Offensives et défensives. {Note de La Bruyère
chausses et en pourpoint, portoit de larges canons ^ et il étoit libertin*. Gela ne sied plus : il porte une perruque, rhabit serré, le bas uni, et il est dévot : tout se règle par la mode.
[17] Celui qui depuis quelque temps à la cour étoil dévot, et par là, contre toute raison, peu éloigné du ridicule, pouvoit-il espérer de devenir à la mode ?
[18] De quoi n'est point capable un courtisan dans la vue de sa fortune, si pour ne la pas manquer il devient dévot ?
[19] Les couleurs sont préparées, et la toile est toute prête ; mais comment le fixer, cet homme inquiet, léger, inconstant, qui change de mille et mille figures? Je le peins dévot, et je crois l'avoir attrapé, mais il m'échappe, et déjà il est libertin. Qu'il demeure du moins dans cette mauvaise situation, et je saurai le prendre dans un point de dérèglement de cœur et d'esprit où il sera reconnoissable; mais la mode presse, il est dévot \
[20] Celui qui a pénétré la cour connoit ce que c'est que vertu et ce que c'est que dévotion' : il ne peut plus s'y tromper **.
■ Édition 4*.
»» ÉdiUon C«.
1. Les canons étaient des ornements de toile garnis de dentelles qai s'attachaient au genoa. Molière, Êfiole des Femmes, 1, 1 :
Et de ces grands canons où, comme en des entraves, On met tous les matins ses deux jambes esclaves.