XXVII. — Sueur
1. La sueur est définie par Furelière, dans son Dictionnaire universel :
Humidité, eau, sérosité, qui sort par lespore.s des animaux par trop de chaleur, ou d exercice, ou de faiblesse. Bile est aussi e,xcitée par des remèdes particuliers qu’on appelle, à cause de leur effet, sudorifiques... La punition du péché d Adam fut qu’il serait tenu de gagner son pain à la sueur de son visage... Cicéron, de la Divination, fait mention delà sueur qu on voyait quelquefois sur les statues et remar([ue qu’un vent du sud, qui est humide en Italie, faisoit bien suer le plâtre des murailles.
La sueur est donc une sécrétion aqueuse, naturelle cà riiommc vivant, mais e.xtra-naturelle quand elle se produit sur des cadavres. La pierre n’en est pas exempte, de là les suintements <(u’on remarque en certains lieux : l’eau alors, sans être miraculeuse, jouit de la vertu que lui procurent l’intercession du saint et la confiance des fidèles. Le marbre a particulièrement cette tendance, dès l’antiquité:
« S il faut en croire Plutarque, des présages funestes, avant-coureurs de la défaite pour Antoine, se manifestèrent dès que la guerre fut déclarée entre l’amant de Cléopâtre et Auguste. Une des statues d’Antoine, érigée près d’Albe, fut, durant plusieurs jours, inondée d’une sueur qu’on essuyait en vain sans pouvoir l’arrêter et ce prodige était d’autant plus singulier (jue la statue était en marbre » {Journ. de l’Ouest, iC du 28 janv. 1899). Singulier, non absolument. Les hymnes de S. Nicolas constatent le même phénomène pour son tombeau, dont elles disent « Marmor sudando ».
La sudation est une des formes habituelles du myroblisme, quelle que soit la matière, chair, bois ou pierre; à l’ordinaire, c’est une
Si
humidité qui couvre la sui l'ace et^ selon son plus ou moins d’intensité, devient gouttelette qu’on peut recueillir dans un vase.
Extraordinairement, elle est sanrj ou baume : j’en ai parlé à ces deux mots.
2. La sueur a été constatée sur le Clirist, la Vierge et les Saints, comme vont le démontrer les textes suivants ; pour le Fils de Dieu et sa mère, je renvoie en outre au chapitre Larmes.
Le Crucifix de Burgos, qui fut sculpté par Nicodème et qui sue le vendredi, est devenu célèbre en France depuis que les pèlerins de Gompostelle, (jui ne manquaient pas do le visiter, en ont chante les louanges.
Les pèlerins do S. -Jacques de Composlello de Mamers, au diocèse (^u Mans, dont on a les statuts datés de 1080 et le manuel de la confrérie imprimé en 1711, se rendaient à Burgos, aux « Augustines, hors la ville, où l’on voit le crucifix (pii sue tous les vendredis à 7 heures; c’est le même (jue Nicodème prit sur l’cfligie de Notre Seigneur lorstiu’il l’alla trouver de nuit » {La Province du Maine, 1897, p. 01).
Ae.9 Chansons des pèlerins de S. -Jacques, Troyes, 1718, contiennent ce couplet, relatif au crucifix de Burgos qui suait :
Qiiaml nous fûmes à Biirgcs en Espagne,
Hélas! mon Dieu,
Nous cnlrâmcs dans l’Eglise l’our prier Dieu.
Les Auguslius nous ont montré Un grand miracle.
De voir le Clirist suer ;
C’est chose véritable (p. Gj.
Quand à Burges fûmes arrivés,
De grande dévotion portés,
Avous été à l’Eglise,
Priant Notre Sauveur très digne.
Le suppliant qu’il nous conduise Et par voie nous préserve.
Nous avons vu un grand miracle Le crucifix suer (p. 13).
La Société archéologique de Bordeaux, XXI, 70, 84, cite ces vers avec de légères variantes, d’après une gravure du siècle dernier, qui
nniuTnsr"™"" I-a première slropht
De voir le Crucifix suer,
Rien de plus véritable.
3. Il est souvent question do sueur dans les miracles de la Sle
Vierge i.
12 ma, Aolre Dame des Verlus, à Aubc-villiers. près de Paris Cefte image fu trouvée tout en sueur, au mois de mai 13:J6 et depuis il s’est fait tant de miracles dans cette église qu’on la nomme d"!
Vertus, qtjoiquelle soit dédiée à S. Christophe. Di, Dreuil,Anliç. de Paris Iiv. IV (Migne, Dcc(. des pèl., \l, 1296). ’
Voir aussi Maxe-Werly, Examen archéologique d'une miniature exeeufée au XVE s'iècle, p. 25.
Dans 1011100 de Noire Dame ,1e niumililé, à Pisloie, approuvé par la Coiigregation des Rites, on lit ;
Velus cnira apuj nos el conslans lama percreln.il, anno salmis 149(1 ciim inleslin.s civium odiis iinivcrsœ palrto cladcs Imminercl, e,v eadem
imagine sudoreni quemdam purissirmim, cujus adhuc appareni vesllm'a promanasse. ' * ° ’
21 mai. JN'olre Dame de Sueur, à Salerne, dans le royaume de Naples laquelle sua sang et eau, l’an 1611, en présence d’un grand incendie qui arriva le lendemain. P. Spiuelli, Tract, de exempt, el rniracul., cap. ultimo (Migne, Dict. des pèlerinages, II, 1297).
Grandet, dansA^otre Dame Angev'ine (édit. Lemarchand, p. 399), écrivait, au commencement du siècle dernier, à propos de Notre- Dame du chêne, près Sablé (Mayenne), d’après un opuscule delG25: « ils (plusieurs bergers) m’assuraient aussi que souvent on avait vu sur 1 image et que la sueur couloit sur sa face à grosses gouttes. »
En 1664, on avait découvert dans le château dos Places (paroisse de Crozant, Creuse), sous le pavé, une statue en pierre de N. D. de Pitié. Bientôt le bruit se répandit que la statue se recotivrait continuellement d une sueur abondante et l’on crut à un miracle. Dans le principe, l’afüuence des pèlerins à la chapelle, pour toutes les fêles de la Vierge, fut si considérable qu il fallut y attacher un chapelain spécial... Ou fit graver sui cuivre une image, au bas de laquelle se lit celle naïve légende ; Le portrait de la Vierge trouvée dans le château des Places, le il août i6(ii, de laquelle le visage sue toujours et fait de grands miracles (Bull, de la soc. arch. du Limousiu, t. XLIll, p. 83).