‹ Œuvres complètesChapitre 175 sur 215 · IN GREMIO MATRIS RESIDET SAPIENTIA DE · texte numérisé non relu

IN GREMIO MATRIS RESIDET SAPIENTIA DE

(Millin, 1 ’oyage dans les départements du Midi de ta France, t. NI, p. 434).

Le Hreviarium Vall umbrosanum , de l’an 1476, contient, dans ce répons du 3' nocturne de l’Office de la Visitation, une idée équivalente (Brèves, XXIV, 104): « Conlinet in gremio cœluni lerramque regenlem virgo Dei genitrix ».

11 n’y a aucune importance à attacher à l’opinion de Collin de Plancy {Üicl. criliq . des reliques et des images miraculeuses, I, 74), qui reproduit celle d'un protestant : « On (Ignne aussi le nom de Jupiter hamhino k Jupiter enfant dans les bras de la déesse Vesta, (jui, selon les i)aiens, resta toujours vierge. I)’.\ubigné dit que c’est sur ce modèle que les chrétiens ont représenté la Vierge .Marie avec le petit Jésus sur son sein. Cotifession du sieur de Sancy, chap. II ». Il est absolument faux que le prototype de cette iconographie soit païen; il nous vient en ligne droite des Byzantins.

4. Le Codex Græcensis, du xv® siècle, dans l’office t/e Gaudiisli. M.V., salue Mariedu titre détrôné du nouveau Salomon (Dreves, Ana/ ./tymn., XXIV, 171)

Gaude, vellus Gedeonis,

'l'hrone novi Salomonis,

Qui elegit te in matrem,

Ivit lætus jam ad Patrem.

5. A S. Pierre de Louvain, dit le chanoine Marsaux, « dans le transept du côté de l’évangile, on voit, au-dessus de l’autel, une statue de la Ste Vierge,

le confondre avec d’autres. Mais sa caractéristique principale, pour la reconnaître, doit être la plaie du front et la miraculeuse effusion du sang.

Or on raconte que des individus jouaient, dans la rue, à Spolète, au-dessous d’une Madone peinte sur le mur. Un des joueurs, qui perdait s’en prit à la Vierge et lui lança une pierre au visage ; le

invoquée sous le nom de Sedes sapientiæ, Trône de la Sagesse. Elle est assise et a un air byzantin, quoique datant de 1440. Une confrérie a été érigée en son honneur en 1445 » [Messager de Saint-Joseph, 1S97, p. 313).

Un manuscrit de Londres, du xiii' siècle, à propos des Joies de la Vierge dit (Dreves, XX.Vl, 192) :

Dei sapientia in te incarnata.

Le Brevîariuni Franciscanum, au xiv® siècle, appelle le Père, dans l’antienne du Magnificat, à la fête de 1a Trinité : « 0 fons sapientiæ, de qua manat Filius ».

Dans l’office de la Vierge, au Breviarium Voraviense, ms. du xv» siècle, la première antienne du second nocturne est ainsi formulée (Dreves, Anal, hymn., XXIV, 51):

Dignitas Ecclesiæ Claret in Maria,

Quam de throno gloriæ Visitât sophia.

Le xv“ siècle a particulièrement affectionné cette pensée :

« Jesu, Patris o sophia », porte un manuscrit de Vienne en Autriche (Dreves, XXXI, 59).

Dans un ms. de 1477, on lit (Dreves, XXXII, 200) :

Flena fulges virtutum gratia.

Nam fit in te carnis substaniia,

Verbum Patris et Sapientia,

Sine pâtre dum Patrem Filia Peperisti.

Heures à l'usaige de Rome, Paris, 1502 :

Patris Sapientia, veritas divina

Ms. italien (Dreves, XXX, 32) :

Patris Sapientia, veritas divina,

Deus homo.

Heures des Célestins, à Paris :

Domus Dei quam fundavit, - In qua thronum collocavit Patris Sapientia.

On comprend pourquoi, au xv' siècle, la Vierge est appelée « aula sophiæ » (Dreves, XXXII, 164) et trône de la sagesse, en 1477 (XXXII, 159):

Thalamus munditiæ,

Thronus sapientiæ,

Eia, quo rex gloriæ Ghristus sodct hodie.

sang jaillit aussitôt et se répandit sur toute la sainte image. Le peuple, témoin du miracle, fit enlever la fresque qui se conserve dans une église de la ville où je n’ai pu la voir, car elle est sous clef, gardée par le municipe, qui ne la montre qu’à certains jours. Ce renseignement m’avait été donné à Rome. Pour en contrôler l’e.xaclilude, j’ai écrit à l’archevêque de Spolète ; mais ma lettre est restée sans réponse. J’abandonne donc cette piste, pour en suivre une autre qui me semble la seule sûre.

M. Mellerio raconte ainsi le miracle du « Sanctuaire de Ré (Italie) », dans les d'art et d' archéologie, 1896, p. 150-151 :

La réputation miraculeuse du sanctuaire de Ré est répandue dans le Piémont, la Lombardie et le canton du Tessin (Suisse). De tous ces pays, depuis quatre siècles, de nombreux pèlerins se rendent à Ré, chaque année, vers la tin de juin, pour assister aux cérémonies religieuses que l’on.célèbre avec grande pompe pour perpétuer le souvenir du miracle qui eut lieu dans ce petit village, situé à l’extrémité de la vallée de Vigezzo. . dans la vallée alpestre de l’Ossola supérieure, province de Novare... Ré est un tout petit village..., à une heure du canton du Tessin...

L’église de Ré, qui était très petite et dédiée à S. Maurice, avait sur sa façade une peinture à fresque, très grossièrement faite, représentant la iSle Vierge allaitant l’Enfant Jésus et au bas de la peinture était écrit In gremio mains sedet sapientia Palris. Le 29 avril 1494, un dimanche, vers la tombée du jour, des paysans jouaient aux boules, sur la petite place, devant l’église, lorsqu’un des joueurs, le nommé Zuccone, de Londrago, pays voisin, furieux de perdre toujours, se retourna vers la peinture de la Vierge en blasphémant et lui montrant le poing, il s’écria : C’est loi qui me fais perdre. Après avoir prononcé ces paroles, ce forcené ramassa une pierre et la lança avec violence contre l’image de la Ste Vierge qu’il atteignit au front. Au même instant, comme s’il se fût agi d’une personne vivante, le sang jaillit de la blessure faite au front, avec une telle abondance qu’il inonda le visage et le corsage de la Vierge, ainsi que la figure de l’Enfant Jésus et se répandit jusqu’à terre. A cette vue, Zuccone resta atterré; il se jeta à genoux et implora miséricorde, en donnant les signes du plus profond repentir.

Les assistants, effrayés, se prosternèrent également devant l’image miraculeuse et se mirent en prières pour apaiser la colère divine qui se manifestait d’une façon aussi éclatante; mais bientôt leur indignation éclata contre Zuccone, toujours prosterné la face contre terre ; ils le chassèrent du pays et il dut même s’enfuir en Suisse, pour éviter la fureur des habitants de la ville. Ce malheureux se relira dans un endroit désert, où il vécut comme un ermite et fit une mort exemplaire.

La nouvelle de cet événement extraordinaire se répandit rapidement

dans tous les pays environnapts; les populations accoururent en foule pour voir le sang qui coulait toujours. Ce sang précieux coula pendant dix-huit jours, par intervalles, plus fort les trois premiers jours, plus faiblement les suivants, nuit et jour. Pendant ce temps, les cloches sonnaient sans relâche et l’église était entourée de cierges.

L’Ossola et la vallée de Vigezzo étaient, à celte époque, sous la dépendance des comtes Borromée, représentés dans la vallée par le podestat Daniele de Crispi, homme connu pour son incrédulité religieuse. Ce magistrat se transporta à Ré..., et commença une enquête des plus minutieuses... Le podestat, ainsi que sa suite, et tous les personnages présents, virent couler le sang et le louchèrent; il exhalait une odeur balsamique dont aucun baume terrestre ne peut donner l’idée.

La nuit après le 1er niai, le sang coula plus abondamment jusqu’à terre; on alla aussitôt prévenir le recteur de l’église, don Giacomo, qui accourut avec des linges tins pour essuyer le visage de la Sie Vierge et recueillir le sang précieux dans un petit vase de cristal. Tout cela se fit en présence du podestat et des autorités religieuses... Le doute n’étant plus possible..., le podestat, tout troublé et convaincu, donna l’ordre de rédiger, séance tenante, un acte solennel, constatant la véracité des faits mentionnés ci-dessus. Cet. acte officiel et public, fut dressé par le notaire Pieiro Baleoni. . . L’original de ce parchemin est conservé précieusement dans les archives de l’église de Ré. . .

Voici quatre siècles que cct événement s’est produit; les linges, encore teintés par le sang dont ils étaient imbibés, et le petit récipient contenant le sang, sont enfermés dans un ostensoir en cristal, qui avait été scellé avec les cachets des autorités civiles et religieuses.

5. Etant à Domodossola, en 18G7, je me trouvais bien près (à deux heures de distance) du sanctuaire vénéré; mais n'en ayant pas su l’existence, je passai outre, ce que je regrette beaucoup actuellement. Afin d'être renseigné à fond sur la question, je priai Mgr l’évêque de Novare de vouloir bien m’aider dans mes recherches. Ce digne prélat, dont je ne saurais trop louer la complaisance, me répondit immédiatement, heureux d’apprendre que sa madone miraculeuse attirait l’attention du monde savant en France. A sa lettre très gracieuse étaient jointes une notice., une photographie, une chromolithographie et une image populaire.

L’image en couleur reproduit, à peu près, l’image de Hé, avec son histoire et une prière enrichie d’une indulgence de AO jours; mais surtout elle donne, au revers, la représentation du reliquaire plein de sang, qui a la forme d’une monstrance, soutenue par deux anges et placée dans une niche élégante.

La chromolithographie, de grand format et de bonne exécution, n’a aucune valeur archéologique; en effet, elle est absolument fantaisiste et tellement modernisée qu’on n’y reconnaît plus le style de l’original. Non seulement le fond est irradié et nuageux, mais, ce qui est plus grave, les têtes ont perdu le nimbe, le voile bleu est semé d’étoiles d’or à quatre ou ciinj rais, la robe rouge est unie et si bien fermée qu’on n’y voit plus le sein maternel.

La photographie nous révèle l’état actuel de la fresque, qui n’est pas trop endommagée. Le fond semble un treillis à barreaux qui s’entrecoupent horizontalement et verticalement; on dirait aussi bien un fenestrage à vitres blanches.

Le nimbe de la Vierge est circulaire, gemmé sur l’orle et étoilé dans le champ. La peinture est fort médiocre et procède par teintes plates, où des traits noirs forment les linéaments du visage et des mains. Les yeux sont fendus en amande. Le voile, qui descend de la tête sur les épaules, est parsemé de gros fleurons crucifères, dont l’orbe s’épanouit en pétales. La robe présente la même ornementation. Le bras droit, levé et raide, tient la tige aux trois roses, en forme de boules. L’Enfant Jésus, assis sur le bras gauche de sa mère, boit au sein droit, qui sort à demi par une échancrure de la robe. Son nimbe est perlé au pourtour; sur l’orle se détache la croix pattée qui atteste sa divinité. Il bénit à trois doigts, à la manière latine.

L’inscription est presque effacée; cependant je constate qu’elle est écrite en gothique fonde et qu’on peut y suivre à peu près toutes les lettres.

L’ensemble atteste clairement le style du xiv® siècle, plutôt avancé.

Il est regrettable que cette fresque, qui intéresse à la fois la piété et l’archéologie, soit, à la mode italienne, défigurée par des additions de bijoux, croix, chaînes, colliers, boucles d’oreilles, etc. Les couronnes sont particulièrement ridicules et du plus déplorable effet.

Le livret, qui justifie le culte rendu à cette Madone, est un petit in-8°, de 160 pages, imprimé à Parme en 1898 sous ce titre : Il santuavio di lie in val Vigezzo, breoi cennl del Sac(erdote) Carlo M, Baratta. Les illustrations donnent une vue de Ré, de la façade et l’in-

léi’ieur de l’église, la fresque 'exactement reproduite et sa situation à l’extérieur de l’ancienne chapelle, sous le balai.

J’ai lu très attentivement cet opuscule, plein de documents intéressants. J’y relève ces faits significatifs que j’indique sommairement : Le titre ordinaire de cette Madone est Maria santissima del sangue-, ou Stc Marie du sang; en latin S. Maria ad sanguinem (p. 27). La première visite de l’évêque diocésain se fit en lo93 ; elle contient cet article en italien : « On fera un vase ou tabernacle décent pour conserver les linges teints du sang miraculeux de cette image, qui devra se garder, avec les autres reliques s’il yen a, dans une fenestrella, tapissée de soie, près do ladite image; les linges no pourront pas être extraits du vase, mais seront seulement visibles à travers le cristal ».

Un autel fut construit devant la Sainte image; à la partie inférieure avait été pratiquée une ouverture laissant voir « les traces du sang au pied du mur » (p. 32).

Le 23 septembre 1773, le reliquaire fut solennellement déposé dans une niche richement décorée, où il est encore exposé.

(( La confrérie de la Madone du sang fut érigée; Clément IX lui octroya des indulgences et, en 1739, la S. C. des Rites accorda la faculté de célébrer la fête de la Ste Vierge de Ré le 30 avril, avec office et messe du rit double majeur. Cette fête a été fixée pour le diocèse de Novare au 2® dimanche après Pâques » (p. 37). Enfin, en 1824, le cardinal Morozzo, évêque de Novare, couronna solennellement l’image miraculeuse, à laquelle il offrit sa croix pectorale.

Un chapitre entier est consacré, p. 106 etsuiv., aux « images et sanctuaires de la Madone de Ré, en dehors du diocèse de Novare ». Une copie se voit à Ghisolfa, village à quelques kilomètres de Milan et, à Milan même, en dehors de la maison Ramazotti. Cette dernière, peinte à fresque, est accompagnée de cette double inscription ; Vero ritralto délia SS. Vergine di (tsa (Üssola):

« Vigetii me terra colit, furor impius ictu Percutit at miro vulnere crevit honos».

« A Padoue, elle est vénérée dans l’église de S. Augustin et à Rast, dans le Tyrol méridional » (p. 109). Il s’en rencontre deux autres, à l’abbaye de Schlierbach (Autriche) et à Klattau, en Bohême. Page 112 est donnée une reproduction de cette derniere; en voici les

particularités : le voile est semé d’étoiles, alternées avec les initiales V. M {V'irgo Mm'ia) et les lettres A F liées, qui doivent être les initiales des donateurs, mari et femme, agenouillés au pied du tableau; l’Enfant ne boit pas au sein de la mère et de la main gauche il tient la banderole sur lacpielle est écrit le vers léonin. Au-dessous on lit :

Ritrato Deiu.a Imagine Miracolosa

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