‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 121 sur 459 · LE GOULIN · texte numérisé non relu

LE GOULIN

est plus claire sur le croupion et le cou, plus foncée sur le dos et les flancs. Le bec est noirâtre ; les ailes sont très-courtes et excèdent à peine l'origine de la queue. Si les deux merles chauves qui sont au Cabinet du Roi appartiennent à la même espèce, il faut regarder le plus grand comme un jeune individu qui n'avait pas encore pris son entier accroissement ni ses véritables couleurs, et le plus petit comme un individu encore plus jeune.

Ces oiseaux nichent ordinairement dans des trous d'arbres, surtout de l'arbre qui porte les cocos; ils vivent de fruits et sont très-voraces, ce qui a donné lieu à l'opinion vulgaire qu'ils n'ont qu'un seul intestin, lequel s'étend en droite ligne de l'orifice de l'estomac jusqu'à l'anus, et par où la nourriture ne fait que passer.

Cet oiseau est un destructeur d'insectes, et d'autant plus grand destructeur qu'il est d'un appétit très-glouton : il donne la chasse aux mouches, aux papillons, aux scarabées : il va, comme nos corneilles et nos pies, chercher dans le poil des chevaux, des bœufs et des cochons, la vermine qui les tourmente quelquefois jusqu'à leur causer la maigreur et la mort. Ces animaux, qui se trouvent soulagés, souffrent volontiers leurs libérateurs sur leur dos, et souvent au nombre de dix ou douze à la fois; mais il ne faut pas qu'ils aient le cuir entamé par quelque plaie, car les martins, qui s'accommodent de tout, becqueteraient la chair vive et leur feraient beaucoup plus de mal que toute la vermine dont ils les débarrassent : ce sont, à vrai dire, des oiseaux carnasssiers, mais qui, sachant mesurer leurs forces, ne veulent qu'une proie facile, et n'attaquent de front que des animaux petits et faibles; on a vu un de ces oiseaux, qui était encore jeune, saisir un rat long de plus de deux pouces, non compris la queue, le battre sans relâche conlre le plancher de sa cage, lui briser les os, et réduire tous ses membres à l'état de souplesse et de flexibilité qui convenait à ses vues, puis le prendre par la tête et l'avaler presque en un instant ; il en fut quitte pour une espèce d'indigestion qui ne dura qu'un quart d'heure, pendant lequel il eut les ailes traînantes et l'air souffrant ; mais, ce mauvais quart d'heure passé, il courait par la maison avec sa gaieté ordinaire; et environ une heure après, ayant trouvé un autre rat, il l'avala comme le premier et avec aussi peu d'inconvénient.

a. C'est le merle des Philippines de M. Brisson, t. II , p. 278.

* Paradisœa tristis (Linn.) — Gracula tiïstis (Lath. ). — Gracula gryllivora (Daud.)- — Ordre et famille id. , genre Martins ( Cuv. ). — « Il est difficile de comprendre comment Linné « en avait fait un oiseau de Paradis. » (Cuvifif. )

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Les sauterelles sont encore une des proies favorites du martin : il en détruit beaucoup, et par là il est devenu un oiseau précieux pour les pays affligés de ce fléau, et il a mérité que son histoire se liât à celle de l'homme. 11 se trouve dans l'Inde et les Philippines, et probablement dans les contrées intermédiaires; mais il a été longtemps étranger à l'île de Bourbon. Il n'y a guère plus de vingt ans que M. Desforges-Boucher, gouverneur général, et M. Poivre, intendant, voyant cette île désolée par les sauterelles ", songèrent à faire sérieusement la guerre à ces insectes, et pour cela ils tirèrent des Indes quelques paires de martins, dans l'intention de les multiplier et de les opposer comme auxiliaires à leurs redoutables ennemis. Ce plan eut d'abord un commencement de succès, et l'on s'en promettait les plus grands avantages lorsque des colons, ayant vu ces oiseaux fouiller avec avidité dans des terres nouvellement ensemencées, s'imaginèrent qu'ils en voulaient au grain; ils prirent aussitôt l'alarme, la répandirent dans toute l'île et dénoncèrent le martin comme un animal nuisible; on lui fit son procès dans les formes; ses défenseurs soutinrent que, s'il fouillait la terre fraîchement remuée, c'était pour y chercher non le grain, mais les insectes ennemis du grain, en quoi il se rendait le bienfaiteur des colons; malgré tout cela il fut proscrit par le conseil, et deux heures après l'arrêt qui les condamnait il n'en restait pas une seule paire dans l'île. Cette prompte exécution fut suivie d'un prompt repentir : les sauterelles s'étant multipliées sans obstacle causèrent de nouveaux dégâts, et le peuple, qui ne voit jamais que le présent, se mit à regretter les martins comme la seule digue qu'on pût opposer au fléau des sauterelles. M. de Morave, se prêtant aux idées du peuple, fit venir ou apporta quatre de ces oiseaux huit ans après leur proscription : ceux-ci furent reçus avec des transports de joie; on fit une affaire d'État de leur conservation et de leur multiplication, on les mit sous la protection des lois et même sous une sauvegarde encore plus sacrée; les médecins, de leur côté, décidèrent que leur chair était une nourriture malsaine. Tant de moyens si puissants, si bien combinés, ne furent pas sans effet : les martins, depuis cette époque, se sont prodigieusement multipliés et ont entièrement détruit les sauterelles; mais de cette destruction même il est résulté un nouvel inconvénient, car ce fonds de subsistance leur ayant manqué tout d'un coup, ret le nombre des oiseaux augmentant toujours, ils ont été contraints de se jeter sur les fruits, principalement sur les mûres, les raisins et les dattes; ils en sont venus même à déplante' les blés, le riz, le maïs, les fèves, et à pénétrer jusque dans les colombiers pour y tuer les jeunes pigeons et en faire leur proie; de sorte qu'après avoir délivré ces colonies des ravages des saute-

a. Ces sauterelles avaient été apportées de Madagascar, et voici comment : on avait fait venir de cette ile des plants dans de la terre, et il s'était trouvé mallieureusement dans cette terre des œufs de sauterelles.

relies, ils sont devenus eux-mêmes un fléau plus redoutable" et plus difficile à extirper, si ce n'est peut-être par la multiplication d'oiseaux de proie plus forts; mais ce remède aurait à coup sûr d'autres inconvénients. Le grand secret serait d'entretenir en tout temps un nombre suffisant de martins pour servir au besoin contre les insectes nuisibles, et de se rendre maître jusqu'à un certain point de leur multiplication. Peut-être aussi qu'en étudiant l'histoire des sauterelles, leurs mœurs, leurs habitudes, etc., on trouverait le moyen de s'en défaire sans avoir recours à ces auxiliaires de trop grande dépense.

Ces oiseaux ne sont pas fort peureux, et les coups de fusil les écartent à peine. Ils adoptent ordinairement certains arbres, ou même certaines allées d'arbres, souvent fort voisines des habitations, pour y passer la nuit, cl ils y tombent le soir par nuées si prodigieuses que les branches en sont entièrement couvertes, et qu'on n'en voit plus les feuilles. Lorsqu'ils sont ainsi rassemblés, ils commencent par babiller tous à la fois, et d'une manière très-incommode pour les voisins. Ils ont cependant un ramage naturel fort agréable, très-varié et très-étendu. Le matin ils se dispersent dans les campagnes , tantôt par petits pelotons , tantôt par paires , suivant la saison.

Ils font deux pontes consécutives chaque année, la première vers le milieu du printemps, et ces pontes réussissent ordinairement fort bien, pourvu que la saison ne soit pas pluvieuse; leurs nids sont de construction grossière, et ils ne prennent aucune précaution pour empêcher la pluie d'y pénétrer; ils les attachent dans les aisselles des feuilles du palmier-latanier ou d'autres arbres : ils les font quelquefois dans les greniers, c'est-à-dire toutes les fois qu'ils le peuvent. Les femelles pondent ordinairement quatre œufs à chaque couvée, et les couvent pendant le temps ordinaire. Ces oiseaux sont fort attachés à leurs petits : si l'on entreprend de les leur enlever, ils voltigent çà et là en faisant entendre une espèce de croassement, qui est chez eux le cri de la colère, puis fondent sur le ravisseur à coups de bec, et, si leurs efforts sont inutiles, ils ne se rebutent point pour cela, mais ils suivent de l'œil leur géniture, et si on la place sur une fenêtre ou dans quelque lieu ouvert qui donne un libre accès aux père et mère, ils se chargent l'un et l'autre de lui apporter à manger, sans que la vue de l'homme ni aucune inquiétude pour eux-mêmes, ou, si l'on veut, aucun intérêt personnel puisse les détourner de cette intér-œsante fonction.

Les jeunes martins s'apprivoisent fort vite ; ils apprennent facilement à parler; tenus dans une basse-cour, ils contrefont d'eux-mêmes les cris de tous les animaux domestiques : poules, coqs, oies, petits chiens, mou-

a. Ils se rendent encore nuisibles en détruisant des insectes utiles , tels que la demoiselle , dont la larve connue sous le nom de petit lion , fait une guerre continuelle aux pucerons cotonneux qui causent tant de dommage aux cafiers.

tons, etc., et ils accompagnent leur babil de certains accents et de certains gestes qui sont remplis de gentillesse.

Ces oiseaux sont un peu plus gros que les merles : ils ont le bec et les pieds jaunes comme eux, mais plus longs et la queue plus courte, la tète et le cou noirâtres; derrière l'œil une peau nue et rougeàtre, de forme triangulaire, le bas de la poitrine et tout le dessus du corps, compris les couvertures des ailes et de la queue, d'un brun marron, le ventre blanc, les douze pennes de la queue et les pennes moyennes des ailes brunes, les grandes noirâtres depuis leur extrémité jusqu'au milieu de leur longueur, et de là, blanches jusqu'à leur origine, ce qui produit une tache oblonguo de cette couleur près du bord de chaque aile lorsqu'elle est pliée; les ailes , ainsi pliées, s'étendent aux deux tiers de la queue.

On a peine à distinguer la femelle du mâle par aucun attribut extérieur ".

L'attribut caractéristique qui distingue cet oiseau de tout autre, ce sont de petits appendices rouges qui terminent plusieurs des pennes moyennes

a. Les principaux faits de l'histoire de cet oiseau sont dus à M. Sonnerat et à M. de la Nux , correspondants du Cabinet d'histoire naturelle.

b. C'est la soixante troisième grive de M. Brisson, t. II, p. 334, le TvâcpaXcs d'Aristote, (lib. ix, cap. xvi) ; ce mot grec signifie une espèce de matelas ou d'oreiller, et fait allusion aux plumes soyeuses du jaseur. C'est Yampelis d'Aldrovande qui lui a appliqué cette dénomination, non d'après Aristote , comme l'a dit M. Brisson , mais d'après le poëte Callimaque , comme nous l'apprend Aldrovande lui-même (t. I, p. 796), et sans être bien sur que son ampelis, et celle du poëte grec, fussent un seul et même oiseau. D'ailleurs ce nom à.' ampelis ayant été donné plus anciennement à d'autres petits oiseaux, tels que le bec-figue (Gessuer, p. 385) qui se nourrit de raisins comme le jaseur, Aldrovande ni M. Linnœus n'auraient pas dû l'appliquer à celui-ci. C'est le garrulus bohémiens de Gessncr, p. 703; le bombycilla de Schwenckfeld, p. 229; le micr o -phénix ; le galerita varia de Fabricio de Padoue; le lanius remigibus secundariis , apice membranaceo colorato de M. Linnœus, g. 43, sp. 10; le turdus cristatus de Klein, p. 70, et de Frisch, pi. 32. Quelques-uns l'ont pris très-mal à propos pour le merops d'Aristote, c'est-à-dire pour notre guêpier; d'autres pour l'avis incendiaria des anciens, et par corruption incineraria, ou pour l'oiseau de la forêt Hercinienne dont parle Pline, quoique ses plumes ne jettent point de feu pendant la nuit, comme on dit que faisaient celles de cet oiseau , si ce n'est peut-être un feu allégorique , car le jaseur a l'iris des yeux et les larmes des ailes couleur de feu. On a encore nommé cet oiseau avis bohemica, adepellus, pleroclia, fullo, gallulus sylvestris , zhizirella, et par corruption zincirella , d'après son cri ordinaire qui est zi , si, ri; en allemand, zinzerelle , formé du précédent, boehmer, boeheimle, boehmische drostel , hauben drostel , pest-vogel , krieg vogel , wipstertz , seideschwantz , schnee-lesch , schnee-vogel; le nom de beemerle attribué au jaseur par M. Brisson ne lui appartient point, mais à un petit oiseau de la grosseur du chardonneret , ainsi appelé aux environs de Nuremberg, et qui n'a Je commun avec le jaseur que d'être regardé par le peuple comme un précurseur de la peste. — On trouve dans la liste qu'a donnée M. Brisson des synonymes du jaseur

* Ampelis garrulus (Linn.). — Ordre et famille id., genre Colingas, sous-genre Jaseurs Cuvier).

138 , LC JASKUR.

de ses ailes; ces appendices ne sont autre chose qu'un prolongement de la côte au delà des barbes, lequel prolongement s'aplatit en s'élargissant en forme de petite palette, et prend une couleur rouge : on compte quelquefois jusqu'à huit pennes de chaque côté, lesquelles ont de ces appendices ; quelques-uns ont dit que les mâles en avaient sept et les femelles cinq, d'autres que les femelles n'en avaient point du tout a ; pour moi, j'ai observé des individus qui en avaient sept à l'une des ailes et cinq à l'autre, quelques-uns qui n'en avaient que trois, et d'autres qui n'en avaient pas une seule, et qui avaient encore d'autres différences de plumage; enfin j'ai remarqué que ces appendices se partagent quelquefois longitudinalement en deux branches à peu près égales, au lieu de former de petites palettes d'une seule pièce comme à l'ordinaire.

C'est avec grande raison que M. Linnseus a séparé cet oiseau des grives et des merles , ayant très-bien remarqué qu'indépendamment des petits appendices rouges qui le distinguent, il était modelé sur des proportions différentes, qu'il avait le bec plus court, plus crochu, armé d'une double dent ou échancrure qui se trouve près de sa pointe, dans la pièce inférieure comme dans la supérieure, etc. b; mais il est difficile de comprendre comment il a pu l'associer avec les pies-grièches, en avouant qu'il se nourrit de baies, et qu'il n'est point oiseau carnassier : à la vérité, il a plusieurs traita de conformité avec les pies-grièches et les écorcheurs, soit dans la distribution des couleurs, principalement de celles de la tête, soit dans la forme du bec, etc. ; mais la différence de l'instinct, qui est la plus réelle, n'en est que mieux prouvée, puisque avec tant de rapports extérieurs et de moyens semblables, le jaseur se nourrit et se conduit si différemment.

Ce n'est pas chose aisée de déterminer le climat propre de cet oiseau ' ; on se tromperait fort si, d'après les noms de geai de Bohême, de jaseur de Bohême, d'oiseau de Bohême, que Gessner, M. Brisson et plusieurs autres lui ont donné, on se persuadait que la Bohême fut son pays natal, ou même son principal domicile : il ne fait qu'y passer comme dans beaucoup d'au-

le xomotl de Seba, bien différent du xomotl de Fernandez, cap. 124, qui à la vérité est huppé, mais qui a le dos et les ailes noires, et la poitrine brune , qui de plus est palmipède, et dont les Mexicains emploient les plumes pour en former ces singuliers tissus qui font partie de leur luxe sauvage; or le xomotl de Seba est presque aussi différent du jaseur de Bohème, au moins quant aux couleurs du plumage, que du xomotl de Fernandez , car il a la tète rouge , du rouge sur le dos et la poitrine , du rouge sur la queue, du rouge sous les ailes, et le bec jaune.

a. Edwards.

b. Le docteur Lister prétend avoir observé dans un de ces oiseaux , que les bords du bec supérieur n'étaient point échancrés près de la pointe, ce qui ne pourrait être regardé que comme une singularité individuelle très-rare; mais cette observation vraie ou fausse a corrigé le docteur Lister d'une erreur où il était tombé d'abord en associant , comme a fait M. Linnœus , le jaseur aux pies-grièches.

I. « Ou croit qu'il niche dans le iond du Nord. » { Cuvier. )

très contrées a ; en Autriche on croit que c'est un oiseau de Bohême et de Styrie, parce qu'on le voit en effet venir de ces côtés-là ; mais en Bohême on serait tout aussi fondé à le regarder comme un oiseau de la Saxe, et en Saxe comme un oiseau du Danemark ou des autres pays que baigne la mer Baltique. Les commerçants anglais assurèrent au docteur Lister, il y a près de cent ans, que les jaseurs étaient fort communs dans la Prusse ; Rzaczynski nous apprend qu'ils passent dans la grande et petite Pologne et dans la Lithuanie6 : on a mandé de Dresde à M. de Réaumur qu'ils nichaient dans les environs de Pétersbourg; M. Linnœus a avancé, apparemment sur de bons mémoires, qu'ils passent l'été et par conséquent font leur ponte dans les pays qui sont au delà de la Suèd-e, mais ses correspomlants ne lui ont appris aucun détail sur celte ponte et ses circonstances ; enfin M. de Strahlemberg a dit à Frisch qu'il en avait trouvé en Tartarie dans des trous de rochers : c'est sans doute dans ces trous qu'ils font leurs nids. Au reste, quel que soit le domicile de choix des jaseurs, je veux dire celui où rencontrant une température convenable, une nourriture abondante et facile, et toutes les commodités relatives à leur façon de vivre, ils jouissent de l'existence et se sentent pressés de la transmettre à une nouvelle génération, toujours est-il vrai qu'ils ne sont rien moins que sédentaires, et qu'ils font des excursions dans toute l'Europe : ils se montrent quelquefois au nord de l'Angleterre0, en France d, en Italie % et sans doute en Espagne ; mais sur ce dernier article nous en sommes réduits aux simples conjectures, car il faut avouer que l'histoire naturelle de ce beau royaume, si riche, si voisin de nous, habité par une nation si renommée à tant d'autres égards, ne nous est guère plus connue que celle de la Californie et du Japon L

Les migrations des jaseurs sont assez régulières dans chaque pays quant à la saison ; mais s'ils voyagent tous les ans, comme AIdrovande l'avait ouï dire, il s'en faut bien qu'ils tiennent constamment la même route. Le jeune prince Adam d'Aversperg , chamhellan de leurs Majestés Impériales, l'un des seigneurs de Bohême qui a les plus belles chasses et qui en fait le plus

a. Frisch assure, d'après les habitants du pays, que les jaseurs ne nichent pas dans la Bohème et qu'ils viennent de plus loin, pi. 32. 6. Auctuarium , etc., pag. 382.

c. Le sujet représenté dans la Zoologie Britannique , pi. ci, avait été tiré sur les marais de Flamborough, dans la province d'York, et les deux qu'a vus le docteur Lister avaient été tués aux environs de la capitale de cette même province. Voyez la lettre de ce docteur à M. Ray, dans les Transactions philosophiques , n° 175, art. 3.

d. Il y a quelques années qu'il fut tué un jaseur à Marcilly près la Ferté-Lowendhal : depuis peu on en a pris quatre dans la Beauce au fort de l'hiver, lesquels s'étaient réfugiés dans un colombier. Voyez Salerne, Hist. nat. des oiseaux, p. 253.

e. Aldrovandi Ornitholagia , p. 796.

f. Il parait que Gessner n'avait point vu le jaseur, et il dit qu'il est rare presque partout , d'où l'on peut conclure qu'il est rare au moins en Suisse. De Avibus , p. 520 et 703.

noble usage, puisqu'il les fait contribuer au progrès de l'histoire naturelle, nous apprend, dans un Mémoire adressé à M. de Buffona, que cet oiseau passe tous les trois ou quatre ans6 des montagnes de Bohême et de Styrie dans l'Autriche au commencement de l'automne, qu'il s'en retourne sur la fin de celle saison, et que même en Bohême on n'en voit pas un seul pendant l'hiver; cependant on dit qu'en Silésie c'est en hiver qu'il se trouve de ces oiseaux sur les montagnes : ceux qui se sont égarés en France et en Angleterre y ont paru dans le fort de l'hiver, et toujours en petit nombre % ce qui donnerait lieu de croire que ce n'était en effet que des égarés qui avaient été séparés du gros de la troupe par quelque accident et qui étaient ou trop fatigués pour rejoindre leurs camarades, ou trop jeunes pour retrouver leur chemin. On pourrait encore inférer de ces faits que la France et l'Angleterre, de même que la Suisse, ne sont jamais sur la route que suivent les colonnes principales; mais on n'en peut pas dire autant de l'Italie, car on a vu plusieurs fois ces oiseaux y arriver en très-grand nombre, notamment en l'année 1571, au mois de décembre : il n'était pas rare d'y en voir des volées de cent et plus, et on en prenait souvent jusqu'à quarante à la fois. La même chose avait eu lieu au mois de février 1530 d, dans le temps que Charles-Quint se faisait couronner à Bologne ; car, dans les pays où ces oiseaux ne se montrent que de loin en loin, leurs apparitions font époque dans l'histoire politique, et d'autant plus que lorsqu'elles sont très-nombreuses elles passent, on ne sait trop pourquoi, dans l'esprit des peuples pour annoncer la peste, la guerre ou d'autres malheurs; cependant il faut excepter de ces malheurs au moins les tremblements de terre, car dans l'apparition de 1551 on remarqua que les jaseurs qui se répandirent dans le Modenois, le Plaisantin et dans presque toutes les parties de l'Italie % évitèrent constamment d'entrer dans le Ferrarais, comme s'ils eussent pressenti le tremblement de terre qui s'y fit peu de temps après et qui mit en fuite les oiseaux même du pays f.

a. Ce prince a accompagné son Mémoire d'un jaseur empaillé qu'il conservait dans sa collection et dont il a fait présent au Cabinet du Roi.

b. D'autres disent tous les cinq ans, d'autres tous les sept ans. Voyez Gessner, p. 703. Frisch, pi. 32.

c. Les deux dont parle le docteur Lister furent tués près d'York sur la fin de janvier ; les quatre dont parle Salerne furent trouvés dans un colombier de la Beauce au fort de l'hiver. On avait dit à Gessner que cet oiseau ne paraissait que rarement, et presque toujours en temps d'hiver, p. 520 ; mais dans le langage ordinaire le mot hiver peut bien signifier la fin de l'automne, qui est souvent la saison des frimas.

d. Comme l'Italie est un pays plus chaud que l'Allemagne, ils peuvent s'y trouver encore plus tard, et je ne doute pas que dans des pays plus septentrionaux ils ne restassent une grande partie de l'hiver dans les années où cette saison ne serait pas rigoureuse.

e. Voyez Aldrovandi Ornithologia, t. I , p. 800. Il est vrai que cet auteur ne parle à l'endioit cité que du Plaisantin et du Modenois, mais il avait dit plus haut qu'on lui avait envoyé des jaseurs sous différents noms de presque tous les cantons d'Italie , p. 79G.

f. Ibidem , t. I , page 800.

On ne sait pas précisément quelle est la cause qui les détermine à quitter ainsi leur résidence ordinaire pour voyager au loin : ce ne sont pas les grands froids, puisqu'ils se mettent en marche dès le commencement de l'automne, comme nous l'avons vu, et que d'ailleurs ils ne voyagent que tous les trois ou quatre ans, ou même que tous les six ou sept ans, et quelquefois en si grand nombre que le soleil en est obscurci a : serait-ce une excessive multiplication qui produirait ces émigrations prodigieuses, ces sortes de débordements, comme il arrive dans l'espèce des sauterelles, dans celle de ces rats du Nord, appelés lemings, et comme il est arrivé même à l'espèce humaine dans les temps où elle était moins civilisée, par conséquent plus forte, plus indépendante de l'équilibre qui s'établit à la longue entre toutes les puissances de la nature6? ou bien les jaseurs seraient-ils chassés de temps en temps de leurs demeures par des disettes locales qui les forcent d'aller chercher ailleurs une nourriture qu'ils ne trouvent point chez eux? On prétend que, lorsqu'ils s'en retournent, ils vont fort loin dans les pays septentrionaux, et cela est confirmé par le témoignage de M. le comte de Strahlemberg, qui, comme nous l'avons dit plus haut, en a vu dans la Tartarie °.

La nourriture qui plaît le plus à cet oiseau lorsqu'il se trouve dans un pays de vignes, ce sont les raisins, d'où Aldrovande a pris occasion de lui donner le nom à'ampelis, qu'on peut rendre en français par celui de vinette. Après les raisins, il préfère, dit-on, les baies de troène, ensuite celles de rosier sauvage, de genièvre, de laurier, les pignons, les amandes, les pommes, les sorbes, les groseilles sauvages, les figues, et en général tous les fruits fondants et qui abondent en suc : celui qu'Aldrovande a nourri pendant près de trois mois ne mangeait des baies de lierre et de la chair crue qu'à toute extrémité, et il n'a jamais touché aux grains; il buvait souvent et à huit ou dix reprises à chaque fois d. On donnait à celui qu'on a tâché d'élever dans la ménagerie de Vienne de la mie de pain blanc, des carottes hachées, du chènevis concassé et des grains de genièvre, pour lequel il montrait un appétit de préférence e; mais, malgré tous les soins qu'on a pris pour le conserver, il n'a vécu que cinq ou six jours : ce n'est pas que le jaseur soit difficile à apprivoiser et qu'il ne se façonne en peu de temps à l'esclavage; mais un oiseau accoutumé à la liberté, et par conséquent à pourvoir lui-même à tous ses besoins, trouvera toujours mieux ce qui lui convient en pleine campagne que dans la volière la mieux adminis-

a. « Anno 1552, inter Moguntiam et Bingam juxta Rherjum, maximis examinihus appa- « rueruiit in tantà copia ut subito quà transvolabant, ex umbrà earum veluti nox appareret. » Gessner, p. 703.

b. Vojezl'Hist. nat. générale et particulière , t. VI, p. 147. e. Fiisch, planche 32.

d. Aklrovande, page 800.

c. Mémoire du prince d'Averspcrg.

trée. M. de Réaumur a observé que les jaseurs aiment la propreté et que ceux qu'on tient clans les volières font constamment leurs ordures dans le même endroit a.

Ces oiseaux sont d'un caractère tout à fait social : ils vont ordinairement par grandes troupes et quelquefois ils forment des volées innombrables ; mais outre ce goût général qu'ils ont pour la société, ils paraissent capables entre eux d'un attachement de choix et d'un sentiment particulier de bienveillance, indépendant même de l'attrait réciproque des sexes; car nonseulement le mâle et la femelle se caressent mutuellement et se donnent tour à tour à manger, mais on a observé les mêmes marques de bonne intelligence et d'amitié de mâle à mâle, comme de femelle à femelle. Celte disposition à aimer, qui est une qualité si agréable pour les autres, est souvent sujette à de grands inconvénients pour celui qui en est doué ; elle suppose toujours en lui plus de douceur que d'activité, plus de confiance que de discernement, plus de simplicité que de prudence, plus de sensibilité que d'énergie, et le précipite dans les pièges que des êtres moins aimants et plus dominés par l'intérêt personnel multiplient sous ses pas : aussi ces oiseaux passent-ils pour être des plus stupides, et ils sont de ceux que l'on prend en plus grand nombre. On les prend ordinairement avec les grives qui passent en même temps, et leur chair est à peu près de même goût6, ce qui est assez naturel vu qu'ils vivent à peu près des mêmes choses; j'ajoute qu'on en tue beaucoup à la fois parce qu'ils se posent fort près les uns des autres".

Ils ont coutume de faire entendre leur cri lorsqu'ils partent ; ce cri est si,zi, ri: selon Frisch et tous ceux qui les ont vus vivants, c'est plutôt un gazouillement qu'un chant d, et le nom de jaseur qui leur a été donné indique assez que, dans les lieux où on les a nommés ainsi, on ne leur connaissait ni le talent de chanter, ni celui de parler qu'ont les merles; car jaser n'est ni chanter, ni parler. M. de Réaumur va même jusqu'à leur disputer le titre de jaseurs e; néanmoins le prince Aversperg dit que leur chant est très-agréable. Cela se peut concilier : il est très-possible que le jaseur ait un chant agréable dans le temps de l'amour, qu'il se fasse entendre dans les pays où il perpétue son espèce, que partout ailleurs il ne fasse que gazouiller et que jaser, lors même qu'il est en liberté; enfin que dans des cages étroites il ne dise rien du tout.

a. Voyez Hist. nat. des oiseaux de Salerne , page 253.

b. Gessner nous dit que c'est un gibier délicat qu'on sert sur les meilleures tables, et dont le foie surtout est fort estimé. Le prince d' Aversperg assure que la chair du jaseur est d'un goût pi cf érable à celle de la grive et du merle ; et d'autre côté Schwenckfeld avance que c'est un manger médiocre et peu sain ; et tout cela dépend beaucoup de la qualité des choses dont l'oiseau s'est nouiri.

c. Frisch, pi. 32.

d. Idem , Ibidem.

e. Oiseaux de Salerne , page 233.

Son plumage est agréable dans l'état de repos ; mais pour en avoir une idée complète, il faut le voir lorsque l'oiseau déploie ses ailes, épanouit sa queue et relève sa huppe, en un mot lorsqu'il étale toutes ses beautés, c'està-dire qu'il faut le voir voler, mais le voir d'un peu près. Ses yeux, qui sont d'un beau rouge, brillent d'un éclat singulier au milieu de la bande noire sur laquelle ils sont placés; ce noir s'étend sous la gorge et tout autour du bec; la couleur vineuse plus ou moins foncée de la tête, du cou, du dos et de la poitrine, et la couleur cendrée du croupion sont entourées d'un cadre émaillé de blanc, de jaune et de rouge, formé par les différentes taches des ailes et de la queue ; celle-ci est cendrée à son origine, noirâtre dans sa partie moyenne et jaune à son extrémité ; les pennes des ailes sont noirâtres, les troisième et quatrième marquées de blanc vers la pointe, les cinq suivantes marquées de jaune, toutes les moyennes de blanc, et la plupart de celles-ci terminées par ces larmes plates de couleur rouge dont j'ai parlé au commencement de cet article. Le bec et les pieds sont noirs et plus courts à proportion que dans le merle. La longueur totale de l'oiseau est, selon M. Brisson, de sept pouces un quart, sa queue de deux un quart, son bec de neuf lignes, ainsi que son pied, et son vol de treize pouces. Pour moi, j'en ai observé un qui avait toutes les dimensions plus fortes : peutêtre que celle différence de grandeur n'indique qu'une variété d'âge ou de sexe, ou peut-être une simple variété individuelle.

J'ignore quelle est la livrée des jeunes, mais Aldrovande nous apprend que le bord de la queue est d'un jaune moins vif dans les femelles, et qu'elles ont sur les pennes moyennes des ailes des marques blanchâtres et non pas jaunes comme elles sont dans les mâles : il ajoute une chose difficile à croire, quoiqu'il l'atteste d'après sa propre observation, c'est que dans les femelles la queue est composée de douze pennes, au lieu que, selon lui, elle n'en a que dix dans les mâles. Il est plus aisé, plus naturel de croire que le mâle ou les mâles observés par Aldrovande avaient perdu deux de ces pennes.

Variété du Jaseur.

On a dû remarquer, en comparant les dimensions relatives du jaseur, qu'il avait beaucoup plus de vol à proportion que notre merle et nos grives. De plus, Aldrovande ° a observé qu'il avait le sternum conformé de la manière la plus avantageuse pour fendre l'air et seconder l'action des ailes; on ne doit donc pas être surpris s'il entreprend quelquefois de si longs voyages dans notre Europe: et comme d'ailleurs d passe l'été dans les pays septentrionaux, on doit naturellement s'attendre à le retrouver en Amé-

u. Ornithologia, t. I, p. 800.

Ui LE JASEUR.

rique ; aussi l'y a-t-on trouvé en effet. Il en était venu plusieurs à M. de Réaumurde Canada ' , où on lui a donné le nom de récollet a, à cause de quelque similitude observée entre sa huppe et le froc d'un moine b. Du Canada il a pu facilement se répandre et il s'est répandu du côté du sud. Catesby l'a décrit parmi les oiseaux de la Caroline; Fernandez l'a vu dans le Mexique aux environs de Tescuco % et j'en ai observé un qui avait été envoyé de Cayenne. Cet oiseau ne pèse qu'une once selon Catesby; il a une huppe pyramidale lorsqu'elle est relevée, le bec noir et à large ouverture, les yeux placés sur une bande de même couleur, séparée du fond par deux traits blancs, l'extrémité delà queue bordée d'un jaune éclatant; le dessus de la tète, la gorge, le cou et le dos d'une couleur de noisette vineuse plus ou moins foncée; les couvertures et les pennes des ailes, le bas du dos, le croupion et une grande partie de la queue de différentes teintes de cendré, la poitrine blanchâtre ainsi que les couvertures inférieures de la queue ; le le ventre et les flancs d'un jaune pâle d. Il paraît, d'après cette description et d'après les mesures prises, que ce jaseur américain est un peu plus petit que celui d'Europe, qu'il a les ailes moins émaillées et d'une couleur un peu plus rembrunie, enfin que ces mêmes ailes ne s'étendent pas aussi loin par rapporta la queue; mais c'est évidemment le même oiseau que notre jaseur, et il a comme lui sept ou huit des pennes moyennes de l'aile terminées par ces petits appendices rouges qui caractérisent cette espèce. M. Brooke, chirurgien dans le Maryland, a assuré à M. Edwards que les femelles étaient privées de ces appendices, et qu'elles n'avaient pas les couleurs du plumage aussi brillantes que les mâles; le jaseur de Cayenne que j'ai observé n'avait pas, en effet, ces mêmes appendices, et j'ai aussi remarqué quelques légères différences dans son plumage, dont les couleurs étaient un peu moins vives, comme c'est l'ordinaire dans les femelles.

a. C'est le chalerer de Catesby (pi. 46 ) et d'Edwards (pi. 242), le caquantototl de Fernandez (cap ccxv); en allemand, grauer seiden-schwantz.

b. Oiseaux de Salerne, page 253.

c. 11 dit qu'il se plait dans les montagnes , qu'il vit de petites graines , que son chant n'a rien de remarquable , et que sa chair est un manger médiocre.

d. Yoyezl'Ornithologie de M. Brisson, t. II, page 337.

1. « L'Amérique en aune espèce extrêmement semblable, mais un peu plus petite (ampelis « garrulus , b. Linn.), ampelis americana \V ils. , bumbycilla cedrorum Vieill. — Il y en a « une au Japon {bombycilla phœnicoptera Temm.),'qui n'a point d'appendices aux ailes, et « dont le bout de la queue et des petites couvertures de l'aile est rouge. » (Cuvier.)

Le gros-bec est un oiseau qui appartient à notre climat tempéré, depuis l'Espagne et l'Italie jusqu'en Suède. L'espèce, quoique assez sédentaire, n'est pas nombreuse; on voit toute l'année cet oiseau dans quelques-unes de nos provinces de France, où il ne disparaît que pour très-peu de temps pendant les hivers les plus rudes'; l'été il habite ordinairement les bois, quelquefois les vergers, et vient autour des hameaux et des fermes en hiver. C'est un animal silencieux dont on entend très-rarement la voix, et qui n'a ni chant ni même aucun ramage décidé0; il semble qu'il n'ait pas l'organe de l'ouïe aussi parfait que les autres oiseaux, et qu'il n'ait guère plus d'oreille que de voix, car il ne vient point à l'appeau, et, quoique habitant des bois, on n'en prend pas à la pipée. Gessner, et la plupart des naturalistes après lui, ont dit que la chair de cet oiseau est bonne à manger; j'en ai voulu goûter et je ne l'ai trouvée ni savoureuse ni succulente.

J'ai remarqué qu'en Bourgogne il y a moins de ces oiseaux en hiver qu'en été, et qu'il en arrive un assez grand nombre vers le 10 d'avril; ils volent par petites troupes et vont en arrivant se percher dans les taillis; ils nichent sur les arbres et établissent ordinairement leur nid d à dix ou

o. Le gros-bec , ainsi nommé parce que son bec est plus gros que son corps ne parait le comporter. On l'appelle aussi pinson à gros bec et mangeur de noyaux; dans le Maine, pinson royal; en Picardie, grosse-téte; en Sologne, malouasse ou amalouasse gare, pinson maillé ou ébuurgeonneux, de même que le bouvreuil , en Champagne , casse-rognon , casse-noix ou casse-noyaux ; en Saintonge, gros pinson ou pinson d'Espagne; en Périgord, durbec ; le tout selon AI. Salerne. En quelques endroits, geai de bataille, coche-pierre ; suivant Gessner, qui a appliqué à cet oiseau le nom grec et latin , « coccothraustes , quod rostro suo coccos et inte- « riora grana sive ossicula cerasorum confriugere soleat ut nucleis vescatur. » Ce nom néanmoins pouvait appartenir à tout autre oiseau qui a ces mêmes habitudes; car Hesychius et Vairon , qui sont les seuls auteurs anciens où l'on trouve le nom des coccothraustes , ue le désignent en aucune façon et disent seulement, « coccothraustes avis quaedam est. »

b. On aurait peine à concilier cette observation dont je crois être sur, avec ce que disent les auteurs de la Zoologie Britannique, qu'on le voit rarement en Angleterre , et qu'il n'y parait jamais qu'en hiver; à moins de supposer que comme il y a peu de bois en Angleterre il y a aussi très-peu de ces oiseaux qui ne se plaisent que dans les bois , et que comme ils n'approchent des lieux habités que pendant l'hiver, les observateurs n'en auront vu que dans cette saison.

c. M. Salerne dit que cet oiseau ne chante pas d'une manière désagréable , et un peu plus bas il ajoute que Belon a raison de dire qu'on le garde rarement en cage, parce qu'il ne dit mot ou qu'il chante mal. Il faut écrire avec bien peu de soin pour dire ainsi deux choses contradictoires dans la même page; ce que je puis dire moi-même, c'est que je n'ai jamais entendu chanter ou si: fier aucun de ces oiseaux, que j'ai gardés longtemps dans des volières, et que les gens les plus accoutumés à fréquenter les bois m'ont assuré n'avoir que rarement entendu leur voix. Le mâle l'a néanmoins plus forte et plus fréquente que la femelle, qui ne rend qu'un son unique, un peu traîné et enroué, qu'elle répète de temps en temps.

d. Nid de gros-bec trouvé le 24 avril 1774 , sur un prunier à 10 ou 12 pieds de hauteur, dans une bifurcation de branche , de forme ronde hémisphérique , composé en dehors de petites

* Loxia coccothraustes ( Linn. ). — Le gros-bec commun. — Ordre id., famille des Conirostres, genre Gros-Becs (Cuv.).

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douze pieds de hauteur à l'insertion des grosses branches contre le tronc; ils le composent comme les tourterelles avec des bûchettes de bois sec et quelques petites racines pour les entrelacer ; ils pondent communément cinq œufs bleuâtres tachetés de brun. On peut croire qu'ils ne produisent qu'une fois l'année, puisque l'espèce en est si peu nombreuse; ils nourrissent leurs petits d'insectes, de chrysalides, etc., et, lorsqu'on veut les dénicher, ils les défendent courageusement et mordent bien serré; leur bec épais et fort leur sert à briser les noyaux et autres corps durs; et, quoiqu'ils soient granivores, ils mangent aussi beaucoup d'insectes : j'en ai nourri longtemps dans des volières, ils refusent la viande, mais mangent de tout le reste assez volontiers; il faut les tenir dans une cage particulière, car sans paraître hargneux, et sans mot dire, ils tuent les oiseaux (plus faibles qu'eux) avec lesquels ils se trouvent enfermés; ils les attaquent non en les frappant de la pointe du bec, mais en pinçant la peau et emportant la pièce. En liberté ils vivent de toutes sortes de grains, de noyaux ou plutôt d'amandes de fruits; les loriots mangent la chair des cerises et les gros-becs cassent les noyaux et en mangent l'amande. Ils vivent aussi de graines de sapins, de pins, de hêtres, etc.

Cet oiseau solitaire et sauvage, silencieux , dur d'oreille et moins fécond que la plupart des autres oiseaux, a toutes ses qualités plus concentrées en lui-même, et n'est sujet à aucune des variétés qui , presque toutes, proviennent de la surabondance de la nature. Le mâle et la femelle sont de la même grosseur et se ressemblent assez °. Il n'y a dans notre climat aucune

racines et d'un peu de lichen; en dedans de petites racines plus menues et plus fines; contenant quatre œufs de forme ovoïde un peu pointue : grand diamètre 9 à 10 lignes; petit diamètre 6 lignes : taches d'un brun olivâtre , et des traits irréguliers noirâtres peu marqués sur un fond vert-clair-bleuàtre. Note communiquée par M. Gueneau de Montbeillard.

a. Quelqu'un qui n'aurait pas comparé ces oiseaux en nature, et qui s'en rapporterait à la description de M. Brisson, croirait qu'il y a de grandes différences entre la femelle et le mâle, d'autant que cet auteur dit positivement que « la femelle diffère du mâle par ses couleurs qui, « outre qu'elles ne sont pas si vives , sont différentes en quelques endroits , » et il ajoute à cela nne page et demie d'écriture pour rémunération de ces prétendues différences ; mais, dans le vrai et en peu de mots , toutes ces différences se réduisent, comme il le dit lui-même, à un peu moins de vivacité dans les couleurs de la femelle et en ce qu'elle a du gris-blanc au lieu de noir depuis l'œil jusqu'à la base du bec ; au reste il y a peu d'oiseaux dans lesquels la différence des sexes en produise moins que dans celui-ci. — La première penne de l'aile n'est pas la plus longue de toutes, et elle a une tache blanche sur son côté intérieur comme la seconde et les suivantes où M. Brisson l'a vue sans parler de la première penne (t. III, p. 222). Cet oiseau a le vol un peu plus étendu que ne le dit M. Brisson; le bec supérieur cendré, mais d'une teinte plus claire près de la base; le bec inférieur cendré sur les bords qui se resserrent, en sorte qu'ils s'emboîtent dans le bec supérieur ; le dessous est couleur de chair avec une teinte cendrée. La langue est charnue, petite et pointue; le gésier très-musculeux, précédé d'une poche contenant en été des grains de chèuevis concassés , des chenilles vertes presque entières^ de très-petites pierres , etc. Dans un sujet que j'ai disséqué dernièrement , le tube intestinal du pharynx au jabot avait 3 pouces 5 de longueur, du gésier à l'anus environ un pied. Il n'y avait point de cœcum, ni de vésicule de fiel. Observations communiquées par M. Gueneau de Montbeillard, le 22 avril 1774.

race différente, aucune variété de l'espèce, mais il y a beaucoup d'espèces étrangères qui paraissent en approcher plus ou moins, et dont nous allons faire l'énumération dans l'article suivant.

L'espèce du bec-croisé est très-voisine de celle du gros-bec : ce sont des oiseaux de même grandeur, de même figure, ayant tous deux le même naturel, les mêmes appétits0, et ne différant l'un de l'autre que par une espèce de difformité qui se trouve dans le bec; et cette difformité du beccroisé, qui seule distingue cet oiseau du gros-bec, le sépare aussi de tous les autres oiseaux, car il est l'unique qui ait ce caractère ou plutôt ce défaut : et la preuve que c'est plutôt un défaut, une erreur de nature, qu'un de ses traits constants, c'est que le type en est variable, tandis qu'en tout il est fixe, et que toutes ses productions suivent une loi déterminée dans leur développement et une règle invariable dans leur position, au lieu que le bec de cet oiseau se trouve croisé, tantôt à gauche et tantôt à droite, dans différents individus. Et comme nous ne devons supposer à la nature que des vues fixes et des projets certains, invariables dans leur exécution, j'aime mieux attribuer cette différence de position à l'usage que cet oiseau fait de son bec, qui serait toujours croisé du même côté si de certains individus ne se donnaient pas l'habitude de prendre leur nourriture à gauche au lieu de la prendre à droite, comme dans l'espèce humaine on voit des personnes se servir de la main gauche de préférence à la droite. L'ambiguité de position dans le bec de cet oiseau est encore accompagnée d'un autre défaut qui ne peut que lui être très-incommode : c'est un excès d'accroissement dans chaque mandibule du bec; les deux pointes ne pouvant se rencontrer, l'oiseau ne peut ni becqueter, ni prendre de petits grains, ni saisir sa nourriture autrement que de côté ; et c'est par cette raison que s'il a commencé à la prendre à droite, le bec se trouve croisé à gauche, et vice versa.

Mais comme il n'existe rien qui n'ait des rapports et ne puisse par conséquent avoir quelque usage1, et que tout être sentant tire parti même de

a. L'espèce du bec-croisé a paru à M. Frisch si voisine de celle du gros-bec, qu'il dit expressément qn'on pourrait les apparier ensemble pour en tirer des mulets, mais que comme tous deux ne chantent pas ou chantent mal, ils ne méritent pas qu'on prenne cette peine. Frisch, t. I , pi. 2 , art. 6.

* Loxia curvirostra (Linn. ). — Ordre et famille id., genre Becs-Croisés (Cuvier).

1. Rien qui n'ait des rapports, et ne puisse avoir des usages. Mais que devient donc l'opposition systématique aux causes finales? — Je fais ici cette remarque, parce que l'article du lec-croisé (ainsi que celui du gros-bec) est de Buffon. — Voyez toutes mes notes précédentes sur les causes finales.

ses défauts, ce bec difforme, crochu en haut et en bas, courbé par ses extrémités en deux sens opposés, paraît fait exprès1 pour détacher et enlever les écailles des pommes de pin et tirer la graine qui se trouve placée sous chaque écaille : c'est de ces graines dont cet oiseau fait sa principale nourriture ; il place le crochet inférieur de son bec au-dessous de l'écaillé pour la soulever, et il la sépare avec le crochet supérieur; on lui verra exécuter cette manœuvre en suspendant dans sa cage une pomme de pin mûre a. Ce bec crochu est encore utile à l'oiseau pour grimper : on le voit s'en servir avec adresse lorsqu'il est en cage pour monter jusqu'au haut des juchoirs ; il monte aussi tout autour de la cage, à peu près comme le perroquet, ce qui, joint à la beauté de ses couleurs, l'a fait appeler par quelques-uns perroquet d'Allemagne.

Le bec-croisé n'habite que les climats froids ou les montagnes dans les pays tempérés. On le trouve en Suède, en Pologne, en Allemagne, en Suisse, dans nos Alpes et dans nos Pyrénées. Il est absolument sédentaire dans les contrées qu'il habite et y demeure toute l'année; néanmoins ils arrivent quelquefois comme par hasard et en grandes troupes dans d'autres pays; ils ont paru en 1756 et 1757 dans le voisinage de Londres en grande quantité ; ils ne viennent point régulièrement et constamment à des saisons marquées, mais plutôt accidentellement par des causes inconnues'; on est souvent plusieurs années sans en voir. Le casse-noix et quelques autres oiseaux sont sujets à ces mêmes migrations irrégulières et qui n'arrivent qu'une fois en vingt ou trente ans. La seule cause qu'on puisse s'imaginer, c'est quelque intempérie dans le climat qu'habitent ces oiseaux, qui, dans de certaines années, aurait détruit ou fait avorter les fruits et les graines dont ils se nourrissent; ou bien quelque orage, quelque ouragan subit qui les aura tous chassés du môme côté, car ils arrivent en si grand nombre et en même temps si fatigués, si battus, qu'ils n'ont plus de souci de leur conservation, et qu'on les prend, pour ainsi dire, à la main sans qu'ils fuient.

Il est à présumer que l'espèce du bec-croisé, qui habite les climats froids de préférence, se trouve dans le nord du nouveau continent, comme dans celui de l'ancien; cependant aucun voyageur en Amérique n'en fait mention; mais ce qui me porte à croire qu'on doit l'y trouver, c'est qu'indépendamment de la présomption générale toujours avérée, confirmée par le fait, que tous les animaux qui ne craignent pas le froid ont passé d'un continent à l'autre et sont communs à tous deux 2, le bec-croisé se trouve

a. Fiisch , planche 3 , ait. 6.

b. Edwards, Glanures, page 197.

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