XVII. — S.VNO DE Béryte
Le miracle le plus considérable et le plus populaire est l’clfusioii du sang du Sauveur, à Béryte, l’an 750 L
I. Collin, dit de Plancy du nom de son village natal dans l'Aube, s’est visiblement inspiré de la Légende cCor (ou dorée, comme on disait autrefois à tort); mais sa citation est inexacte,car il renvoie au chapitre 130, tandis que le fait miraculeux est rapporté au chapitre
f. Œuvres complétés, VII, 537. Un manuscrit du xi' siècle, à la Bibliothèque Nationale, provenant de S. -Martial de Limoges, contient « Miraculum linaginis Beriti » .
CXXXV'^II, qui a pour titre : De exaltalione Sanctæ Cruels ; il s’agit donc bien d’un crucifix.
Dans la ville de Oerilh, en Syrie, un chrétien avait placé auprès de son lit un crucifi.v, aux pieds duquel il faisait habituelleraentses prières. Ayant été obligé de louer sa maison à un juif, il oublia d’emporter son crucifix.
Un soir que ce juif soupait avec un de ses amis, ils observèrent la sainte image qu’ils n’avaient pas encore remarquée. Ils amenèrent le lendemain plusieurs de leurs parents, le crucifix fut foulé aux pieds, ils lui percèrent le flanc dont il sortit une si grande quantité de sang et d’eau qu’ils en emplirent un vase. On porta ce sang à la synagogue et les juifs malades s’en étant frottés furent guéris; ce qui causa la conversion de tous les juifs de Bérith. L’évêque fît mettre le précieux sang dans des flacons, on en conserve un à Rome et un autre à Venise.
11 fit venir le chrétien à qui appartenait la maison et lui demanda de (|ui il tenait son crucifix miraculeux. Ce chrétien répondit : Mon crucifix fut fait par Nicodème, qui le donna en mourant à Gamaliel ; Gamaliel le légua à Zachée, Zachée à Jacques, Jacques à Simon. Après la ruine de Jérusalem, mes ancêtres en firent l’acquisition et il est resté jusqu’ici dans ma famille {Leg. aur., leg. 130).
On doit trouver étrange que ce pieux chrétien, qui faisait tous les soirs la prière devant ce crucifix si précieux, l’eût ainsi oublié dans la maison qu’il quittait. Le miracle eut lieu en l’an 7S0; le crucifix miraculeux n’est sans doute pas perdu (Collin de Plancy, 1, 213-214).
Lisons maintenant lo trait historique dans le latin même de l’archevêque de Gêties :
Apud Syriam, in civitate Berich, quidam chrislianus sub annua pensione hospitium habens, imaginera Domiui crucifixi contra lectuli faciem in pariete affixerat et ibi orationes suas continuefaciebat.Postannum vero aliara domum locavit et imaginera ibidem ex oblivione reliquit; quidam autem Judæus prædictam domum conduxit et die quadain unum de suis contribulibus ad convivium invitavit. Inter epulas autem ille qui invitatus fuerat, casu circuraspiciens, imaginera infixam parieti contuetur et in ilium qui se invitaverat ira fremeus cur imaginera Jesu Ghristi Nazareni tenere audeat coraminatur, Ille autem, cum adhuc prædictam imaginera non vidisset, sacramenlis quibus poterat afiirmabat quod illam de qua dicebat imaginera penitus ignorabat. Tune ille placatum se simulans, valefecit et principem suæ gentis adiens, Judæum ilium de eo quod viderai acciisavit. Jiidæi igitur congregali ad domum ejus conveniunt et, visa imagine, ilium contumeliis duris afficiunt et extra synagogara semivivum projiciunt; imaginera vero copculcantes pedibus, cuncta in ea dorainicæ passionis opprobria renovarunt. Cum vero latus lancea perforassent, ubertim sanguis et aqua exivit et suppositum vas implevit. Slupefacti
Jiidæi sanguinem ilium ad synagogas delulerunt et omnes infirmi ex ipso inuncti protinus curabanlur. Tune Judæi episcopo terræillius omnia per ordinem narraverunt et baplismum et fidem Christi unanimiler susceperunt. P]piscopus autem sanguinem ilium in ampullis crystallinis et vilrcis conservaviljchristianum eliam ilium accersivil et quislam pulchram imaginem coinposuisset inquisivit. At ille dixit : Nicodemus illam coraposuit, quam moriens Gamalieli, Gamaliel Zachæo,Zachæus Jacobo,Jacobus Symon dereliquit, sicque in Jérusalem usque ad excidium urbis fuit, donecinde a fidelibus in regnum Agrippæ delala etindead patriam meam deducla, a parentibus meis ad me hereditario jure devenit. Factum est boc anno Domini ECCL. Tune omnes Judæi synagogas in ecclesias consecraruni et exlunc hic mos inolevit ut ecclesiæ consecrarenlur, quia ante tantum altaria consecrabantur . Propler islud ordinavit Ecclesia V. cal. décembres nieraoriam fieri Dominicæ Passionis, vel, ut alibi legilur, V idus novembres, ünde et Romæ consecrata ecclesia in honore Salvatoris, ubi arapulla cum illo sanguine reservatur et solemne festum agitur {Lcq . aiir., édit. Græss, pp. 6û8-60h).