‹ Œuvres complètesChapitre 108 sur 215 · IX. — Rei.iquaire gothique du saisg .miraculeux · texte numérisé non relu

IX. — Rei.iquaire gothique du saisg .miraculeux

En 1883, le comte Servansi Collio^ publiait à Camerino un opuscule in-4" de 8 pages, avec deux planches gravées, intitulé : Disegno c desci'izione d'una medaglia ponti/icia del secolo XV e d’un reli- (juiario dl métallo del secolo XIV al XV, ad ogore e gloria del tau-

Dieu, tiaré et chapé, du haut du ciel, jette sur S. Nicolas des flèches qui l’atteignent en pleine j)oitrine.

2. L’étoile brille sur sa poitrine. Le phylactère qui sort de sa bouche porte Cupio dissolvi, etc.

3. Deux perdrix s’envolent, deux autres restent sur le plat, que S. Nicolas, couché, bénit à trois doigts. La représentation pèche sur ce point, car, en réalité, il ne s’agissait que d’une seule perdrix (Collin de Plancy, Dict. des reliq., II, 219.)

4. Il est couché sur un matelas, tenant une grande croix entre ses bras; sur le sol est posé un bénitier avec son goupillon.

5. Ses titres sont ainsi disposés, à l’italienne, sur la couverture ; « Commendatore Severino, Conte Servanzi Gollio, cavalière di Malta ».

malurgo San Niccola da Tolentmo. L’auteur m'ayant fait la gracieuseté de m’en envoyer un exemplaire, il est de mon devoir de lui en témoigner ma gratitude en l’analysant.

En d85o, \' Album di Roma, dirigé par le chevalier De Angelis, insérait, dans sa 3® livraison, un mémoire qui avait pour titre: Descrizione di un reliquiario nella basilica di S.Niccola di Tolenlino. Il en fut fait une repr.oduction à Macerata, la même année. La brochure de 1883 serait donc, en réalité, une troisième édition; les doux dernières sont fort rares actuellement, le tirage ayant été limité et non mis dans le commerce. .

La médaille, d’un diamètre de quatre centimètres, représente, sur la face, le pape Eugène IV, en buste, tourné à droite et ainsi désigné: EVGENIVS 1111. .-PONT. MAX. Il est coiffé de la tiare à trois couronnes, surmontée d’une boule crucifère figurant le globe du monde, avec fanons pendants, marqués d’une croix, au-dessus d’un écusson à la croix pleine qui n’est pas le sien. Il porte une calotte à oreilles, la dalraatique et le manteau, à orfrois brodés et agrafe circulaire. Au revers, le sujet est indiqué par cet exergue: NlCOLAl. TOLENTINATIS . SANCTITAS . CELEBRIS . KEDDITVR. et, audessous, on lit sur deux lignes ; . SIC . TRIVMPHANT . | . ELEGTI . Le pape, tiaré, est assis sur son trône, entouré des cardinaux mitrés; il déclare la sainteté de S. Nicolas, en face de l’autel, où il va célébrer; en haut, l’Esprit Saint plane dans une auréole de lumière.

Le reliquaire, haut de 0,50 c. et large de 0,18, est en cuivre doré et émaillé, de style gothique italien, où l’on pressent déjà la renaissance. Il .se compose de trois parties : un pied, un nœud et une thèque.

Le pied, percé à jour de petites fenêtres à oculus si fréquentes dans la crête des châsses Limousines, se découpe en six lobes arrondis, séparés par des pointes triangulaires. Six est, en effet, le nombre de la vie sur la terre, comme porte une hymne du xiv® siècle {Œuvres, XIII, 341):

« Sex diebus hujus vitæ Sic exercitem ut rite

Per vos me in optimo Requiescam in septimo. »

A la partie montante six écussons répètent les armoiries du donateur, qui sont Migliorati. Innocent VII appartenait à cette famille, ici se présente une variante, car les bandes et la comète sont d’or sur azur, au lieu d’argent sur gueules {Œuvres, III, 3G8). Trois

fois, en alternance, l’écu a pour cimier de son casque à lambrequins, deux têtes, l’une d’hommeet l’autre de femme, et est acosté des deux lettres I O, qui doivent être les initiales des noms de baptême des époux, suivant l’usage

Le cône du pied se termine par une bague moulurée, soutenue d’une série d’arcs trilobés. On lit à la frise, en majuscules gothiques, les mots étant séparés par des fleurons:

M . DNS . LODOVIGÜS . DE MELIORATIS . DS . FlRMl . FECIT . FIEPI

Les trois abréviations signifient Mngnificus Dominvs et Dominns.

Or l’on sait par l’histoire que Louis do Migliorati devint seigneur de Fermo en 1403, fut dépouillé par Grégoire XII du gouvernement de la Marche et qu’il mourut en 1428 et que ses deux femmes furent Rellafiora, morte en 1410, et Taddea Malatesta, qui trépassa en

Le reliquaire appartient donc au premjer quart du xv® siècle, date qui concorde également avec son style.

Le nœud, exhaussé par des feuillages en volute, a la forme d’un tabernacle hexagone'^, dont l’analogue se retrouve au calice Visconti dans le trésor de Mon/a. Il offre un riche motif d’architecture, avec ses arcades en accolade tréllée, couronnées de gables et flanquées de contreforts; par derrière se dressent des tourelles fénestrées et amorties en coupole. Les six statuettes abritées sous ces édicules répètent trois fois S. Nicolas, alternant avec S. Augustin. On aurait pu varier davantage. S. Nicolas se présente de face dans le costume de l’Ordre; la main gauche tient un livre fermé, on ne peut maintenant préciser quel était l’objet de la droite. Le comte Servanzi renseigne ainsi sur son iconographie: « A plusieurs images de S. Nicolas, des XIV® et xv® siècles, on voit le soleil dans la main gauche; la droite tient un lis ou un lis et un crucifix ou encore un livre, avec ces mots: Præcepta patris mei servavi semper ».

S. Augustin est là comme fondateur de l’ordre des Ermites, dans

1. « Avreinrno voliito spiegare il significalo delle due lettere, ma non devono denotare il nome o altro attributo di questa f'amiglia, sapendosi ( he le iniziali medesime trovansi ancora entre gli stemmi degli Euffreducci » (p. G).

2. En Italie, on dit lanletmino, h cause de l’aspect : cette expression est moins convenable.

lequel S. Nicolas fit profession; évêque, il se reconnaît aux ponti- 1 ficaux, principalement à la mitre; docteur, il enseigne avec le livre j| de la prédication et montre une église, car il la illustrée par sa science I tliéologique

I Une seconde bague, circulaire, appuyée sur des feuilles grasses, sert de base à la tbèque, qui comprend trois parties distinctes: 1e I fond est godronné, comme un banap flamand; la boîte centrale, j arrondie en cylindre, est percée d’ajours qui permettent de voir à ! l’intérieur; enfin, la calotte terminale se décore d’une couronne à son pourtour inférieur. Cette couronne, en partie brisée, ressemblait au diadème impérial; ses feuilles étincelaient de gemmes, « eoralli e cristalli coloriti ».EUe symbolise ici la récompense céleste, accordée par le Christ à son vaillant serviteur et aussi celle, sous la forme du nimbe, que l'Eglise décerne à celui qu’elle honore, au jour de sa canonisation.

Du bandeau surgissent de petites tigettes tréflées et au milieu se dresse, sur une lunule, sous un cristal, l’effigie du Christ en croix, par allusion au sang versé par S. Nicolas qui, dans sa vie, imita la Passion du Rédempteur. En arrière, il y aurait, comme pendant, une tête de Sauveur, « la testa, a quanto pare, del Salvatore » (p. 5}.

Ces deux représentations du Christ souffrant et glorieux, qui forment les gemmes les plus précieuses du diadème, ont ici une signification très évidente, spécifiée par les hymnes du bréviaire, (jui s’expriment ainsi sur le symbolisme de la couronne: «üeus, tuorum militum sors, et corona, praemium » ;« Rex gloriose martyrum, corona confitentium »; « Jesu, corona celsior »; « Jesu, corona virginum ».

La statuette qui forme l’amortissement de la coupole est mal définie par l’auteur : « Una mezza figura, di tutto rilievo, cinta di au reola, ammantata lutta dal capo ai piedi; con la mano dritta tiene un libro e con la sinistra stringe un oggetto che non si è potuto distinguere». Je n’osy^me prononcer, n’ayant pas vu l’original, mais à priori\e tiendrais pour un Père éternel, plutôt que pour un S. Nicolas.

<( Ce reliquaire est conservé, avec d’autres précieux objets d’or-

1. S. Augustin a aussi une église pour attribut au tombeau de Calixle lit, à S -Pierre de Rome {Tiev. de l'art chrét., t. XXII, p. 358, n" 41).

fèvrerie,destinésau culte, dans la basilique de S. -Nicolas de Tolentin en la chapelle qui lui est dédiée. Dès l’origine;, il fut destiné à contenir et contient encore les deux taises, en terre cuite vernissée et le coton avec lesquels fut recueilli le sang qui coula miraculeusement, quarante ans après sa mort, des bras du thaumaturge, quand un frère lai, nommé Théodore et de nationalité allemande, s’avisa par dévotion de les couper » (p. 4).

La gravure, placée en tête de la brochure, m’a guidé dans cette description, dont je reconnais volontiers l’insuftisance; peut-être aurais-je été plus précis avec une bonne photographie sous les yeux. L’archéologie médiévale y a été traitée comme on faisait alors, avec plus de bonne volonté que de science. Le texte a été écrit dans les mêmes conditions, j)lutôt par un amateur, plein de zèle, que par un véritable archéologue. Quoi qu’il en soit, je ne devais pas négliger une si intéressante pièce d’orfèvrerie, digne d’être reproduite et de figurer dans les expositions rétrospectives de l’art religieux en Italie.

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