‹ Œuvres complètesChapitre 62 sur 215 · XXIX. — Clefs · texte numérisé non relu

XXIX. — Clefs

1. Le trésor de la collégiale conserve deux clefs d’argent, dont on ignore la provenance et la signification. Ssrai-je plus heureux (jue les chanoines et pourrai-je pénétrer ce mystère? Je vais essayer.

D’autres églises possédaient également ou possèdent encore dos clefs ' et le Père Cahier en a figuré deux dans ses Caractéristiques des Saints, pp. 2^5, 228, mais elles n’ont qu’un rapport très indirect avec celles de Bari. Sur quoi le docte jésuite donne cette explication, la seule qui me paraisse, plausible: « La clef de Saint- Servais (à Maestricht) passe pour rapportée de Rome par lui-même, au retour d’un voyage où saint Pierre lui avait fait connaître que la ville de Tongres allait être ruinée par les Huns... Mais des clefs analogues à celles-ci semblent avoir été données par les papes aux pèlerins de distinction ou envoyées aux princes (comme à Récarède et à Charles Martel), en souvenir du tombeau de saint Pierre. Les témoignages n’en manquent pas dans l’histoire. »

Les clefs de Bari ne me paraissent pas très anciennes: Panneau tréflé (]ui orne la poignée pourrait toutefois les faire reporter au xiu® siècle et alors elles seraient contemporaines des ducs d’Anjou . En l’absence de tout document écrit, elles donnent lieu à deux hypothèses.- dans l’une, ce seraient les clefs de la ville de Naples, et alors Charles II les aurait offertes en hommage à son saint protecteur; dans l’autre, après les avoir reçues, en signe d’autorité, de la main du pape qui le sacra, il les déposa sur la tombe de saint

1. « Due parvo clave.s de argento » {Inv. de Saint- Pierre de Rome, U36) .

Dans le trésor de Saint-Martin de Tours, parmi les joyau.x, ■( existaient trois clefs » (Prae.-verh . du pill. par les Huguenots, en 1562, p. 33).

T. XIV

Nicolas pour y (Hre véiiéréos à l'égal des reliijucs, car, selon celte supposition, tout porte à croire que c’étaient les clefs mêmes de la confession de Saint-Pierre

2. Ce point d’histoire et d’archéologie demande à être élucidé par des documents indiscutables pour motiver une attribution qui, en soi, n’a rien que de vraisemblable. C’est cequej’ai tentéau lomeXl, ])agcs 3U-321 ; j’y renvoie donc pour plus amples informations.

Toutefois, j’ajouterai quel(|ues détails complémentaires :

Mgr Chaillot, dans les Analecia jiiris ponti/icii, XXIIl, 144, a reproduit trois textes importants relatifs à l’envoi, par le pape Grégoire 111 à Charles Martel en 739; des clefs de la Confession de saint Pierre :

Bis a Ronia, sede S. Pétri apostoli, beatus papa Gregorius claves venerandi sepulcliri, cum vinculis S. Pétri et miineribus raagnis et infinitis, legationeni ((jiiod antea nullis auditis aul visis temporibus fuit) memoralo jirincipi (Carolo) destiiiavit. Eo paco patralo ut a parlibus imperatoris recederet et Rominurn consulatum pradato principi sanciret {Conlin. de Frédégah’c, ch. CX.).

Aiino 741, Caroius princeps, domitis circumquaque positis gentibiis, dum ea quæ pacis erant infra sui regiininis tenninos disponeret, bis eodem anno legationein lieatissimi Gregorii papæab Apostolica Sede directam suscepit, qui sibi claves venerandi sepulchri priucipis Apostolorum Pétri ejiisdemque pretiosa vincula, emn muneribus magnis delatis, obtu- Jerunt quod antea nulli Erancorum principi a quolibet præsule Romanæ urbis directura fuit (Annal, de Metz).

Pro quo vil' Dei (Gregorius papa) undique dolore constrictus, sacras claves ex coufessione R. Pétri apostoli accipiens, partibus Franciæ Carolo, sagacissimo viro, qui tune regnum regebal Eraiicoruin, iiavali itinereper niissos SU03 direxit, id est Anastasium, sanctissinaum virurn episcopum

1. n Un autre symbole de la dignité et de l'autorité conférées par le pape Grégoire à Ctiarles Martel, pour le gouvernement et la défense de Rome, sous les auspices du pape, ce furent les clefs de la confession de Saint-Pierre qui lui lurent envoyées en même temps que l'élendarJ. Üom Ruinart (Wot. ad append. Fredej'.) et .Vleinanni (üe parielin. Lal., c- 14) font remarquer que CCS clefs différaient de celles que saint Grégoire le Grand et d'autres papes envoyèrent quelquefois comme des objets de divolion, comme des reliques, ])Our être portées au cou, ainsi que saint Grégoire le Grand écrivit au roi l.liildebert : Ut coUo sufpensæ eos arnali-i omnibus tuerenlur (lib. 5, cjiist. G). Le pape envoya à Cliarles Martel les clefs de la basilique Valicane et de la crypte qui renferme les reliques des saints apôtres. Elles furent envoyées, non comme un gage de bienveillance et d'amitié, mais comme un signe d’autorité et de pouvoir, ad regnum, comme ou lit dans la lettre pontificale » (Anal. jur. pontif., t. XX, col. Iü5.)

necnon et Sergium presbyterum, postulantes ad præfalum Carolum ut eos a tanta oppressione Longobardorum liberaret [Anaslase bibliothéc.)

Le poète saxon, dans ses Annales, livre III, à l’an 796, Üe gestis Caroli Magni, rapporte que le pape S. Léon, aussitôt après son élévation au souverain pontificat, envoya à Charlemagne les ciels de la confession de S. Pierre :

Post quem (Adrianuna) sortitus suniraum Léo pontiticatum Confestim claves quibus est confessio sancti Conservata Pétri vexillaque miserat urbis Roniulleæ Carolo, pariterque decentia dona.

Le manuscrit de Grimaldi, à Y Amhrosiana de Milan (Müntz, les Sources de l'archéolog. chrét., p. 53), a un chapitre ainsi intitulé, page 260 : « Clavem auream a corpore IL Pétri apostoli transmissam,cum Longobardus quidam despiceret, a nefario spirilu arreptus, cultellum quo eam scindere volebat, sibi in gutture defixit ac statim defunctusin terrain cecidit, adstantibus illic rege ac multis aliis. ^ »

3. On lira avec intérêt le chapitre les Clefs de Saint Pierre, dans Y Aîmuaire pontifical de Mgr Battandier, 1899, pp. 72-75, et celui intitulé la Véritable clef de S. Habert, dans la liage et S. Hubert, par Henri Gaidoz, Paris, 1887, pp. 135-138. Tous les deux me font riionneur de me citer, ce qui ajoute du poids à mes observations personnelles, que je suis heureux de savoir eontrôlées et adoptées par les savants.

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