LES VEUVES
Les voyageurs disent que les veuves foin leur nid avec du coton ; que ce nid a deux étages; que le mâle habite l'étage supérieur, et que la femelle couve au rez-de-chaussée " : il serait possible de vérifier ces petits faits en Europe et même en France, où par des soins bien entendus on pourrait faire pondre et couver les veuves avec succès comme on l'a fait en Hollande.
Ce sont des oiseaux très-vifs, très-remuants, qui lèvent et baissent sans cesse leur longue queue; ils aiment beaucoup à se baigner, ne sont point sujets aux maladies, et vivent jusqu'à douze ou quinze ans. On les nourrit avec un mélange d'alpiste et de millet, et on leur donne pour rafraîchissement des feuilles de chicorée.
Au reste, il est assez singulier que ce nom de veuves, sous lequel ils sont généralement connus aujourd'hui, et qui paraît si bien leur convenir, soit à cause du noir qui domine dans leur plumage, soit à cause de leur queue traînante, ne leur ait été néanmoins donné que par pure méprise. Les Portugais les appelèrent d'abord oiseaux de Whidha (c'est-à-dire de Juida), parce qu'ils sont très-communs sur cette côte d'Afrique : la ressemblance de ce mot avec celui qui signifie veuve en langue portugaise, aura pu tromper des étrangers6; quelques-uns auront pris l'un pour l'autre, et cette erreur se sera accréditée d'autant plus aisément que le nom de veuves paraissait à plusieurs égards fait pour ces oiseaux.
On trouvera ici huit espèces de veuves, savoir : les cinq espèces déjà connues, et qui ont été décrites par M. Brisson; deux espèces nouvelles très-distinguées et remarquables par la belle plaque rouge qu'elles ont, l'une sur l'aile et l'autre sur la poitrine ; enfin, j'ajoute à ces sept espèces celle de l'oiseau que M. Brisson a appelé linotte à longue queue , et qui, ne fût-ce que par cette longue queue, me paraît avoir plus de rapport avec les veuves qu'avec les linottes.