‹ Œuvres complètesChapitre 60 sur 215 · XXVIII. — ClIANDELlERS DE CllARLES d’AnJOU · texte numérisé non relu

XXVIII. — ClIANDELlERS DE CllARLES d’AnJOU

1. Les deux chandeliers, attribués encore à Charles d’Anjou, sont bien de son temps comme style, et j’estime qu’ils ont été offerts en même temps que l’ostensoir et la croix, pour les accompagner quand le Saint-Sacrement et la sainte relique seraient exposés.

Le pied, triangulaire et gemmé, a pour support trois lionceaux ; des médaillons contiennent des eftigies de saints ou les armes de la maison d’Anjou. La tige, maigre et élancée, se compose de trois nœuds et de trois fuseaux allongés, en cristal de roche, lesquels se succèdent alternativement et sont reliés ensemble, d’abord par une tige métallique qui enfile tous les morceaux, puis par des bagues d’argent doré. Une bobèche circulaire couronne le tout ; elle se termine par une pointe dans laquelle s’enfonçait le cierge de cire.

Outre le cristal, qui est d’une très belle eau, toutes les parties métalliques acquièrent un nouveau prix par les filigranes qui les rehaussent et où brillent des gemmes diverses, rubis, aigues-marines, améthystes, émeraudes, rubis-balais, plasmes d’émeraude. La monture est en bâte.

La hauteur totale des chandeliers est de O™, 58 cent. Je n’hésite pas à les présenter à nos fabricatits modernes comme un type excellent de chandeliers d’autel, en style du xiii® siècle. Les spécimens de cette époque sont rares : je suis heureux d’en offrir un de plus, aussi simple qu’élégant L

2. Les inventaires mentionnent parfois des chandeliers de cristal au XIII® siècle et postérieurement. En voici six exemples :

Duo candelabra de cristallo.. . Et duo candelabra eburnea (/«»;. de la çdth. de Rouen, vers 1200).

Item, duo candelabra cura pedibus de argento, laborata ad folia cura opéré fili et ad boliuum, unura cura xiiij graiiatis in castonibus et V

1. Au xiie siècle, le statut des oblations faites au corps de saint André, transporté en 12U8 de Constantinople à Amalli, cite les chandeliei's conmie accompagnant la croix sur l’autel ; « Si vasa aurea, vel argentea, ut calix, thuribuluni, crux, candelabra... que pro servilio altaris olîerunlur. « (Exuv. sacr. Cons tan Linop., II, 86). En 1218, le cliapijtre de Saint-Alban, à Namur, reçoit de Constantinople, pour le service de l’autel; « Duo tliuribula argentea, duo candelabra argentea, duo urceoli argentei, duo pelves argentei. » [Ibid., 107).

zaffiris el xi perlis et aliquibus raultis aliis granatellis et turchiscis ; canuli aulem et poma sunt de jaspide et cristallo, pt scutella de argento deaurafa et due rosule, una cum zaffiro et alia cum granato. — Item, duo candelabra de cristaüocum pedibiis triangiilaribus ; in quorum altero suiil iiij granati, iiij zaffiri et due praxine et vj perle ; in alio vero suai vj zaffiri, iiij praxine, unus granalus et vj perle {Inv. du très, du S.- Siège, 1295, n- 532, 534).

Item, une croix d’argent, à ung pommeau de cristal, le crucifix, Nostre Dame et saint Jehan et deux angelots de courail ; pesant quatre marcs quatre onces. Item, deux chandeliers de cristal, de la façon de la dicte croix, pesant huit marcs {/nv. de Charles V, 1379, n“‘ 2036 et 2037).

Duo alia candelabra argeutea, de cristallo, in parte deaurata et (cum) armis domini card. de Ursinis [Inv. de Saint-Pierre de home, 1436).

2 chandelliers de cristal enchâssé en argent {Inv. de la cath. de Liège, 1713).

3. L’inventaire de Charles d’Anjou contient, sous le n° 23, ce curieux article ;

« Item, duo rnagna candelabra de cristallo, munita argento, ad opus Veneciarum L »

La déclaration est des plus importantes, car elle a pour conséquence immédiate de dater rigoureusement les chandeliers de cristal, d’en préciser l’origine et d’en indiquer le mode spécial de fabrication. L’identification avec les objets subsistants est désormais indubitable. Étudions maintenant le procédé vénitien.

Quando descrivonsi nel diploma lavori contornali di pietre preziose, o legati in argento con ismaiti, viene aggiuntala particolarila cioé secondo la faltura di Venezia. Sembrache a quel tempo in quella raetropoli dell’ Adriatico fossero molto in uso tali lavorazioni e che yenissero eseguite con raolta esattezza ; né deve recar cio maraviglia se si rifletta che colà specialmente gli artisli bizanlini avevano posto la loro dimora dopo l’occupazione che fecero i Veneziani di Costantinopoli. Avevano asporlato da quesla opulenta città tulto ciô che rinvennero di piu prezioso e chiamarouo eziandio da Bizanzio gli artisti pereseguire novi lavori sul gusto di quei che avevano appreso per conquista. Le ricche collezioni di simili che vedonsi nel tesoro délia basilica Marciana ed in altre chiese e pala^zi, ci rendouo di cio perfettaniente istruiti (hartolini, pp . 36-37).

Ainsi, pour le cardinal Bartolini, la faltura di Venezia est essentiellement byzantine quant au style et elle consiste dans les gemmes,

t. Le reliquaire du n* tl, gemmé et émaillé, est aussi indiqué comme étant U de opéré Veneciarum ».

la monture en argent et l’émail. Malheureusement pour cette théorie, l’influence byzantine est loin d’être démontrée. Passons à une autre opinion qui s’appuie également sur un texte. On lit dans Vlaveti' taire du Saint-Siège, en P^9-i, à l’article 91 : « Item, unum urceum de opéré venetico ad filum, cum diversis imaginibus sub cristallis et diversis lapidibus praxinis, zal'firinis et granatinis. »

M. Molinier, après avoir dit que les textes rassemblés par M. de Labordc au mot Venise, n’expliquent pas clairement « ce qu’est l’œuvre de Venise », propose d’y voir « un travail en filigranes » ; mais il n’y avait pas qu’à Venise qu’on faisait des filigranes. L’œuvre ici décrite comprend un triple décor : le filigrane, les miniatures sous cristal et les gemmes. Ailleurs, l’œuvre de Venise est double avec feuillages, dragons et un saphir. Les gemmes reparaissent, mais non les miniatures et le filigrane; donc ces deux caractères ne constituent pas essentiellement l’œuvre de Venise. Six dragons en relief soutiennent le pied : cela se trouve partout, ainsi que les feuillages. Le seul caractère saillant est le qualificatif duplex. M. Molinier croit que duplex est ici « dans le sens de duplicatum ou plicatuni, ouvrage ployé et, par extension, repoussé, » ou encore que « le nom d’opus duplex aurait été appliqué à tout ouvrage d’orfèvrerie sur lequel on soudait des ornements rapportés, tels que les ornements en filigranes. L’ouvrage peut, en effet, dans ce cas, être considéré comme double. » Cette dernière acception doit être la seule vraie, car c’est elle qui correspond le mieux aux monuments, par exemple la croix de Walcourt

1. Le Glossaire, p. 53o, cite, pour 1380, l’inventaire de Charles V; « Une croix d’or, garnie de x cainahieux, xij balais, viii émeraudes, xxx perles et tôt ladite pierrerie assise sur ouvrage de Venise »; « une grande croix d’argent doré, de l’œuvre de Venise, garnie de doublets et de vairrines »; pour 1399, l’inventaire de Charles VI : « Un grant gobelet à pié et à couvescle d’or, de la fasson de Venise »; pour 1403, les comptes des ducs de Bourgogne: <i Une grant espée toute couverte d’or, à l’ouvrage de Venise »; pour 1480. l'inventaire de la Sainte-Chapelle : « Item, una alia pulcherrima ernx, auro cooperta, de opéré Venecie »; pour 1498, l’inventaire d’Anne de Bretagne: li Un grand tableau d’argent, fermant à clef, de la Nativité Nostre Seigneur, à plusieurs ymaiges de la façon de Venise, ouquel il y a ung crucifiement, Nostre Dame et saint Jehan en boce, auquel tableau a xxiiij rubiz et neuf perles et au dessus Dieu le père ».

Jules Labarte laisse sans explication le mot œuvre de Venise dans son édition de l’inventaire de Charles V.

Page 1