Î34 LES CARA.CTÈRES DE THÉOPHRASTE
mins les jeunes gens au passage S et qui pour ainsi dire les enlèvent et les ravissent. )i Dans une compagnie où il se trouve quelqu'un qui parle mal d'une personne absente, il relève la conversation: « Je suis, lui dit-il, de votre sentiment : cet homme m'est odieux, et je ne le puis souffrir. Qu'il est insupportable par sa physionomie ! Y a-i-il un plus grand fripon et des manières plus extravagantes? Savez-vous combien il donne à sa femme ' pour la dépense de chaque repas? Trois oboles', et rien davantage; et croiriez'vous que^ dans les rigueurs de l'hiver et au mois de décembre, il l'oblige de se laver avec de l'eau froide? » Si alors quelqu'un de ceux qui l'écoutent se lève et se retire, il parle de lui presque dans les mêmes termes. Nul de ses plus familiers n'est épargné; les morts mômes dans le tombeau ne trouvent pas un asile contre sa mauvaise langue^ ^
1. Elles teooient hôtellerie sur les chemins publics, où elles se méloient dMnfàmes commerces. {Note de la Bruyère.) La traduction est loin d*égaler la crudité du texte, et omet à dessein certains détails.
2. Le texte ajoute : « qui lui a apporté en dot huit talents. » — Le talent correspondait à 5,500 francs de notre monnaie.
3. Il y avoit au-dessous de cette monnoie d*autres encore de moindre prix. {Note de La Bruyère,) — Le texte grec dit non trois oboles, mais trois petites pièces de cuivre. Il en fallait huit pour une obole, qui correspondait à 15 centimes de notre monnaie.
4. Il étoit défendu chez les Athéniens de parler mal des morts, par une loi de Selon, leur législateur. {Note de La Bruyère.) — Le texte ajoute : « Et ce vice, il rappelle franchise, esprit démocratique, liberté; il en fait son plus doux passe-temps. Quand la langue démange & ces hommes moroses, ils deviennent maniaques, et tombent en délire. » (Trad. Stiévenart.)
DISCOURS