‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 370 sur 459 · LES TIT1RIS OU P1PIRIS · texte numérisé non relu

LES TIT1RIS OU P1PIRIS

seur, ils le poursuivent, et lorsque malgré tous leurs efforts ils n'ont pu sauver leurs ehers petits, ils viennent les chercher et les nourrir dans la cage où ils sont renfermés.

Cet oiseau, quoique assez petit, ne paraît redouter aucune espèce d'animal. « Au lieu de fuir comme les autres oiseaux, dit M. Deshayes, ou de se « cacher à l'aspect des mal fini s, des émouchets et des autres tyrans de l'air, « il les attaque avec intrépidité, les provoque, les harcèle avec tant d'ardeur « et d'obstination qu'il parvient à les écarter : on ne voit aucun animal « approcher impunément de l'arbre où il a posé son nid. Il poursuit à « grands coups de bec, et avec un acharnement incroyable, jusqu'à une « certaine distance tous ceux qu'il regarde comme ennemis, les chiens sur- « tout et les oiseaux de proie °. » L'homme même ne lui en impose pas, comme si ce maître des animaux était encore peu connu d'eux dans ces régions où il n'y a pas longtemps qu'il règne. 6. Le bec de cet oiseau, en se refermant avec force dans ces instants de colère, fait entendre un craquement prompt et réitéré.

A Saint-Domingue on lui a donné le nom de pipiri, qui exprime aussi bien que titiri le cri ou le piaulement qui lui est le plus familier ; on en distingue deux variétés ou deux espèces très-voisines ; la première est celle du grand pipiri , dont nous venons de parler, et qu'on appelle dans le pays pipiri à tête noire, ou pipiri gros bec; l'autre, nommée pipiri à tête jaune, ou pipiri de passage, est plus petite et moins forte : le dessus du corps de celui-ci est gris frangé de blanc partout, au lieu qu'il est brun frangé de roux dans le grand pipiri; le naturel des petits pipiris est aussi beaucoup plus doux, ils sont moins sauvages que le grand pipiri, qui toujours se tient seul dans les lieux écartés et qu'on ne rencontre que par paires, au lieu que les petits pipiris paraissent souvent en bandes et s'approchent des habitations : on les voit réunis en assez grandes troupes pendant le mois d'août, et ils fréquentent alors les cantons qui produisent certaines baies dont les scarabées et les insectes se nourrissent de préférence. Ces oiseaux sont très-gras dans ce temps, et c'est celui où communément on leur donne la chasse c.

Quoiqu'on les ait appelés pipiris de passage, il n'y a pas d'apparence, dit M. Deshayes, qu'ils quittent l'île de Saint-Domingue, qui est assez vaste pour qu'ils puissent y voyager. A la vérité, on les voit disparaître dans cer-

a. Les chiens s'enfuient à toutes jambes en poussant des cris ; le malfmi oublie sa force et fuit (levant le pipiri dès qu'il parait. Mémoire de M. le chevalier Deshayes.

b. « J'en tirai un jeune qui n'était que légèrement blessé ; mon petit nègre, qui courait après, « fut assailli par une pie-grièche de la même espèce, qui probablement était la mère • cet « animal se jetait, avec le plus grand acharnement, sur la tète de cet enfant, qui eut mille « peines à s'en débarrasser. » Note communiquée par M. de Manoncour.

c. « Alors ces oiseaux sont très-gras; aussi cet embonpoint leur cause une guerre cruelle... « 11 est peu de bonnes tables dans les plaines de cette île sur lesquelles on ne serve des bro- « chettes de pipiris. » Note de M. Deshayes.

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laines saisons des cantons où ils se plaisent le plus : ils suivent de proche en proche la maturité des espèces de fruits qui attirent les insectes. Toutes les autres habitudes naturelles sont les mêmes que celles des grands pipiris ; les deux espèces sont très-nombreuses à Saint-Domingue, et il est peu d'oiseaux qu'on y voie en aussi grand nombre a.

Ils se nourrissent de chenilles, de scarabées, de papillons, de guêpes : on les voit perchés sur la plus haute pointe des arbres, et surtout sur les palmistes : c'est de là qu'ils s'élancent sur leur proie qu'une vue perçante leur fait discerner dans le vague de l'air; l'oiseau ne l'a pas plus tôt saisie qu'il retourne sur son rameau. C'est depuis sept heures du malin jusqu'à dix, et depuis quatre jusqu'à six du soir qu'il paraît le plus occupé de sa chasse : on le voit, avec plaisir, s'élancer, bondir, voleter dans l'air pour saisir sa proie fugitive ; et son poste isolé , aussi bien que le besoin de découvrir à l'entour de lui, l'exposent en tout temps à l'œil du chasseur.

Aucun oiseau n'est plus matinal que le pipiri, et l'on est assuré quand on entend sa voix que le jour commence à poindre6; c'est de la cime des plus hauts arbres que ces oiseaux habitent , et où ils se sont retirés pour passer la nuit, qu'ils la font entendre. Il n'y a pas de saison bien marquée pour leurs amours : on les voit nicher, dit M. Deshayes , pendant les chaleurs en automne, et même pendant les fraîcheurs de l'hiver, à Saint-Domingue % quoique le printemps soit la saison où ils font plus généralement leur couvée; elle est de deux ou trois œufs, quelquefois quatre, de couleur blanchâtre tachetée de brun. Barrère fait de cet oiseau un guêpier, et lui donne le nom depetit-ric.

a. « On en voit dans les forêts, dans les terrains abandonnés, dans les endroits cultives; ils « se plaisent partout. Cependant l'espèce des pipiris à tète jaune, qui est la plus multipliée , « paraît rechercher les lieux habités. En hiver ils se rapprochent des maisons ; et comme cette « saison, par sa température dans ces climats, est analogue au printemps de France, il « semble que la fraîcheur qui règne alors leur inspire la gaieté. En effet, jamais on ne les voit « si babillards ni si enjoués que pendant les mois de novembre et décembre; ils s'agacent « réciproquement, voltigent les uns après les autres, et préludent en quelque sorte à leurs « amours. » Note communiquée par M. Deshayes.

6. « Il n'y a pas , excepté le coq, le paon et le rossignol qui chantent pendant la nuit , d'oi- « seau plus matinal ; il chante dès que l'aube du jour parait. » Note communiquée par M. Fresnaye , ancien conseiller au Port-au-Prince.

c. « Les pipiris à tète noire pondent très-certainement en décembre. Nous ne pouvons « affirmer si chaque femelle fait une couvée dans chaque saison , ni si ces pontes de l'hiver , « qui paraissent extraordinaires , ne sont point occasionnées par des accidents , et destinées à « réparer la perte des couvées faites dans la saison convenable. » Note communiquée pal M. Deshayes.

4i6 ' LE TYRAN DE LA CAROLINE.

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