IN GHEMIO MATRIS SEDET SAPIENTIA PATRIS
2. Nos investigations doivent porter sur deux points : la date de l’original et de la copie, puis Pidentification du sujet.
Lorsque le cadre fut refait, en bois resté brut, on voulait honorer cette Vierge d’une manière plus digne. Les moulures sont celles du xvu« siècle ; aussi j’attribuerais cette addition au style adopté par les bénédictins qui, à cette époque, dans la restauration de leurs églises, préférèrent le bois de chêne non peint, ce qui dénote, avec un sens esthétique particulier, de la sévérité dans la règle réformée, et do l’économie dans la gestion des biens.
En même temps, le tableau fut entièrement repeint, mais avec si peu de soin et sans tenir compte du style, qu’il a perdu à cette retouche maladroite une partie de son intérêt archéologique. C’est un vrai barbouillage, un empâtement grossier, qui, tout en respectant les contours, sacrifie impitoyablementles détails. La couleur devient crue, les ombres et les plis s’éloignent de la nature, les nimbes perdent leur contour ferme.
Malgrécela, la copie peut être reportée aux débuts du xvie siècle. .Te le constate surtout aux galons, qui sont en relief et reproduisent une riche broderie, comme celle qui distingue la Vierge dcRomay, â Paray-le-Monial (Saône -ct-Loire). Une bande horizontale, qui subsiste tout en haut, doit être le galon qui bordait la tenture de fond, disposée en dossier derrière l’image vénérée.
Si le tableau m’appartenait, je n’hésiterais pas à enlever la couche qui recouvre l’œuvre primitive. Je l’ai essayé une fois pour le tableau deRoiffé (Vienne) et j’y ai réussi au-delâ de toute espérance.
3. Cette copie de la première Renaissance est la reproduction d’un tableau ([ui pouvait, d’après l’ensemble, remonter au xiii' siècle
avancé. Qu’on remarque combien il est archaïque. Trois détails surtout me frappent ; l’attitude de la mère, assise très probablement et allaitant de la façon la plus chaste l’enfant divin ‘ ; en effet, la robe n’est que fendue, type qui se retrouve entr’autres au portail de Candes (Indre-et-Loire), sur une grande statue sculptée au xiii® siècle. Ensuite j’observe l’attitude de l’enfant, qui bénit et est entièrement habillé. Enfin, les trois roses, épanouies sur une seule tige, proclament la maternité de Marie, tout en restant vierge ^ • les trois états de sa virginité sont ainsi exprimés sur un vitrail de S. Nicolas de Port en Lorraine : Virçjo ante partum, in parla, post partum Tout cela a une saveur médiévale. Marie n’est-elle pas
1. On attachait une signification particulière è ce mode de représentation.
Le Brevia>'ium Voraviense, ms, du xv» siècle, dans l’office de B. Al. F., a ce
répons (Dreves, Anal, hymn,, XXIV, 50):
Præbe, mater, filio Pectoris mamillas,
Vultu nos propitio Cernât ut per illas.
Le Breviarium Arosiense, imprimé à Baie en 1513, demande à Jésus la pureté par le lait virginal de sa mère (Dreves, XXIV, IIG) :
Per lac Mariæ Virginis Quod, Jesu rex, suxisti,
Uele flammam libidinis In nostra carne tristi.
2. « Notre-Dame de la Rose à Lùcques, en Italie. Trois roses furent trouvées au mois de janvier, entre les mains de cette image, selon une chroniijue latine. Ciesar Frauciot, in liisloria Lucensi » (Migiie, Dict. des péleriiuKjcs, 11, 1284).
Les roses, dans le symbolisme chrétien, ont la triple signification d'odeur céleste, de plénitude de la grâce et surtout de maternité divine:
Le Breviarium monaslicum , du xv» siècle compare Marie à une fleur dont l’odeur lui vient du ciel (Dreves, XXIV, 84) :
Spirat odore bono,
Gœlesti prædita dono.
Une hymne, dans un bréviaire manuscrit de Prague, du xv« siècle, dit que Marie a les mains pleines de roses pures, ce qui constitue une de ses joies : Gaude, quœ mundis manibus Plenis rosarum lloribus. ,
Rien n’est plus fréquent, au moyen âge, que l’emploi do ces deux fleurs; le lis, pour exprimer la virginité et la rose, pour symboliser la maternité.
La première antienne des Laudes de l'office de la Vierge, dans le bréviaire de Westrnintser, est ainsi libellée : « Ilæc est regina virginum, que genuit regem velut rosa decoris » (Miss. Eccl. Weshn., 111, 1324).
Un collectaire de Vienne (Autriche) du xv’ siècle, dit: « Tumba reporta rosis » (Dreves, XXXII, 42).
3. Le Breviarium Cracoviense, manuscrit du xv” siècle, a ce verset au 2* répons des matines, « In festo Mariæ uivis » (Dreves, Anal. Ivjmn., XXIV, 188);
T. XIV
qualifiée par l’Eglise, non-seulement Rosa myslica mais aussi Plantai io rosæ ? -,
L’inscription, en liexamôtre léonin, n’a pas été faite expressément pour ce tableau, car on la rencontre ailleurs 3 ; mais elle a une signification propre, qui concorde avec l’iconograpbie. Marie est le trône de la divinité l’enfant s’assied sur son giron ; plus tard, en le relèvera sur le bras. Qualifié sayesse du Père il est, en effet, si occupé de sa mission, qu’il néglige presque de prendre la nourriture que lui offre le sein maternel, pour songer à la rédemption du genre humain à qui il envoie sa bénédiction.
4. Ce type de Vierge n’est pas commun, il n’y a donc pas lieu de
Albuit in vita, quia virgo fota pudica,
Casta gignanle virgo post niansit et ante.
L’antienne descomplies Alma redemptoris, qui est pro])re à l’Avent, exprime la même pensée, également en vers :
Tu quæ genuisti,
Natura mirante, tuum sanctum genitorem,
Virgo prius ac posterius.