Oriolus textor (Gmel.). — C'est un tisserin
S. Oriolus capensis (Gmel. ). — Il est de la Louisiane et non du Cap.
LES TROUPIALES. 27
large et fourchue; enfin, qu'à la différence près dans la forme de la queue et dans la grosseur du corps, il avait beaucoup de rapport â notre grive d'Europe : or, je ne vois rien dans tout cela qui ressemble à un troupiale, et la figure donnée par Seba, et que M. Brisson trouve très-mauvaise, ne ressemble pas plus à un troupiale qu'à une grive.
4° Je retrancherai le carouge bleu Ile Madras", parce que, d'une part, il m'est fort suspect à raison du climat ; que, de l'autre, la figure ni la description de M. Ray n'ont absolument rien qui caractérise un carouge, et que même il n'en a pas le plumage : i! a, selon cet auteur, la tête, la queue et les ailes de couleur bleue, mais la queue d'une teinte plus claire ; le reste du plumage est noir ou cendré, excepté cependant le bec et les pieds, qui sont roussàtres.
5" Enfin, je retrancherai le troupiale des Indes6, non-seulement à cause de la différence du climat, mais encore pour d'autres raisons tout aussi fortes qui me l'ont fait placer ci-dessus entre les rolliers et les oiseaux de Paradis.
Au reste, quoiqu'on ait réuni dans un même genre avec les troupiales, comme je l'ai dit plus haut, les cassiques, les baltimores et les carouges, il ne faut pas croire que ces divers oiseaux n'aient pas des différences, et même assez caractérisées, pour constituer de petits genres subordonnés1, puisqu'ils en ont eu assez pour qu'on leur donnât des noms différents. En général, je suis en état d'assurer, d'après la comparaison faite d'un assez grand nombre de ces oiseaux, que les cassiques ont le bec plus fort, ensuite les troupiales, puis les carouges. A l'égard des baltimores, ils ont le bec non-seulement plus petit que tous les autres, mais encore plus droit et d'une forme particulière, comme nous le verrons plus bas. Ils paraissent d'ailleurs avoir d'autres mœurs et d'autres allures, ce qui suffit, ce me semble, pour m'autoriser à leur conserver leurs noms particuliers, et à traiter à part chacune de ces familles étrangères.
Les caractères communs que leur assigne M. Brisson, ce sont les narines découvertes, et le bec en cône allongé, droit et très-pointu. J'ai aussi remarqué que la base du bec supérieur se prolonge sur le crâne, en sorte que le toupet, au lieu de faire la pointe, fait au contraire un angle rentrant assez considérable; disposition qui se retrouve à la vérité dans quelques autres espèces, mais qui est plus marquée dans celles-ci.
a. M. Brisson, t. II, p. 125. M. Ray lui donne, d'après Petiver, le nom de petit geai bleu, petite pie de Madras; en langue du pays, Peach caye. Voyez Synopsis avium, pag. 195.
b. Brisson, tome VI, page 37. "
\. Petits genres subordonnés. Première idée de nos sous-genres.
23 LE TROUPIALE.
LE TROUPIALE.'1*
Ce qu'il y a de plus remarquable dans l'extérieur de cet oiseau, c'est son long bec pointu, les plumes étroites de sa gorge et la grande variété de son plumage : on n'y compte cependant que trois couleurs, le jaune orangé, le noir et le blanc; mais ces couleurs semblent se multiplier par leurs interruptions réciproques et par l'art de leur distribution : le noir est répandu sur la tête, la partie antérieure du cou, le milieu du dos, la queue et les ailes; le jaune orangé occupe les intervalles et tout le dessous du corps; il reparaît encore dans l'iris6 et sur la partie antérieure des ailes; le noir qui règne sur le reste est interrompu par deux taches blanches oblongues, dont l'une est située à l'endroit des couvertures de ces mêmes ailes, et l'autre à l'endroit de leurs pennes moyennes.
Les pieds et les ongles sont tantôt noirs et tantôt plombés; le bec ne parait pas non plus avoir de couleur constante; car il a été observé gris blanc dans les uns0, brun cendré dessus et bleu dessous dans les autres d; et, enfin, dans d'autres, noir dessus et brun dessous e.
Cet oiseau, qui a neuf à dix pouces de longueur de la pointe du bec au bout de la queue, en a quatorze d'envergure, et la tête fort petite, selon Marcgrave. Il se trouve répandu depuis la Caroline jusqu'au Brésil, et dans les îles Caraïbes. Il a la grosseur du merle; il sautille comme la pie et a beaucoup de ses allures, suivant M. Sloane ; il en a même le cri, selon Marcgrave; mais Albin assure qu'il ressemble dans toutes ses actions à l'étourneau, et il ajoute qu'on en voit quelquefois quatre ou cinq s'associer pour donner la chasse à un autre oiseau plus gros, et que, lorsqu'ils l'ont tué, ils dévorent leur proie avec ordre, chacun mangeant à son rang; cependant M. Sloane, qui est un auteur digne de foi, dit que les troupiales vivent d'insectes. Au reste, cela n'est pas absolument contradictoire; car tout animal qui se nourrit d'autres animaux vivants, quoique très-petits, est un animal de proie, et en dévorera à coup sûr de plus grands, s'il trouve l'occasion de
a C'est le troupiale de M. Brisson, t. II, p. 86. Il le nomme en latin icterus (l'un des noms latins du loriot, et qui ne peut convenir aux troupiales noirs); d'autres, pica , cissa, pi eus , (ardus, xanthoinus, coracias; les sauvages du Brésil, guira tangeima; ceux de la Guyane, yapou; nos colons, cul-jaune; les Anglais lui ont donné dans leur langue une partie des noms ci-dessus; Albin, celui d'oiseau de Banana.
b. Albin ajoute que l'œil est entouré d'une large bande de bleu; mais il est le seul qui l'ait vue, c'est apparemment une variété accidentelle.
e. Brisson, Ornithologie, t. II, p. 88.
d. Albin, t. II, p. 27.
e. Sloane, Jamaïca; et Marcgrave, Hist. DrasiL, p. 103.
* Oriolus iclerus (Linn. ). — C'est, pour Cuvier, un carouge, sous-genre détaché de celù des troupiales. a Les carouges ne diffèrent des troupiales que par leur bec tout à fait droit.» (Cuvier.)
LE TROUPIALE. 29
le faire avec sûreté, par exemple, en s'associant comme les troupialcs d'Albin.
Ces oiseaux doivent avoir les mœurs très-sociales, puisque l'amour qui divise tant d'autres sociétés semble au contraire resserrer les liens de la leur : bien loin de se séparer deux à deux pour s'apparier et remplir sans témoin les vues de la nature sur la multiplication de l'espèce, on en voit quelquefois un très-grand nombre de paires sur un seul arbre, et presque toujours sur un arbre fort élevé et voisin des habitations, construisant leur nid, pondant leurs œufs, les couvant et soignant leur famille naissante.
Ces nids sont de forme cylindrique, suspendus à l'extrémité des hautes branches et flottants librement dans l'air; en sorte que les petits nouvellement éclos y sont bercés continuellement. Mais des gens, qui se croient bien au fait des intentions des oiseaux, assurent que c'est par une sage défiance que les père et mère suspendent ainsi leur nid, et pour mettre la couvée en sûreté contre certains animaux terrestres, et surtout contre les serpents.
On met encore sur la liste des vertus du troupiale la docilité, c'est-à-dire la disposition naturelle à subir l'esclavage domestique; disposition qui so rencontre presque toujours avec les mœurs sociales.
L'ACOLCHI DE SERA.'1
Seba a pris ce nom dans Fernandez6, et l'ayant appliqué arbitrairement, selon son usage, à un oiseau tout ditîéreut de celui dont parle cet auteur, au moins quant au plumage, il a encore appliqué à ce même oiseau ce qu'a dit Fernandez du véritable acolchi, savoir, que les Espagnols l'appellent tordo, c'est-à-dire étourneau.
Ce faux acolchi de Seba a un long bec jaune sortant d'une tête toute noire ; la gorge de cette dernière couleur, la queue noirâtre ainsi que les ailes; celles-ci ont pour ornement de petites plumes couleur d'or qui font un bon effet sur ce fond rembruni.
Seba donne son acolchi pour un oiseau d'Amérique; et j'ignore pourquoi M. Brisson, qui ne cite d'autre autorité que celle de Seba, ajoute qu'on le trouve surtout au Mexique c. Il est vrai que le mot acolchi est mexicain, mais on ne peut assurer la même chose de l'oiseau auquel Seba a trouvé bon de l'appliquer.
a. Le vrai nom est alcochichi que j'ai raccourci pour le rendre d'une prononciation moins désagréable. Voyez Seba, t. I, p. 90, et planche lv, fig. 4.
b. De Avibus novœ Hispaniœ, cap. iv, p. 14.
c. Voyez son Ornithologie, t. II, p. 88. Il lui a donné en conséquence le nom de troupialo du Mexique.
* Oriolus novœ Hispaniœ (Gmel. ). — Le même , pi obablement, que le costotol. Voyez, cia.orcs , la nomenclature de celui-ci.