c'est-à-dire à l'ordre et à la décoration de ce monde, la seule chose selon eux qui mérite qu'on y pense*.

[4] Quelques-uns achèvent de se corrompre par de longs voyages, et perdent le peu de religion qui leur restoit^ Ils voient de jour à autre un nouveau culte, diverses mœurs, diverses cérémonies; ils ressemblent à ceux qui entrent dans les magasins, indéterminés sur le choix des étoffes qu'ils veulent acheter : le grand nombre de celles qu'on leur montre les rend plus indifférents; elles ont chacune leur agrément ^ et leur bienséance : ils ne se fixent point, ils sortent sans emplettes

■ Édition 5«.

•* « Leurs agrémeots. » (Édit, 5*-7«.)

c Édition 5«.

1. Peut-être est-ce une allusion à Dernier, qui avait visité l'Assyrie, VÉgypte et rinde, publié ses Voyages (1670), et donné un Abrégé de la philosophie de Gassendi (167 S).

[5] Il y a des hommes qui attendent à être dévots et religieux, que tout le monde se déclare impie et libertin : ce sera alors le parti du vulgaire, ils sauront s'en dégager. La singularité leur plaît dans une matière si sérieuse et si profonde ; ils ne suivent la mode^ et le train commun que dans les choses de rien et de nulle suite. Qui ssût même s'ils n'ont pas déjà mis une sorte de bravoure et d'intrépidité à courir tout le risque de l'avenir? Il ne faut pas d'ailleurs que dans une certaine condition, avec une certaine étendue d'esprit et de certaines vues, l'on songe à croire comme les savants et le peuple ^.

[6] L'on doute de Dieu dans une pleine santé, comme l'on doute que ce soit pécher que d'avoir un commerce avec une personne libre*. Quand l'on devient malade, et que l'hydropisie est formée, l'on quitte sa concubine, et l'on croit en Dieu *.

[7] Il faudroit s'éprouver et s'examiner très-sérieusement, avant que de se déclarer esprit fort ou libertin, afin au moins, et selon ses principes, de finir comme l'on a vécu ; ou si l'on ne se sent pas la force d'aller si loin, se résoudre de vivre comme l'on veut mourir.

[8] Toute plaisanterie dans un homme mourant est hors de sa place : si elle roule sur de certains chapitres.

'* <( Et ils ne suivent la mode. » (Édit. 5*-6^) •• Édition 5^

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