L'ORGANISTE
tagnes de Saint-Domingue, un petit oiseau fort rare et fort renommé, que l'on y appelle musicien, et dont le chant peut se noter : nous présumons que ce musicien de M. Deshayes est le même que notre organiste; cependant nous doutons encore que le chant de cet oiseau imite régulièrement et constamment les sons successifs de l'octave de nos sons musicaux, car nous ne l'avons point eu vivant; il m'a été donné par M. le comte de Noë, qui l'avait rapporté de la partie espagnole de Saint-Domingue, où il m'a dit qu'il était fort rare et très-difficile à apercevoir et à tirer, parce qu'il est défiant et qu'il sait se cacher; il sait même tourner autour d'une branche à mesure que le chasseur change de place, pour n'en être pas aperçu, en sorte que souvent, quoiqu'il y ait plusieurs de ces oiseaux sur un arbre, on ne peut en découvrir un seul, tant ils sont attentifs à se mettre à couvert.
Sa longueur est de quatre pouces; son plumage est bleu sur la tête et le cou, noir changeant en gros bleu sur le dos, les ailes et la queue, et jauneorangé sur le front, le croupion et tout le dessous du corps. Cette courte description suffit pour le faire reconnaître.
On trouve, dans l'ouvrage de M. le Page Dupratz a, la description d'un petit oiseau qu'il appelle Yévêque, et que nous croyons être le même que notre organiste. Voici le passage de cet auteur : « L'évêque est un oiseau « plus petit que le serin; son plumage est bleu tirant sur le violet : on voit « par là l'origine de son nom (l'évêque). Il se nourrit de plusieurs sortes de « petites graines, entre autres de widlogouil et de choupichoul, espèce de « millet naturel au pays. Son gosier est si doux, ses tons si flexibles et son « ramage si tendre, que lorsqu'une fois on l'a entendu, on devient beaucoup « plus réservé sur l'éloge du rossignol. Son chant dure l'espace d'un mise- « rere, et dans tout le temps il ne paraît pas reprendre haleine ; il se repose « ensuite deux fois autant pour recommencer aussitôt après : cette alterna- « tive de chant et de repos dure deux heures. »
Quoique M. Dupratz ne dise pas que son oiseau fasse les sept tons de l'octave, comme on l'avance de l'organiste, nous nous croyons néanmoins fondés à le regarder comme le même oiseau, car d'abord ils se ressemblent par les couleurs et par la grandeur, suivant sa description, et en second lieu on ne peut comparer le sien, pour le chant, qu'avec le scarlatte, qui est tout rouge et deux fois plus grand ; et si on veut le comparer à l'arada, dont le chant est si beau, on trouvera la même différence pour les couleurs, car l'arada est tout brun. Il ne reste donc que l'organiste auquel on doive rapporter cet oiseau évêque de la Louisiane, et le détail des habitudes naturelles donné par M. Dupratz doit lui appartenir, ce qui paraît indiquer que cet oiseau, qui ne se trouve à Saint-Domingue que dans la partie espagnole, habite aussi quelques contrées de la Louisiane.
a. Histoire de la Louisiane , t. II, p. 140.
vi. 23
306 LE JACARINI.
LE JACARINI. a
QUATRIÈME PETITE ESPÈCE
Cet oiseau a été nommé jacarini par les Brésiliens : Marcgrave, qui en fait mention, ne nous a rien transmis sur ses habitudes naturelles; mais M. Sonnini de Manoncour, qui l'a observé à la Guiane, où il est très-commun, nous apprend que ces oiseaux fréquentent de préférence les terrains défrichés, et jamais les grands bois ; ils se tiennent sur les petits arbres, et particulièrement sur ceux de café, et ils se font remarquer par une habitude très-singulière : c'est de s'élever à un pied ou un pied et demi de hauteur verticalement au-dessus de la branche sur laquelle ils sont perchés, de se laisser tomber au même endroit pour sauter de même, toujours verticalement, plusieurs fois de suite; ils ne paraissent interrompre cette suite de sauts que pour aller se percher sur un autre arbrisseau et recommencer à sauter sur leur branche : chacun de ces sauts est accompagné d'un petit cri de plaisir, et leur queue s'épanouit en même temps ; il semble que ce soit pour plaire à leur femelle, car il n'y a que le mâle qui se donne ce mouvement dont sa compagne est témoin , parce qu'ils vont toujours par paires ; elle est au contraire assez tranquille, et se contente de sautiller comme les autres oiseaux. Leur nid est composé d'herbes sèches de couleur grise : il est hémisphérique sur deux pouces de diamètre; la femelle y dépose deux œufs elliptiques longs de sept à huit lignes, et d'un blanc verdâtre semé de petites taches rouges qui sont en grand nombre, et plus foncées vers le gros bout , qui en est presque entièrement couvert.
Le jacarini est aisé à reconnaître par sa couleur noire et luisante comme de l'acier poli ; elle est uniforme sur tout son corps, et il n'y a que les couvertures inférieures des ailes qui soient blanches dans le mâle, car la femelle est entièrement grise, et diffère si fort du mâle par la couleur, qu'on pourrait la prendre pour un oiseau d'une autre espèce : néanmoins , le mâle devient aussi tout gris dans le temps de la mue, en sorte qu'on trouve de ces oiseaux mêlés de gris et de noir, ou de noir et de gris plus ou moins, selon qu'ils approchent ou qu'ils s'éloignent du temps de leur mue. Les planches enluminées les représentent dans leur grandeur naturelle.
a. « Jacarini Brasiliensibus. » Marcgrave, Hisl. nat. Bras., p. 210. — « Jacarini Brasilien- « sibus. » Jonston, Avi., p. 144. — « Carduelis Brasiliana jacarini Maregravio. » Willughby, Ornith., p. 190. — « Jacarini. » Edwards, Glan., p. 202, avec une figure peu exacte, pi. 306. — « Tangara nigra , chalybis politi colore resplendens; rectricibus alarurn inferioribus albi- « cantibus; rectricibus nigris, chalybis politi colore resplendentibus... Tangara Drasiliensis <c nigra. » Brisson , Ornithol., t. III , p. 28.
* Tanagra jacarina (Linn. ). — Passerina jacarini (Vieil!.).
LE TEITÉ. 307