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XXX. — Tableau ue S. Nicolas

Ce tableau, de grandedimension, forme le retable de l’autel de la chapelle du trésor.

Autrefois, il ornait Tautel du transept droit et c’est à cette place qu’il reçut les hommages de plusieurs générations, entre autres de ces parents stériles qui, à la suite de leur pèlerinage, mirent au monde un entant qu’ils considérèrent comme une grâce insigne obtenue par l’intercession de saint Nicolas ; aussi l’enfant prit-il le

1. A propos de la brocliure de M. Helbig sur les clefs de Maeslricht et de Liège, M. E. Moliuier dit : « L’auteur les attribue au iv‘ et au via* siècle, opinion que nous ne pouvons partager. » {Gazelle archéologiq . , 1884, p. 71).

nom du protecteur de sa famille, et lui-même, par sa sainteté, ven- n dit ce nom plus illustre encore ; ce fut saint Nicolas de Tolenlin. | Dans le trésor, le tableau manque un peu de lumière ; une vitre j qui le protège a empêché de le photographier et ôte de la netteté à | l’image ; enfin, là les fidèles ne l’approchent pour ainsi dire qu’à la dérobée et, dans l’église, doivent se contenter de prier devant la j copie qui a été substituée à 1 original.

Quoi qu’il en soit, le tableau est des plus curieux. De style incontestablement byzantin, il offre, en outre, un spécimen fort intéressant de l’orfèvrerie sicilienne à cette époque. A la manière des Byzantins, il est, en effet, recouvert en partie d’un revêtement d’argent doré, qui, tapissant entièrement le fond, détache les personnages, seuls mis en évidence A

Saint Nicolas se tient debout au milieu du tableau , ses pieds sont chaussés, et sur son aube blanche il revêt une dalmatique, qui, chez les Grecs, est l’insigne de la dignité archiépiscopale. Cette dalmatique tombe à mi-jambe, droite et sans plis : on dirait un fourreau. L’ornementation consiste en carrés, dans lesquels une croix à branches égales est cantonnée de quatre gamma disposés aux angles ; ce dessin est traditionnel en Orient, où il signifie le CiiiusT et les évangélistes. Les manches, qui ne vont pas plus loin que le coude, sont bordées d’un riche galon imitant un semis régu-

1. Le procédé byzantin qui enveloppe les images pour attester la vénération dont elles sont l'objet a ou aussi, mais très accessoirement, son écho dans l’art occidental. J’en citerai trois exemples pris à Rome ; la Madone, dite de S. Luc, à Bologne, pourrait en offrir un quatrième.

L’image achérotype du Sauveur, (jui est au Saint des Saints ilans l’ancien patriarcat de Latran,. a conservé l’enveloppe d’orfèvrerie au repoussé que lui appliqua le pape Innocent 111 au commencement du xiiie siècle. La ligure seule est à découvert et encore est-elle protégée par une toile, sur laquelle ou n peint grossièrement des traits qui lui donnent un aspect barbare, tout en ayant la prétention de reproduire ceux qui sont en dessous et qui probablement dénoteraient une peinture byzantine, si on pouvait 1 examiner de près. Deux volets s’ouvrent à l’endroit des pieds, parce que, chaque année, le pape les lavait avec des parfums, ainsi que les anciens cérérnoniaux en font foi. Le nom d’innocent III authentique cette rarissime plaque, que l’on devrait bien laisser photographier, dans l’intérêt de l’archéologie.

Des deux autres plaques, l’une est à Sainte-Marie au Transtévére, où elle couvre, dans la chapelle des ducs Altemps, depuis la fin du xvi® siècle, l’image vénérée sous le titre de Madone <le la Clémence ; la seconde, datant du pontilicat de l’aul V et du commencement du siècle suivant, se voit à Sainte-Marie- Majeure, au retable de l’autel de la Vierge, appliquée sur le célèbre tableau byzantin qu'une tradition, fort discutable, impute à l’évangéliste saint Luc.

lier de gemmes, et laissent apercevoir les manches de l’aube, décorées d’une manchette que forme un galon gemmé. Ces poignets sont encore en usage chez les byzantins.

Sur la dalmatique brille le pallium que la Vierge elle-même remit à saint Nicolas après la session orageuse du concile de Nicée, où il fut condamné à la privation de ses insignes épiscopaux pour avoir, dans un moment de vivacité, frappé Arius, rebelle à ses raisonnements. Ce pallium a été rapporté en orfèvrerie; c’est une large bande, égayée de rinceaux qui sortent d’un vase, et découpée à jour à l’endroit des quatre croix pattées qui ornent le pallium C

Sa main droite levée fait le geste de la bénédiction grecque, c’està-dire qu’il exprime les deux noms de Jésus et de Christ, abrégés en monogramme, par le médius recourbé et le pouce croisé sur \'an~

t. Le clianoine Didiot, dans la Revue de l’art chrétien, 1898, p. 297, décrit ainsi une image russe moderne:

« Le voile de la T. S. Mère de Dieu. Intérieur d’une église.. . Dans un angle de celui-ci, le Christ, bénissant et portant le livre symbolique, semble présider à la scène qui se déroule au-dessous de lui. Portée sur un nuage et suivie d’apôtres, d’évêques, de martyrs et d’anges, tous ni[nbés,la Ste Vierge, en robe bleue et en manteau rouge, entre par la voûte de l’église, portant sur les bras la célèbre villa des Ulachernes. Au-dessous et au rez-de-chaussée du temple, trois édicules : au centre, celui delà Vierge, (jui fait un geste allociitoire de la main droite et porte un lainbel (la villa?) de la main gauche; à droite, celui de l’empereur; à gauche celui de l’impératrice. Entre l’édicule de la Ste Vierge et celui de l’etupereur, un groupe de clercs entourant un évéque nimbé, monté sur un piédestal et tenant un livre liturgi(jue; c’est à lui que la Vierge semble parler. »

La scène me parait devoir être intorprétée autrement : l’évêque nimbé est S. Nicolas ; comme on veut l’honorer, on l’exhausse sur un piédestal ; il a en main le livre de la doctrine et de la prédication. La Vierge, non seulement lui parle pour lui dire ce qu’elle vient faire, mais elle va lui remettre le pallium qu’elle porte sur sou bras et que le Christ l’a chargé de donner de sa part. Seulement ici, la scène se passe avec quelque solennité, car, ce que ne dit pas la légende, la remise du pallium se fit dans une église, en présence de l’empereur et du clergé.

L’auteur voit dans l’insigne épiscopal la « villa, dont le front de la Mère de Dieu fui enveloppé dans le tombeau et qui fut déposé en 418 dans le fameux temple des Blachernes, à Constantinople, ou encore la ceinture ou zona de la Ste Vierge, apportée par l’empereur Arcadius à Constantinople » et même qu’elle est « plutôt un omophorion, c’est-à-dire un scapulaire ». Pour exprimer ces trois objets, le terme lambel, répété deux fois (pp. 297 et 300) est absolument impropre et ne convient qu’au blason. M. Didiot était bien près de la vérité quand, sur une autre image du même genre, il voit « sous les rayons de la gloire éternelle, le Christ, assis sur les nuages, qui donne à la Ste Vierge agenouillée devant lui... une bandelette à franges, marquée de deux croix et assez semblable aux anciennes étoles byzantines ». 11 n’y avait plus qu’à ajouter le nom propre, qui est le pallium byzantin.

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nulaire. De la main gauche, il soutient un livre à fermoirs, dont la couverture, rehaussée d’une applique d’orfèvrerie, représente une étoile qui projette ses rayons sur un champ de rinceaux et est marquée en cœur d'une croix gemmée : triple symbole relatif à la doctrine et à la prédication de l’Évangile. La croix gemmée, c’est la croix triomphante; placée dans une étoile qui lui forme comme une auréole, on la voit darder une vive lumière sur le monde, fécondé, vivifié par un enseignement salutaire : or, l’état florissant de la chrétienté est symbolisé par ces feuillages pleins de sève.

La ligure de l’évêque est grave et sévère. Le front chauve n’a gardé qu’une petite mèche de cheveux; queh]ues touffes apparaissent aussi aux tempes, au-dessus des oreilles découvertes. La barbe abondante, à laquelle se relie une moustache épaisse, entoure le menton et se termine par deux mèches bouclées L

Le nimbe en orfèvrerie est particulièrement remarquable, à cause des nombreuses figurines dont il est embelli. En haut, le Christ apparaît, dans une auréole que soutiennent deux anges : sur les côtés, mêlés aux élus nimbés ou aux chœurs des anges, sont disposés les symboles des quatre évangélistes, groupés deux à deux.

Les deux coins supérieurs du tableau sont occupés par les bustes de Jésus-CiiRisT, montrant ouvert le livre de la Vérité, et de la Vierge, tenant en main le pallium. Les têtes sont entourées do nimbes d’orfèvrerie. Ces deux personnages sont là pour rappeler la vision nocturne dans laquelle saint Nicolas, réhabilité par Dieu même, reçut les honneurs du pallium.

En bas, sont les deux donataires du tableau, agenouillés et priant. Le nimbe circulaire qui entoure leur tête est un symbole de puis-

1. « Le Guide de la Peinture contient, au sujet de la barbe, des règles fixes

et arrêtées 11 y a donc des types barbus. Saint Micolas est du nombre; rien

de plus ordinaire dans les manuels d’iconographie fjue le renvoi suivant, en jjarlant de quelque saint : « barbe comme chez saint Nicolas » {liev. de l’Art chrét., t. XXIV, p. 277).

« Le signalement iconographique de saint Nicolas est tellement connu qu'il peut se passer d’inscription. D.ms certains manuels on se contente de dire : « 6 décembre, léte de saint Nicolas. Tout le monde connait son type ». 11 sullit, en elîet, de regarder sa barbe et sa chevelure : la ])remiére doit être courte mais bien garnie; la tête passablement dégarnie. » [Ibid.)

Sur un tableau en orfèvrerie émaillée et do style byzantin, de la cathédrale de Gran en Hongrie, qui date de 1190, saint Nicolas porte une barbe courte et arrondie (Voir la planche dans la Rev. de l’Art chrét., t. .XXXI, p. 17ü.)

sance et non de sainteté ; leur royauté est affirmée par une couronne ou bandeau, gemmé et perlé. Le roi, à droite, a les épaules couvertes d’un manteau, sur lequel se développe un riche homophorion , brodé et gemmé, analogue au pallium. Son front est chauve et sa barbe bifurquée. Des dcu.x mains il tient ouvert un livre de prières, comme sa femme qui lui fait pendant etqui porte un costume identique au précédent; seulement scs longs cheveux tombent sur ses épaules.

Tout le fond du tableau, paré d’orfèvrerie, est avivé de rinceaux, où saillissent, dans des médaillons, des rosaces et des auges à micorps; de chaque côté du nimbe de saint Nicolas, comme dans le nimbe lui-même, quatre losanges contiennent de petites figures.

Autour du tableau règne une large bordure à fond de rinceaux, sur les({uels se détachent des médaillons, tantôt circulaires, tantôt losangés, historiés d’anges ou de saints. Le médaillon, placé au-dessous de saint Nicolas, contient son nom en grec et, au côté droit, un autre présente une fleur de lis.

2. Le double fait du soufflet et de la remise du pallium ou liomophorion se voit fréquemment reproduit par « les peintres grecs et slaves » (Nûuv. mél. d'aj'ch., 1873, pp. 33, 3i). Le P. de Bralion va nous en raconter l’histoire ;

Et comme un jour Arius proféra en plein concile ce blasphème : que le fil de Dieu estoit créature et, pour ce, inférieur au hère, saint Nicolas fut esmeu d’un si grand zèle qu’il se leva et s’avança au milieu de la sale, et luy donna un si grand soufflet, que peu s’en faillit qu'il ne le jettast par terre. Or bien que Dieu fist paroistre depuis par miracle, qu’il avoit esté meu à cela par le saint Esprit, pour réprimer l’arrogance et le fast d’Arius, afin que tous les prélats, par l’exemple d’un tel zèle, fussent fortiffiez pour prononcer l’arrest de sa condamnation ; toutefois avant que la volonté de Dieu, touchant cette action, fut connue, après qu’Arius en eust demandé la réparation à l’Empereur, qui estoit présent, et que l’Empereur, qui ne vouloit pas juger un évesque, eut remis cela au jugement des prélats du concile, leur représentant la loy, qui vouloit que si quelqu’un esloit si hardy que de lever la main contre un autre, en présence de l'Empereur, qu’il eust la main coupée ; les Pères le prièrent d’avoir agréable que le chasliment se ditïérast jusqu’après le concile, et lui dirent que cependant l’évesque Nicolas seroit déposé de la dignité épiscopale et mis en prison : ce qu’ils firent, comme il est probable, pour pouvoir avec le temps reconnoistre l’innocence de saint Nicolas, qui estoit en réputation

de sainl envers un chacun, et à ce que, par ce commencement de peine, l’Empereur demeurast satisfaict.

Ils lui estèrent donc, en signe de déposition, le pallion pontifical, et le grand livre des évangiles, et le firent mettre en prison, les bras liez et les jambes dans des ceps de bois : mais, la nuict suivante, Notre Seigneur et sa très sainte mère luy apparurent. Le fils le deslia et luy donna un livre des évangiles, et la mère luy mit un pallium archiépiscopal, et ce miracle estant sceu, il fust aussi tost mis hors de prison, par ordre des prélats qui luy demandèrent pardon.

En suitte de cela, nostre saint désirant dire la messe de la Vierge pour action de grâces, il prit seulement les ornemens sacerdotaux, et rien de ce qui appartient aux évesques, à cause qu’il en avoit esté privé le soir jtrécédeni, encore qu’il n’y eût point de doute, que les Pères luy ayans demandé pardon entendoient le restablir entièrement en sa première dignité. 11 s’en alla en cet estât à l’autel ; mais aussi tost qu’il y monta, la sainte Vierge, accompagnée de deux anges, descendit du ciel, à la veuë de tous ceux qui estoieut présens, mesme des évesques du concile; l’un des anges luy mit sur les espaules un pallion, et l’autre luy mit une mitre sur sa teste.

Sur celte histoire on peut encore remarquer icy que l’an mil cinq cens nouante sept il passa en la ville de Ilari (où repose maintenant le corps de saint Nicolas) un patriarche grec, lequel voyant, entre les autres choses de dévotion delà royale église de nostre saint archevesque, un ancien tableau où il est représenté, et considérant sa barbe, il dit que, dans les histoires grecques de son église, il se lit que, quand on mit saint Nicolas en prison pour le soufflet qu’il donna à Arius, on luy brusia aussi la barbe.

Et le Père Silvestre de Rossano, capucin, grec de nation, et personne célèbre pour sa vertu et doctrine, a leu plusieurs fois, ainsi qu’il l'a assuré, en la Calabre, dans des anciens manuscrits grecs, que la barbe fut brusiée à saint Nicolas, pour peine de ce qu’il avoit frappé Arius, et que par après, en célébrant la messe, miraculeusement elle luy revint en un instant, beaucoup plus grande qu’il ne la portoit auparavant.

11 est à propos toutefois que le lecteur soit averti que cette histoire du soufflet donné à Arius et de l’emprisonnement de sainl Nicolas pour ce subjet, escrite comme elle est icy rapportée par nostre autheur, ne se trouve point dans les actes du concile de Nicée escrils par Gélase Cizicène ; et mesme ne se trouve dans les plus anciens historiens et aulheurs; et quelques modernes qui en ont remarqué quelque chose, comme saint Antonin et Pierre de Natalibus, cités par nostre autheur, ne l’escrivent pas comme certaine, mais selon que quelques-uns disent.

Nostre mesme autheur toutefois rapporte un passage du ménologe des Grecs et un autre d’une oraison de saint André de Crète, par lesquels l’on voit qu’il en est fait mention en l’un et en l’autre. Après cela, il se

faut rapporter de la vérité de celte histoire aux plus doctes et judicieux (pp. 78-8i).

3. Le P. de Bialion a donné, en tôle de son rarissime opuscule, une gravure représentant à peu près saint Nicolas, tel qu’il est sur le tableau de Bari, mais sans la Vierge et le Christ ni l’ornementation d’orfèvrerie. 11 rapporte la tradition (jui l’attribue à un prince étranger.

Cette copie fust apportée à Bari par un pieux roy de la Basic et autres royaumes, appellé Urosc ou d’un mot plus doux Urosie, lequel fut de très saincte vie, et sa piété le porta à venir honorer à Bari le corps de nostre saint, en compagnie de la reine sa femme et de trois princes ses enfans, en l’an mil trois cens dix-neuf, et, outre ce tableau, il fit de très grands et riches dons à l’église de Saint-Nicolas, et en icelle encore une notable fondation.

Ce tableau se garde en grande vénération en la chapelle secrette du ïhrésor des reliques, et on ne l’expose en public que fort rarement pour le porter en procession pour les besoins publics.

Outre que saint Nicolas avait les cheveux blancs et la barbe aussi, on voit par ce mesme tableau qu’il estoit de petite stature, et de taille plustot large qu’aulrement, il avoit les yeux vifs, le col court, et l’aspect fort vénérable, ses sourcils esloient un peu gros, et par le bas, il avoit le nés lin peu large : ses mains estoient petites. Encore que de son naturel il fût vermeil, quelques anciens l’ont représenté noir, à cause de ses souffrances en la persécution Licinienne (pp. 122-123).

Le tableau de saint Nicolas est encore gravé dans l’ouvrage de Gonzaga, De orig. relig. franc., Rome, lo87, p. 399.

4. II existe dans la basilique de Saint-Pierre, à Rome, dans une des chapelles de la nef, à droite, une copie, qui a été interprétée en mosaïque, en 1(380, par Fabio Crislofari. .le doute, sur certains points, de son exactitude. D’abord elle est en couleur, tandis que l’original, au moins dans la partie visible, présente une teinte bistre, qui fait supposer qu’il a été peint en camaïeu. Puis les deux donataires sont supprimés et remplacés par l’enfant à la coupe et les trois enfants ressuscités et sortant du charnier. 11 ne faudrait donc pas faire fond sur cette copie, qui évidemment a été arrangée. Une reproduction, de nos jours, se ferait d’une façon plus exacte et plus rigoureuse.

5. Saint Nicolas a pour attribut ordinaire, en iconographie, trois enfants dans un cuvier. Qu’on me permette de m’y arrêter un ins-

— lo'l — ■

tant pour en préciser la signification, vulgarisée parmi nous par les fl images d’Épinal et une complainte qui se chante surtout en Lor- fl raine.

Saint Théodore Studiie, dans son hymne grecque composée au ' , viii« siècle, en l'honneur de saint x\icolas, fait ainsi allusion au mi- ^ racle concernant les trois enfants : « Cette merveille est encore le sujet de nos cantiques : trois jeunes gens étaient condamnés à une mort injuste, c’étaient trois brebis de son troupeau. Imitateur du divin berger, tu les arraches à la gueule des loups et ceux-ci semblent épouvantés, ô homme merveilleux parmi les enfants des hommes, protecteur invincible de ceux qui t’bonorent » (Ae Fèlerin, n° du 11 décembre 1880, p. 103^t).

Dans sa vie de saint Nicolas, publiée en supplément au n®25 de la même année, le Pèlerin raconte ([ue le préfet Eustache ayant condamné à mort trois innocents, ceux-ci furent délivrés par saint Nicolas sur le lieu même du supplice : une enquête se fit qui constata leur innocence, mais les trois magistrats qui les acquittèrent furent déclarés coupables de s’être laissé corrompre à prix d’argent. A leur tour, ils furent condamnés à mort; l’intervention de saint Nicolas auprès de l’empereur Constantin décida de leur acquittement.

« Ce trait de la vie de saint Nicolas a souvent été reproduit dans les sculptures et les vitraux de nos cathédrales au moyen âge. Les I

trois officiers sont représentés aux pieds de leur libérateur, sous la I

forme de trois enfants nus, emblèmes des âmes délivrées. » I

Cette explication est ingénieuse et a l’avantage de cadrer avec ■

l’histoire. Cependant je ne la crois pas suffisamment exacte et ri- fl

goureuse ; la légende, qui explique beaucoup mieux la représenta- I

tion iconographique, doit donc être maintenue jusqu’à plus ample fl

informé. On n’a pas pris garde que six innocents sont ici en cause, I

par groupes de trois, et que chacun d’eux a aussi bien le droit que |

l’autre d’être le sujet de la représentation. Quels seront donc ces trois innocents? Ou les premiers condamnés ou les magistrats qui î les avaient acquittés et qui se voyaient eux-mêmes frappés? Mais pour qu’on puisse figurer une âme, il faut qu’il y ait préalablement mise à mort, selon l’habitude iconographique du moyen âge. Nous n’avons donc pas les trois rî?7ies de trois magistrats j)Our qui ne fut pas exécutée la sentence terrible portée contre eux, mais plutôt

trois corps que la bénédiction du pontife fait revivre, parce qu’un hôtelier les avait tués et coupés en morceaux. La manière de représenter le fait justifie la légende ou plutôt eu est la traduction graphique, tandis que, dans l’interprétation proposée, la corrélation entre l’acte criminel et la représentation est loin d’être aussi manifeste.

Je ne puis passer sous silence une autre opinion, ainsi formulée dans la Bevue de l'Art chréiien, t. XXYII, p. 101, par le chanoine Corblet : « Palais de Latran. Ciampini a figuré {Vet. mon., t. III, c. 3, p. 28), une peinture où saint Nicolas baptise dans une cuve trois catéchumènes, réduits à la taille d’enfants pour grandir la supériorité du saint. On y lit cette inscription :

(<• Auxit mactatos hic vivo fonte renatosL »

Ce vers et ce sujet, mal interprétés, auraient donné lieu, d’après M. A. Maury {Essai sur les légendes, p. 61), à la légende des trois enfants ressuscités, dont il n’est pas question dans les actes de saint Nicolas. Ou aurait pris les catéchumènes pour des enfants et la cuve baptismale, pour un baquet, M. Maury confirme ailleurs {Berne archéol., 1847-48, p. 611) son opinion en décrivant une image de l’église grecque dePalata, où l’évêquc de Myre a près de lui trois enfants au-dessus desquels sont écrits ces mots : « Xpic-w rvaXiv -','evcjivc! »

Je trouve, au contraire, un confirmatif de la légende dans le mot mactatos, qui démontre que les enfants ont été massacrés. Saint Nicolas, nous apprend le vers latin, les baptisa après les avoir ressuscités.

Le P. de Bralion s'est fait l’écho de la tradition, écoulons-lodonc;

La renommée de sa saincteté et actions miraculeuses, qui se respandoit mesmes jusques aux provinces les plus esloignées, donna occasion à un homme de condition, Asian,d’un pais un peu esloignéde Myre, envoyant deux siens fils à l’Cniversité d’Alhène, de leur commander qu’avant qu’ils sortissent d’Asie qu’ils prissent leur chemin par Myre, pour y visiter le saint prélat et prendre sa bénédiction. Ils luy obéirent. Mais estans arrivez à Myre à heure fort tardive, ils allèrent loger chez un méchant hoste, lequel croyant qu'il se pourroil enrichir de leur despouille, les assassina la nuit pour cet effet : et, pour mieux céler le fait, mit leurs corps en pièces dans des saloirs, pour les mesler puis après à loisir avec de la chair de porc, et les vendre ainsi aux surveuans. Saint Nicolas, en

1. Ce tuttine vers reparaît au baptême de deux époux sur « une mosaïijue du ix“ siècle », que M. Corblet (Rev. de l’Art chrët.,t. XXVII, p. 108) mentiomieà « Sainte l’udenticnne », mais qui n’existe plus.

son oraison du malin, fut adverti de tout ce qui s’esfoit passé, par un fl

ange. Il alla chez ce misérable et luy parla de telle sorte qu’il confessa fl

son crime et s’en repentit. Le saint demanda pardon à Dieu pour luy, et f le pria de resusciter ces innocens : et il n’eust pas plusiot liny sa prière \ qu’ils resuscitèrenl.et après avoir receu sa bénédiction poursuivirent leur voyage (Pp. 06-58). '

Environ l’an trois cens vingt-cinq, 1 'Empereur Constantin l’invita avec ; les autres évesques de venir au premier concile de Nicée de Bithinie, qui : s’assembloit contre l'hérésie d’Arius, laquelle saint Nicolas, comme plusieurs autres, avait desià improuvée par ses lettres à Alexandre, évesque d’Alexandrie d'Egypte, où Arius esloit prestre, l’empereur déclarant par ses lettres que telle cstoit la volonté du souverain pontife Silvestre. i

En ce voyage de nostre saint pour aller à ce concile. Dieu fist par luy 1

un miracle bien notable. Il arriva, un soir, en une hostelerie, à l’hostede j

laquelle il demanda s’il avait quelques viandes de caresme, d’autant )

qu’il ne mangeoit point de chair; il lui respondit qu’il en avoit, et luy ir'

offrit un morceau de son salé. i

Ce meschant homme avoit tué plusieurs hommes, et salé les morceaux .

de leur chair ensemble avec du poisson pour les vendre; et, depuis ' quelques mois, il avoit tué, pour celte lin, trois petits garçons, et il présenta de leur chair en guise de poisson à saint Nicolas, lequel luy >

demanda s’il avoit davantage de cette viande; il luy respondit qu’il en •.

avoit encore qui estoit dans des caques, s’offrant de les luy faire voir. ||

Le saint alla avec luy, et voyant cela, il commença de luy reprocher son | !

crime, lequel il desnia; mais le saint ayant fait ressusciter par sa prière I

ces trois petits garçons, ils se leverrent deces caques, loiians Dieu et cou“ *

firmans ce qu’il avoit reproché à ce misérable, et alors U confessa son i

péché et s’en repentit (pp. 74-76). ‘

6. Jo reviens au tableau insigne de Bari. La cliarte que j’ai citée au chapitre YII prouve péremptoirement qu’il fut offert à la basilique par Urosius', roi de Serbie, et Hélène, sa femme, qui s’y sont fait représenter agenouillés aux pieds de saint Nicolas 2. Les

1. En 1870, a paru à Belgrade un ouvrage intitulé: Ouyovar o savezou

« Traité d’alliance et d’amitié entre Charles de Valois elles ambassadeurs du roi de Servie. Ouroch, » par Ubicini (Voir le conqjte-rendu par Quicherat dans la Billiolh. de l’École des chartes, 1873, t. XXXIV, pp. 110-118).

Les archives de la collégiale conservent une bulle d'Étienne, petit-fils d’Ou- ,

roch, datée de Tan 1346, qui confirme les donations faites à la basilique par J

son a’ieul. |

â. Tel était Tusage byzantin. « Un évangeliaire grec, conservé au patriarcat I

orthodoxe de Jérusalem, est orné des portraits du voivode de Valacbie Ma- j

thieu llassaraba et de sa femme Iléléne. Un autre évangéliaire las., orné des portraits des mêmes personnages, est conservé parmi les manuscrits grecs de I

la Bibliolbéque Nationale .. [lieu, de l'Arl chrét., 1898, p. 319). '

donataires sont explicitement nommés. La date aussi est rigoureuseument fixée : c’est l’an 1319. Bien plus, nous savons les noms des orfèvres habiles qui, en six mois, exécutèrent le revêtement de la grande image, iconem magnam argenteain : ce sont, non pas des Orientaux, mais des Siciliens, descendant probablement de Grecs émigrés, Roger de Juria et Robert de Barolo.

Le style de l’orfèvrerie est bien celui du xiv® siècle, époque qui pourrait aussi convenir à l’exécution du tableau, quoiqu’il ait un air un peu plus ancien. Pour savoir exactement la vérité, il faudrait enlever momentanément la plaque d’argent doré; les noms doivent être peints à côté des personnages. Le résultat en vaudrait la peine. On profiterait de l’occasion pour photographier en grand le tableau, soit nu, soit recouvert. En pareil cas, l’avancement de lu science, l’éclaircissement d’un problème historique exigent impérieusement une tentative que des esprits étroits et timides seront les seuls à condamner comme téméraire.

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