LES GOBE-MOUCHES, MOUCHEROLLES ET TYRANS
lent; d'autres espèces moyennes remplissent tous les degrés intermédiaires de ces deux termes de grandeur.
Cependant des rapports de ressemblance et des formes communes caractérisent toutes ces espèces : un bec comprimé, large à sa base et presque triangulaire, environné de poils ou de soies hérissées, courbant sa pointe en un petit crochet dans plusieurs des moyennes espèces, et plus fortement courbé dans toutes les grandes, une queue assez longue, et dont l'aile pliée ne recouvre pas la moitié, sont des caractères que portent tous les gobe-mouches, moucherolles et tyrans. Ils ont aussi le bec échancré vers la pointe, caractère qu'ils partagent avec le genre du merle, de la grive et de quelques autres oiseaux.
Leur naturel paraît, en général, sauvage et solitaire, et leur voix n'a rien de gai ni de mélodieux. Trouvant à vivre dans les airs, ils quittent peu le sommet des grands arbres. On les voit rarement à terre; il semble que l'habitude et le besoin de serrer les branches sur lesquelles ils se tiennent constamment leur ait agrandi le doigt postérieur, qui dans la plupart des espèces de ce genre, est presque aussi long que le grand doigt antérieur.
Les terres du Midi, où jamais les insectes ne cessent d'éclore et de voler, sont la véritable patrie de ces oiseaux a; aussi contre deux espèces de gobemouches que nous trouvons en Europe, en comptons-nous plus de huit dans l'Afrique et les régions chaudes de l'Asie, et près de trente en Amérique, où se trouvent aussi les plus grandes espèces; comme si la nature, en multipliant et agrandissant les insectes dans ce nouveau continent, avait voulu y multiplier et fortifier les oiseaux qui devaient s'en nourrir. Mais l'ordre de grandeur étant le seul suivant lequel on puisse bien distribuer un aussi grand nombre d'espèces, que les ressemblances dans tout le reste réunissent, nous ferons trois classes de ces oiseaux muscivores : la première de ceux qui sont au-dessous de la grandeur du rossignol, et ce sont les gobe-mouches proprement dits; la seconde, sous le nom de moucherolles, de ceux qui égalent ou surpassent de peu la taille, de ce même oiseau; dans la troisième, qui est celle de» tyrans, ils sont tous, ou à peu près, si même ils ne l'excèdent, de la grandeur de l'écorcheur ou pie-grièche rousse, du genre de laquelle ils se rapprochent par l'instinct, les facultés et la figure; ils terminent ainsi ce genre nombreux d'oiseaux chasseurs aux mouches, en le rejoignant à la dernière espèce des oiseaux carnassiers.
a. « Les gobe-mouches sont en général des oiseaux communs dans les pays chauds. Leurs « espèces y sont beaucoup plus multipliées et plus grandes que dans les pays tempérés, et dans « les pays froids on en trouve fort peu. Il ne se nourrissent que d'insectes. Ce sont des êtres « destructeurs que la nature a opposés dans des climats chauds , et surtout dans ceux qui sont « en même temps humides , à la trop grande fécondité des insectes. » Voyage à la Nouvelle- Guinée, par M. Sonnerat, p. 56.
LE GOBE-MOUCHE. a*
PREMIÈRE ESPÈCE
Nous conserverons le nom générique de gobe-mouche à celui d'Europe, comme étant généralement connu sous ce seul et même nom. D'ailleurs ce gobe-mouche nous servira de terme de comparaison pour toutes les autres espèces. Celui-ci a cinq pouces huit lignes de longueur; huit pouces et demi de vol; l'aile pliée s'étend jusqu'au milieu de la queue, qui a deux pouces de longueur; le bec est aplati, large à sa base, long de huit lignes, environné de poils; tout le plumage n'est que de trois couleurs, le gris, le blanc et le cendré noirâtre; la gorge est blanche; la poitrine et le cou, sur les côtés, sont tachetés d'un brun faible et mal terminé; le reste du dessous du corps est blanchâtre; le dessus de la tête paraît varié de gris et de brun; toute la partie supérieure du corps, la queue et l'aile sont brunes; les pennes et leurs couvertures sont légèrement frangées de blanchâtre.
Les gobe-mouches arrivent en avril et partent en septembre. Ils se tiennent communément dans les forêts, où ils cherchent la solitude et les lieux couverts et fourrés; on en rencontre aussi quelquefois dans les vergers épais. Ils ont l'air triste, le naturel sauvage, peu animé et même assez stupide; ils placent leur nid tout à découvert, soit sur les arbres, soit sur les buissons; aucun oiseau faible ne se cache aussi mal, aucun n'a l'instinct si peu décidé; ils travaillent leurs nids différemment; les uns le font entièrement de mousse, et les autres y mêlent de la laine; ils emploient beaucoup de temps et de peines pour faire un mauvais ouvrage, et l'on voit quelquefois ce nid entrelacé de si grosses racines qu'on n'imaginerait pas qu'un ouvrier aussi petit pût employer de tels matériaux. Il pond trois ou quatre œufs et quelquefois cinq, couverts de taches rousses.
Ces oiseaux prennent le plus souvent leur nourriture en volant, et ne se posent que rarement et par instants à terre, sur laquelle ils ne courent pas.
a. Currucis, seu flcedulis cognata avirula. Gessner, Avi., p. 629, avec une figure peu ressemblante. La même, Icon. Avi., p. 47. — Grisola vulgà dicla. Aldrovande, Avi., t. Il , p. 738, avec une mauvaise figure. — Grisola Aldrovandi. Willugliby, Ornithol., p. 153. — Ray, Synops. Avi., p. 8] , n° 7. — Grisola ex cinereo fusca Aldrovandi. Willugliby, Ornithol., p. 171, n° 7. — Stoparola au! Stoparolœ similis Aldrovandi. Idem, ibid., p. 159. — Curruca suofusca. Frisch, avec une figure peu exacte, tab. 22. — «Muscicapa supernè griseo-fusca , « infernè albicans, colk' inkiriore et pectore maculis longitudinalibus griseo-fuscis insignitis; « tectricibus alarum inferi >i ibus dilutè rufescentibus griseo-fuscis, » le gobe-mouclie. Brisson, Ornithol., t. II , p. 357. Li figure, pi. 35 , fig. 3, est plus petite que les dimensions qu'il a données. — Grisola à Boirgne , suivant Aldrovande. Burstner aux environs de Strasbourg , suivant Gessner.
* Muscicapa grisola (Gmcl. ). —Genre G oie-Mouches , sjus-genre Gobe-Mouches propr:tnent dits (Cuv. ).
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Le mâle ne diffère de la femelle qu'en ce qu'il a le front plus varié de brun, et le ventre moins blanc. Ils arrivent en France au printemps, mais les froids qui surviennent quelquefois vers le milieu de cette saison leur sont funestes. M. Loltinger remarque qu'ils périrent presque tous dans les neiges qui tombèrent en Lorraine en avril 1767 et 1772, et qu'on les prenait à la main. Tout degré de froid qui abat les insectes volants dont cet oiseau fait son unique nourriture devient mortel pour lui : aussi abandonne-t-il nos contrées avant les premiers froids de l'automne, et on n'en voit plus dès la fin de septembre. Aldrovande dit qu'il ne quitte point le pays a, mais cela doit s'entendre de l'Italie ou des pays encore plus chauds.