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Le Martyrologe Romain inscrit ainsi celte fêle au 9 novembre : « Berytiin Syria, Coraniemoratio imaginis Salvatoris, (juæ a Judæis crucitixa, tam copiosum cmisit sanguinem ut Orientales et Occidentales ecclesia^ex eo ubertim acceperint» .Voilà, par le faitmôme, la constatation officielle du miracle, reconnu comme authenticpie. De plus, il est attesté que la récolte de sang futsi abondante (jue les églises d’Orient et d’Occident purent en recevoir pour satisfaire la dévotion générale.
h'image du Seigneur e&i un crucifix. Ce n’est pas absolument certain, quoique ce soit possible pour l’époque, les crucifix étant en vogue au viu® siècle. Ailleurs, on parle simplement d'image, ce qui fait supposer le Christ debout, type favori des Byzantins : on dit aussi qu’elle est sculptée et en hois ; elle devient alors statue. -le croirais plutôt à uti tableau, peint ou en relief, deux systèmes pratiqués en Orient et d’autant pius volontiers qu’il était fixé à la muraille. Mais il devait être très petit, à la façon d’un puis-
que le chrétien l’oublia dans son déménagement et il était si peu en évidence que le locataire qui le remplaça ne le vit pas.
Ce tableau ornait la paroi de la chambre à coucher, genre de dévotion qui s’est maintenu parmi nous jusqu’au siècle dernier. Placé en face du lit, le chrétien pouvait, le soir, avant de prendre
son repos, lui adresser sa prière et se placer sous sa protection immédiate pour toute la nuit; au besoin, l’invoquer dans ses insomnies et chercher en lui une consolation dans ses souffrances.
La sainte image fut maltraitée par les juifs, qui, la détachant de la muraille, la foulèrent aux pieds et renouvelèrent sur elle les outrages de la passion, c’est-à-dire qu’ils la percèrent de clous et donnèrent un coup de lance dans le côté L C’est ce crucifiement ultérieur qui a fait croire aux historiens (ju’il s’agissait d’un crucifix taudis que c’est un acte de pure circonstance, qui ne doit pas être imputé à l’artiste.
Le sang mêlé d’eau, comme à la Passion, coula du côté en telle quantité qu’un vase, placé au-dessous, en lut immédiatement rempli; plus tard, l’évêijuo dePéryte en emplit des ampoules de cristal et de verre.
Questionné sur la provenance du tableau miraculeux, le chrétien établit comment il était parvenu dans sa famille, le faisant remonter àXicodème, (jui fut contemporain du Christ. Cette atlribution au i®'' siècle est singulièrement hardie s’il s’agissait réellement d’un crucifix. La haute anticiuité de l’image n’est acceptable qu’autant qu’on admet, ce <jui n’est peut-être qu’une légende, que Nicodème savait sculpter, sans être sculpteur de profession; à preuve, on le reconnaît pour l’auteur ilu Saint Voult de Lucques.
Daniel Malloni a cité l’opinion de l’auteur de Jtsu Chrisli Crucifîxi sliigmaca, chap. 11, où il est affirmé (|ue « Nicodème conserva avec le plus grand soin les clous, la lance, les linges et les divers instruments de la passion de Notre Seigneur. Sur le modèle de l’image de .Jésus-Christ, laissée sur le suaire du tombeau, il sculpta sur bois une image du Sauveur; au milieu, il y renferma une fiole pleine du
1. La lance qui frappa l’iruagc de Béryte serait celle conservée à Estchérniatzine, dont M. de ,Mély a fait l’historique et donné la reproduction {Rev. de l’Art chrét., 1897, p. 12o).
2. M. do .Mély écrit dans la Revue de l’Arl chrétien, 1897, p. 2o0 : « A propos du Sang du Sauveur, une note de la page 250 [l'Epopée byzantine, jiar Sclilumberger) sur l'iinago de Borytlie, me semble devoir êire rectifiée. Ce n’était |)oint un tableau, représentant une crucifixion, que les Juifs percèrentd’un coup de lance et duquel coula du sang, mais bien un crucifix en relief dans le côté duquel ils enfoncèrent la lance, probablement enfouie plus tard à Antioebeet peut-être celle que nous retrouvons aujourd’hui à Estebmiatzine. C’est du moins ce que S. Alhanase [De Pass'ione imaginis J.-C., dans Patrol. Græc., t. XXVIII, col. 810) nous apprend ».
sang de Notre Seigneur, avec, quelques parties des instruments de la Passion ».
Les Juifs convertis changèrent leurs synagogues en églises. La fresque de S.-Pierre-ès-liens, à Home, ne parle que d’une seule synagogue, celle de Béryte, ce qui est plus vraisemblable. A ce fait remonterait la dédicace des églises, jusque-là les autels seuls ayant été consacrés. Cette théorie est absohimentfausse et Piazza y répond en ces termes dans son Emerologio di Iloma, page (570, s’appuyant sur l’autorité du Bréviaire, du Martyrologe et des Annales du card. Baronio, à l’an 313 : « La dédicace ou consécration de la basilique du Sauveur, dite de Latran, fut faite à Home pour la première fois publiquement, avec des rites solennels, par le pape S. Sylvestre; ce saint pontife institua le rite de consacrer solennellement les églises, bien que, dès le temps des apôtres, on ait dédié à Dieu les lieux saints où se réunissaient les fidèles...., mais on n’y érigeait aucun autel en titre ».
A Rome, par suite de ce miracle, une église fut consacrée, sous le vocable du Sauveur et on y déposa une ampoule du sang de Bérytc. Quelle est cette église du Sauveur? Probablement, S.-Jean de Latran, qui a, en effet, ce titre et qui possède encore une relique du Saint Sang. Sans doute, elle avait été déjà consacrée sous l'empereur Constantin, mais deux incendies successifs avaient nécessité sa reconstruction et par conséquent entraîné une nouvelle consécratiot).
La tradition n’est pas fixée sur l’origine du sang conservé au Latran. Yient-il de la crucifixion? Avec S. Thomas d’A(|uin, il serait peut-être plus prudent de n’y voir qu'un sang miraculeux :« üicendum quod totus sanguis qui de corpore fluxitcumad veritatem humanæ naturæ pertineaf, in corpore Christiresurrexit.. Sanguis autem ille qui in quibusdam ecclesiis pro reliquiis conservatur, non fluxit de latere Christi, sed miraculose dicitur eflluxisse de quadam imagine percussa » (Simma, 3 p., q. o4, art. -2).
Qu’on remarqueuneco'incidencequin’est assurément pas fortuite. La mémoire du miracle fut d’abord fixée au 27 novembre, jour anniversaire pour Béryte, mais la consécration de l’église du Sauveur, à Rome, exigea qu’on la reportât plus haut, ür c’est précisément le 9 novembre que l’Église entière célèbre la dédicace de S. -Jean de Latran.
Il y aurait un relevé à faire des reliques du Saint Sang de Béryte, qui ont existé ou existent encore. Collin cite Rome et Paris ;
11 y a puis après le sang, duquel il y a eu grands combats. Car plusieurs ont voulu dire qu’il ne se trouvait point du sang de Jésus-Christ, sinon miraculeux. Néanmoins il s’en montre de naturel en plus de cent lieux. En un lieu quelques gouttes, comme à la Rochelle en Poitou, <jue recueillit Nicodème en son gant, comme ils disent. En d’autres lieux, des fioles pleines, comme à Mantoue et ailleurs. En d’autres à pleins gobelets, comme à Rome, à S.-Eustache. iSIême on ne s'est pas contenté d’avoir du sang simple, mais il a fallu en avoir mêlé avec l’eau, comme il saillait de son côté quand il fut percé en la croix. Cette marchandise se trouve en l’église de S. -Jean de Latran à Rome (Collin de Plancy, 111, 5:64).
Les Bernardines de la rue de Vaugirard, à Paris, gardaient une fiole de sang sorti d’un crucifix de bois frappé par un juif. On avait partout des reliques semblables (Collin de Plancy, 111, 6:).
J’ai à citer deux textes d’inventaires : « De Sanguine cujusdatn CrucilixlpcT perlidos Judæos verberali y>.(Inv. de N.-i). d'Avigno», xt® s.) J’ajouterai l’église do Bajac, en Auvergne, car il est évident pour moi tpie Bey-ali est pour lierijlï : « Un petit patjuet de toille, avec un escripteau, jointe à un aullre patjuet plus grand de linge, dans lequel s’est trouvé du drap, avec un escriteau en ces mots : Supra islum pannuin cecidit giiUa sanguinis /feraO’ ? (sans doute pour Christi» (liull. delà Soc.arch.de laCorrèze, t.XIX, pp. -ifi-iT).
Il y en a d’autres ailleurs assurément, mais je n’ai pas osé m’aventurer sur ce terrain, quand les étiquettes sur les inventaires se eon tentent d’inscrire San guis Chrisli C
Jacques de Yoragine mentionne la fête du Saint Sang D’après Piazza, p. G71, elle se célébrait à Rome seulement en deux églises desservies par les chanoines réguliers du S. Sauveur :
A S. Pietro in vincoli e a S. Lorenzo fuor delle mura, si célébra dalla nobile congregazione de’ canonici del Salvalore la solenne memoria del miracolosücrocilisso.che in Berilodi Siria percossoet oltraggiato da’Giudei, mandé tanta copiadi saugiie che se ne sparse e distribui per tutto l’Oriente et Occidente. Ind. plen.
On comprend, en complément de cette dévotion et pour la faire passer dans le public, que les chanoines réguliers aient demandé, en 1377, au llorentin Jacques Goppi, de peindre, à la voûle do l’abside