OU LE BLANCHE-RAIE
Je donne à cette espèce nouvelle, apportée par M. de Bougainville, le nom de blanche-raie, à cause d'une longue raie blanche qui, de chaque côté, prenant naissance près de la commissure des deux pièces du bec. semble passer par-dessous l'œil, puis reparaît au delà pour descendre le long du cou. Cette raie blanche fait d'autant plus d'effet, qu'elle est environnée, au-dessus etau-dessoUs, de couleurs très-rembrunies : ces couleurs sombres dominent sur la partie supérieure du corps ; seulement les pennes des ailes et leurs couvertures sont bordées de fauve. La queue est d'un noir décidé, fourchue de plus, et ne s'étend pas beaucoup au delà des ailes, qui sont fort longues. Le dessous du corps, y compris la gorge, est d'un beau rouge cramoisi, moucheté de noir sur les côtés; la partie antérieure de l'aile est du même cramoisi, sans mouchetures, et cette couleur se retrouve encore autour des yeux et dans l'espace qui est entre l'œil et le bec. Ce bec, quoique obtus comme celui des étourneaux, et moins pointu que celui des troupiales, m'a paru cependant, à tout prendre, avoir plus de rapport avec celui des troupiales; et, si l'on ajoute à cela que le blanche-raie a beaucoup de la physionomie de ces derniers, on ne fera pas difficulté de le regarder comme faisant la nuance entre ces deux espèces, qui d'ailleurs ont beaucoup de rapports entre elles.
LES TROUPIALES.
Ces oiseaux ont, comme je viens de dire, beaucoup de rapports avec nos étourneaux d'Europe ; et ce qui le prouve, c'est que souvent le peuple et les naturalistes ont confondu ces deux genres et ont donné le nom d'étourneau à plus d'un troupiale: ceux-ci pourraient donc être regardés, à bien des, égards, comme les représentants de nos étourneaux en Amérique, concurremment avec les étourneaux américains dont je viens de parler, quoique cependant ils aient des habitudes très-ditférentes , ne fût-ce que dans la manière de construire leurs nids.
* Sturnus militaris (Cïmel. ).
2G LES TROUPIALES.
Le nouveau continent est la vraie patrie, la patrie originaire des troupiales et de tous les autres oiseaux qu'on a rapportés à ce genre, tels que les cassiques, les baltimores et les carouges ; et si l'on en cite quelques-uns, soi-disant de l'ancien continent, c'est parce qu'ils y avaient été transportés originairement d'Amérique : tels sont probablement le Iroupiale du Sénégal, appelé cap-more ', le carouge du cap de Bonne-Espérance2, et tous les prétendus troupiales de Madras, auxquels on a donné ce nom sans les avoir bien connus.
Je retrancherai donc du genre des troupiales : 1° les quatre espèces venant de Madras, et que M. Brisson a empruntées de M. Ray a, parce que la raison du climat ne permet pas de les regarder comme de vrais troupiales; que d'ailleurs je ne vois rien de caractéristique dans les descriptions originales, et que les figures des oiseaux décrits sont trop négligées pour qu'on puisse en tirer des marques distinctives qui les constituent troupiales plutôt que pies, geais, merles, loriots, gobe-mouches, etc. Un habile ornithologiste (M. Edwards) croit que le geai jaune et le geai-bouffe de Petiver, dont M. Brisson a fait son sixième et son quatrième troupiales, ne sont autre clrose que le loriot mâle et sa femelle b; que le geai bigarré de Madras, du même Petiver, dont M. Brisson a fait son cinquième troupiale, est son étourneau jaune des Indes c; et, enfin, que le troupiale huppé de Madras, dont M. Brisson a fait sa septième espèce d, est le même oiseau que le gobemouche huppé du cap de Bonne-Espérance du même M. Brisson e.
2° Je retrancherai le troupiale de Bengale , qui est le neuvième de M. Brisson t, puisque cet auteur s'est aperçu lui-même que c'était sa seconde espèce d'élourneau.
3° Je retrancherai encore le troupiale à queue fourchue, qui est le seizième de M. Brisson», et la grive noire de Seba h: tout ce qu'en dit ce dernier, c'est qu'il surpasse de beaucoup la grive en grosseur, que son plumage est noir, qu'il a le bec jaune, le dessous de la queue blanc, le dessus, ainsi que le dos, comme voilé par une légère teinte de bleu, et une queue longue,
a. Voyez l'Ornithologie de M. Brisson, t. II, pages 90 etsuiv., et le Synopsis avium de Ray, pages 194 et suiv.
b. Voyez les Oiseaux d'Edwards, planche 185.
c. Ibidem, planche 186.
d. Ornithologie, tome II, page 92.
e. Ibidem, page 418, le mâle; et 414, la femelle : il ajoute que si les deux longues pennes de la queue manquaient dans ces deux individus, c'est, ou parce qu'elles n'étaient pas encore venues, ou parce que la mue ou quelque autre accident les avait fait tomber. Voyez Edwards, planche 323.
f. Tome II, page 94.
g. Ibidem, page 105.
h. Tome I , page 102.