Parait fait exprès. Voyez la note précédente
2. Cas particulier, et très-vrai , de la loi générale des climats. — Voyez mes notes précédentes sur la disttibution géographique des animaux.
en Groenland, d'où il a été apporté à M. Edwards par des pêcheurs de haleines", et ce naturaliste, plus versé que personne dans la connaissance des oiseaux, remarque avec raison que les oiseaux , tant aquatiques que terrestres, qui fréquentent les hautes latitudes du Nord, se répandent indifféremment dans les parties moins septentrionales de l'Amérique et de l'Europe6.
Le bec-croisé est l'un des oiseaux dont les couleurs sont les plus sujettes à varier : à peine trouve-t-on, dans un grand nombre, deux individus semblables, car non-seulement les couleurs varient par les teintes, mais encore par leur position, et dans le même individu, pour ainsi dire, dans toutes les saisons et dans tous les âges. M. Edwards, qui a vu un très-grand nombre de ces oiseaux , et qui a cherché les extrêmes de ces variations, peint le mâle d'un rouge couleur de rose, et la femelle d'un vert jaunâtre; mais, dans l'un et dans l'autre, le bec, les yeux, les jambes et les pieds sont absolument de la même forme et des mêmes couleurs. Gessner dit avoir nourri un de ces oiseaux, qui était noirâtre au mois de septembre, et qui prit du rouge dès le mois d'octobre °; il ajoute que les parties où le rouge commence à paraître sont le dessous du cou, la poitrine et le ventre, qu'ensuite le rouge devient jaune, que c'est surtout pendant l'hiver que les couleurs changent, et qu'on prétend qu'en différents temps elles tirent sur le rouge, sur le jaune, sur le vert et sur le gris cendré. Il ne faut donc pas faire une espèce ou une variété particulière, comme l'ont fait nos nomenclateurs modernes d, d'un bec-croisé verdâtre trouvé dans les Pyrénées, puisqu'il se trouve également ailleurs, et que dans certaines saisons il y en a partout de cette couleur. Selon Frisch, qui connaissait parfaitement ces oiseaux, qui sont communs en Allemagne, la couleur du mâle adulte est rougeâtre ou d'un vert mêlé de rouge; mais ils perdent ce rouge, comme les linottes, lorsqu'on les tient en cage, et ne conservent que le vert, qui est la couleur la plus ûxe, tant dans les jeunes que dans les vieux; c'est par cette raison qu'on l'appelle en quelques endroits de l'Allemagne krinis ou grUnitz, comme qui dirait oiseau verdâtre. Ainsi les deux extrêmes de couleur n'ont pas été bien saisis par M. Edwards : il n'est pas à présumer, comme ses figures coloriées l'indiquent, que le mâle soit rouge et la femelle verte, et tout porte à croire que, dans la même saison et au même âge, la femelle ne diffère du mâle qu'en ce qu'elle a les couleurs plus faibles.
Cet oiseau, qui a tant de rapport au gros-bec, lui ressemble encore par
a. Edwards , Glanures, page 197.
b. Idem , ibidem.
c. Gessner, Avi., pag. 591.
d. « Loxia pyrenaïca, et sub rufo nigricans ; cervice et capite coccineis. » Barrère, Ornithol., cl. 3 , gen. 18, sp 2. — Loxia rufescens. Le bec-croisé roussàtre. Brisson , Ornithol., p. 332.
son peu de génie; il est plus bête que les autres oiseaux, on l'approche aisément, on le tire sans qu'il fuie, on le prend quelquefois à la main; et comme il est aussi peu agile que peu défiant, il est la victime de tous les oiseaux de proie : il est muet pendant l'été, et sa voix, qui est fort peu de chose, ne se fait entendre qu'en hiver a; il n'a nulle impatience dans la captivité, il vit longtemps en cage; on le nourrit avec du chènevis écrasé, mais cette nourriture contribue à lui faire perdre plus promptement son rouge". Au reste, on prétend qu'en été sa chair est assez bonne à manger6. Ces oiseaux ne se plaisent que dans les forêts noires de pins et de sapins; ils semblent craindre le beau jour et ils n'obéissent point à la douce influence des saisons: ce n'est pas au printemps mais au fort de l'hiver que commencent leurs amours; ils font leurs nids dès le mois de janvier, et leurs petits sont déjà grands lorsque les autres oiseaux ne commencent qu'à pondre; ils établissent le nid sous les grosses branches des pins et l'y attachent avec la résine de ces arbres; ils l'enduisent de celte matière, en sorte que l'humidité de la neige ou des pluies ne peut guère y pénétrer; les jeunes ont, comme les autres oiseaux, le bec, ou plutôt les coins de l'ouverture du bec jaunes, et ils le tiennent toujours ouvert tant qu'ils sont dans l'âge de recevoir la becquée. On ne dit pas combien ils font d'oeufs, mais on peut présumer par leur grandeur, leur taille et leurs autres rapports avec les gros-becs, qu'ils en pondent quatre ou cinq, et qu'ils ne produisent qu'une seule fois dans l'année.