‹ Œuvres complètesChapitre 37 sur 215 · Ann. arch., t. XX, p · texte numérisé non relu

Ann. arch., t. XX, p

4. Le comte Riant, dansun très curieux article sur les Dépouilles religieuses enlevées à Constantinople au XII’ siècle {Mém. de la Soc. des Antiq. de France, t. XXXVI), énumère les vingt et une épines, « détachées du trésor de saint Louis après 1239 p, au profit de Venise, de N.-D. de Senlis, de la chapelle de Vincennes, de Tolède, de Valence (Espagne), de Vicence, des Frères- Mineurs de Séez, de Saint-Maurice d’Agaune, du Mont Saint-Eloi, des dominicains de Barcelone, de Vézelai, des dominicains de Liège, de N.-D. du Bourg-Moyen à Blois, de l’Ecosse, de Bergen, de Bruges, de Troyes, de Monreale en Sicile, de la sainte Trinité à Paris et de Royaumont .• dans cette énumération, Bari a été oublié.

Voir également sur les saintes épines, au nombre de huit, distribuées par

S. Louis, la brochure de M. Helbig : les Reliques et reliquaires donnés par S, Louis aux Dominicains de Liège, pp. 14-15. .

Cotte question m’avait préoccupé et mes recherches m'avaient fait connaî-

Lu couronne d’épines a toujours été regardée, avec raison, comme

une des plus précieuses reliques ; ce trésor avait été transporté à Constantinople apparemment par le grand Constantin... Celte précieuse relique se gardait encore à Constantinople du temps des empereurs français, au commeneeraeut du treizième siècle. La nécessité de leurs affaires les ayant réduits à engager ce qu’ils avaient de plus précieux pour se défendre contre les Grecs, la Sainte Couronne fut engagée à des Vénitiens pour des sommes considérables qu’ils avalent prêtées. L’empereur de Constantinople l’ayant offerte à saint Louis en pur don, le saint roi l’accepta avec grand plaisir ; il envoya dégager la relique que l’on avait déjà transportée à Venise, paya les dettes de Constantinople et fit encore d’autres remises d'argent à l’empereur. La Couronne fut apportée en France

l’an 1239. Le roi l’alla recevoir à cinq lieues de Sens On la déposa

d’abord dans la chapelle de Saint-.Nicolas, d’où elle fut transportée, deux ans après, dans la Sainte-Chapelle : il s’est fait depuis une grande distribution des épines de cette sacrée Couronne, avec l’agrément de nos rois, en faveur de plusieurs églises, non seulement de France, mais encore des autres royaumes. La Sainte-Chapelle de Paris fut dédiée sous le titre de la Sainte Couronne d’épines, l’an 1248 ' ».

L’épine de Bari ne me parait pas entière : celles que j’ai vues à Rome et signalées dans mon Année liturgique 2 sont généralement plus longues. Ici, la pointe doit être brisée.

Malheureusement, nous n'avons plus le reliquaire primitif 3. La monstrance actuelle est moderne et en argent ciselé (xvii® s.). Le picd,feuillagé et circulaire, supporte les trois vertus théologales, distinguées chacune par les attributs ordinaires. Au-dessus de leur tête, un ange déploie ses ailes et sert lui-même de support à une custode

tre une soixantaine d’épines, dispersées un peu partout. J’y ai renoncé quand j'ai su de M. de Mély, qui poursuit le même but, qu’il avait déjà atteint le chiffre de plus de cent cinquante. A lui donc de dire le dernier mot.

‘ Croiset, Exercices de piété, édit, de Lyon, 1765, t, XVIII, p. 1296. — V. i'Uistoria susceplionis corone spinee dans les Exuviæ sacræ Const., fascic. I, pp. 45 et suiv.

2' édit., p.286. Rome en possède dix-neuf entières, plus trois fragments. J’ai signalé deux épines dans le trésor de Monza (BuUet. monum., t. XLVIII, p.2ü6).

Voir sur les saintes épines, Benoît XIV, dans son Traité de la canonisation des saints, t. XIV, p. 127. Voir les notes Corona et Spinæ, à la table de l’édition de Venise, 1764. — o Les monnaies d’isabella Gonzaga (de Mantoue) représentent deu.x reliquaires contenant du bois de la Croix et des saintes épines, dont elle avait fait présent à son église, » (Millin, Voyage dans le Milanais, t. 11, p. 306). Nevers possédait une sainte Epine (Boutillier, Concoi'dal, p. 186.)

3. Peul-Olre est-ce celui qui est mentionné au n» 11 de l’Inventaire?

élégante, où la relique s’aperçoit entre deux plaques de cristal. Une couronne d’épines l’entoure comme d’une auréole.

2. Donner à un reliquaire de la Passion l’aspect d’un ange, ou plutôt faire tenir la relique elle-même par un es^t céleste, est à la fois une forme consacrée par la tradition et éminemment symbolique U Lorsqu’en 1274 le roi de France fit don au roi de Norwège d’un morceau de la Sainte Couronne qu’il détacha de la relique de la Sainte Chapelle, il voulut que ce souvenir de la Passion fût placé dans une monstrance de cristal, soutenue par un ange en argent, pour rappeler la Majesté du Fils de l’homme qui, au jour du jugement, paraîtra entouré de ses anges, comme l’atteste l’Évangile. 11 faut lirecette interprétation dans les leçons mêmes de l’office qui fut établi en mémoire de la susception \In festo coronæ spineæ, le 9novembre. J’en emprunte le texte au si curieux ouvrage du comte Riant, Exuvxæ sacræ Constantmopolitanæ, t. II, p. 5 :

I. Régnante in monarchia Norwegie illuslri rege Magno quarto...

II. Congralulans in Domino ejus famé et devotioni, Philippus, rex Francie, tilius Ludovici regis, deliberavit secum, instinctu Spiritus Sancti, quid dignum otïerret fraternitati régie ad devolionis affeclum amplianduin...

III. .. Inito cum quibusdam ex discrelioribus consilio, parliculam unam ex spinea corona Uomini fecil in sui presentia per virum religiosum secari et in christallo transparenti locari, quod chrislallum forma angeli opéré argentaiio veuusio décoré fabrefacti inter raauus tenere videtur.

IV. Imitatus est in hoc artificio angeli corone reliquias tenentis, rex Deo devotus doctrinam evangelicam, Dominice passiouis iusignia angelico ministerio cunctorum tune aspectui presentando; cum venerit tilius hominis cum angelis suis in majestale, tune apparebil signum Filii hominis, id est crucis Chhisti, cum suis insignibus, lucentior radiis solis.

Ainsi, d’après le narrateurliturgiste, l’ange est là pour faire escorte au Christ représenté par l’instrument de sa Passion, suivant la parole de saint Paulin ; Vbi crux et martyr ibi; puis, pour témoigner de l’éclat de la relique elle-même, plus brillante que les rayons

1. Les religieux de l’.Xssomption, de Paris, ont reçu du patriarche de Venise, à l’occasion des pèlerinages nationaux en Italie, une épine de la sainte Couronne, tirée du trésor de Saint-Marc, ün se dispose à l’enchâsser dans un riche reliquaire dont la gravure a été donnée par le Pèlerin. La forme de ce reliquaire est une croix. Il est difficile d'approuver cette pensée, contraire à la tradition : la croix doit, en effet, être réservée à la vraie croix dont elle indique ainsi la présence.

du soleil. Ce seul fait prouve surabondamment qu’il n’est pas tou- j jours facile de pénétrer le symbolismedu moyen âge et que souvent, 1 en lui substituant leur propre pensée, nos symbolistes contempo- | rains font une omvre téméraire, fausse et sans valeur. \

Le reliquaire de la Sainte-Chapelle de Laris était aussi en forme | d’ange : « Ung angèle d’argent doré, assis sur un pied de liuict quarrures, lequel tient en ses mains ung petit reliquaire quarré, • duquel la bordure par-dessus est d’or; dedans lequel reliquaire ; y a une des espines de la coronne de Nostre Seigneur, et du linge | dont il fut ceynt et circuy, du suaire, des draps de l’enfance et du j

vestement de pourpre : duquel angèle les esles sont de cuivre doré, j « Ung autre angèle, d’argent doré, qui siet sur un pied quarré, j doré, lequel tient en sa main ung petit reliquaire, pareillement j d’argent doré, dedans lequel est une partie de la vraie croix » j [Inv. de la Sainte-Chapelle, 1573, n” 74, 75).

3. Les chanoines m’ont assuré que, chaque fois que le vendredi ] .saint coïncide avec l’Annonciation, cette épine sue du sang. Je me f souviens l’avoir lu, vers 1861, dans un journal français, qui don- j nait à cet égard (juelques renseignements pris de visu que je regrette de ne pas avoir conservés L :

Celte date du 25 mars n’est pas sans mystère. Voici ce qu’écrivait à ce sujet M. Ernest Hello dans l'Écho de Rome, en 1873; nos anciens calendriers sont pleins d’observations analogues qui trouveront leur place ailleurs ^ :

Le mois de mars, disent les Bollandistes, est le premier des mois. C’est en mars que le monde a été créé, en mars que le Rédempteur a été conçu.

Le mois de mars est le premier mois que la lumière ait éclairé. Le Fiat de Dieu qui a ordonné à la lumière de naître, et le Fiat de la Vierge qui a accepté la maternité divine ont été prononcés tous deux eu mars.

C’est en mars que Jésüs-Chbist est mort, et c’est très probablement le 2o mars, qui fut le jour de son Incarnation.

t. Sarnelli (Lettres ecclésiastiques) parle d’une épine de la Sainte Couronne, conservée dans la cathédrale d’Andria et couverte de quelques gouttes de sang qui se liquéfient toutes les lois que le vendredi-saint arrive le 25 de mars. Cet auteur, témoin oculaire du fait en 1701, en a dressé le procès-verbal. 11 s’est renouvelé pendant plusieurs jours en 1864.

2. On conserve au Vatican un martyrologe du ix« siècle qui porte, au 25 mars : Ilierosolymæ, üominus crucifixus est. On lit ailleurs, à la même date : Immolalio Isaac Patriarchæ . La Vie de sainte Marie Madeleine de Pazzi contient une révélation à l’appui de cette opinion.

Les Bollandisles croient encore qu’en mars aura lieu la fin du monde. Le monde sera jugé dans le mois où il a été fait. Le jugement dernier sera l’anniversaire de la création.

Le mois de mars serait donc le mois des commencUgenfs et le mois des renouvellements. Pour celte raison peut-être il a été appelé Arlion du mot Arlins qui veut dire complet. Chez les Italiens, son nom était Primas, le premier. Chez les Hébreux, il s’appelait Nizan, et c’est par lui que commençait l’année. Les Romains l’appelèrent Mars du nom de celui à qui la guerre était dédiée. Le premier des mois fut affecté à la première des idoles, à l’idole préférée.

Les traditions les plus antiques du monde attiibuenf au mois de mars les plus remarquables privilèges. Il aurait vu, dit-on, la première victoire de Dieu. Ce serait le 25 mars que Satan aurait été vaincu par saint Michel, pour avoir refusé d’adorer d’avance Celui qui, tant de siècles plus fard, devait être conçu le 25 mars.

Les anges furent créés en même temps que la lumière. Et la lumière fut séparée des ténèbres. La séparation des bons et des mauvais anges est mystérieusement indiquée par cette division. La lumière existait, comme l’ange, avant l’homme. Le 25 mars a donc pu voir le premier combat et la première victoire.

Adam naît, pèche et meurt. Son crâne, d’après la tradition, fut enterré le 25 mars sur la montagne du Calvaire • que devait surmonter plus tard la croix du second Adam. Toujours d’après la tradition la plus antique, Abel, le premier martyr, a été assassiné le 25 mars. Le jour du premier homicide doit être pour Adam un jour révélateur. La mort lui avait éti annoncée, elle ne lui avait pas encore été montrée.

Toujours d’aprè' la tradiiion, c’est le 25 mars que Melchisédech aurait offert au Très-Haut le pain et le vin.. Le mystérieux sacrifice de Melchisédech portait sur le pain et le vin, pour annoncer l’Eucharistie qui devait être établie en mars.

Toujours d’après la tradition, c’est en mars qu’Abraham, au jour de son épreuve, conduisit Isaac sur le mont Moiia, pour Timraoler. La victime véritable devait, après bien des siècles, être immolée en mars. Eu mars devait s’accomplir la réalité. En mars aussi se présenta la figure; Isaac était l’ombre et l’image de Celui qui plus tard gravit la montagne du Calvaire, et qui ne fut pas remplacé par un bélier.

En mars, dit encore la tradition, les Hébreux ont passé la mer Bouge La première pâque s accomplit en mars. Sainte Véronique est morte en mars. Saint Pierre a été tiré de sa prison par un ange, au mois de mars L

Ces anniversaires ne sont pas des coïncidences. Ils se répondent les

1. Relativement à l’opinion qui assigne le 25 mars pour date de la mort dAdain, on peut consulter saint Irénée, au livre des hérésies.

2. Le Martyrologe romain inscrit au 25 mars le nom du bon Larron mourut sur la croix le meme jour que le Sauv’eur.

T. XIV

qui

uns aux autres, comme les échos se répondent de montagnes en mon-

tagnes

4. Le 30 septembre se lait la fête de la translation de la Ste Couronne dVpines. L’olTice ryllnné est celui de la Ste Chapelle de Paris ■ il remonte donc à saint Louis'L 11 a été approuvé par décret du 1- novembre 1568 et du 18 mars 1702, pour saint Nicolas.

/JY 1 VEHPERIS

GauJe, talin male' Eeelesl.i ; adsiinl liM noya solenmm ; nam Corona, qnondam inglorla, mine per orbem retniget glona.

P<talm H2. — Laudate pucri Dominum, etc.

Antlpk Corona cotilnmeliæ cinore Uegis g'.oriæ saero consecralur ;

vcneremuroi.prol.rln.n,,,uo salmis remediu.n mündo reparalur.

— Laudate Dominum omnes gentes, etc.

Antipii Exite, Sion tiliæ, videte Rogem gloriæ, sub Coronæ ludilmo fed diidema spineum, et sceplrum arundiueum, mundano spreto gaudio. Vcnlm Ho. — Lauda aninia mea Dominum, etc.

Xnliph. Coronam pulcliritudinis de carne sumptam Virginis pro nobis Chrislus detulit, qui sub Corona spinea, pro cruore roseo, vitæ corona

U6. — Laudate Dominum, quoniam bonus est psalmus etc. Antiph. Ghristum eductum populo damnant Crucis |

sanguinura ; in vestitu purpureo iHusum, serto spineo mundi coionanl

Dominum.

Psalm. M7. — Lauda Jérusalem Dominum, etc.

Gapitülum. — CnnG 3.

Egredimini, liliæ Sion, et vidclc llogein Salomonem in diademale qno

roimiavit eum mater sua. Deo gratias. . .^xr- f „

I. Félix spina, cujus aculei gutlis rubent roris sanguinei . Vires tran-

Ln.nl regis tartarei*. Seras panduiitregnisyderei.

y .0 Spinarum immensa gloria, quæ lot nobis præstant remédia. Vires franguiil. Gloria Palri, etc. Seras pandunt, etc.

. 1- • i.nnp dans le Dullelin monumental, 1883, p. 136, la formule métrique

,ui'ri“n.ne CCI ensergncnenl Iradilionnel -, elle est cmprnnlcc an marlyro-

'1'L?p"ïï?cves

manuscrils. 'des'aiv'’- cl av siècles ; le 2-, du Urév. de Sens, au

trois bréviaires «i^emanas ues x Aarhusiense, imprime

:;r;5;rè? aux mêmes neu d date. Ils ne

roncoideut que par parties avec Toflice de Ban.

Coronam, Sion filia,

I3ignis attolle laiiJibus :

Qnam figurant mysteria l-egis figtiris pluribus.

Inter vepres ostenditur V'ervex, adhærens cornibus Quo Gbristus intelligitur Coronandus sub sentibus.

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