L'ALOUETTE NOIRE A DOS FAUVE
Si cette alouette , qui a été rapportée de Buneos-Ayres par M. Commerson, n'était pas beaucoup plus petite, et si elle n'était pas originaire d'un pays très-différent du nôtre, il serait difficile de ne pas la regarder comme une variété dans l'espèce de l'alouette, identique avec la variété précédente, tant la ressemblance du plumage est frappante! elle a la tête, le bec, les pieds, la gorge, le devant du cou, toute la partie inférieure du corps, et les couvertures supérieures de la queue, d'un brun noirâtre; les pennes des ailes et de la queue d'une teinte un peu moins foncée; la plus extérieure de ces dernières bordée de roux; le derrière du cou, le dos, les scapulaires, d'un fauve orangé; les petites et moyennes couvertures des ailes noirâtres, bordées du même fauve.
Longueur totale un peu moins de cinq pouces, bec six à sept lignes, ayant les bords de la pièce supérieure un peu échancrés vers la pointe; tarse neuf lignes, doigt postérieur deux lignes et demie; son ongle quatre lignes, légèrement recourbé; queue dix-huit lignes, un peu fourchue, composée de douze pennes, dépasse les ailes de sept à huit lignes. En y regardant de près, on reconnaît que ses dimensions relatives ne sont pas non plus les mêmes que dans la variété précédente.
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Je crois cet oiseau assez différent de l'alouette commune pour en faire une espèce particulière. En effet, il en diffère par le volume et par la forme
a. Tottovilla. Olina, Uccellaria , p. 27. — Alauda arborea, en anglais, ihe wood-larek, Willughliy, Ornilhol.,^. 149. — Ray, Synops. au., p. 69. — Charleton, Exercit. class. gr-aniv. cant., g. 8, sp. 2, p. 88. — Sibbald, Atlas Scot., part, h, lib. m, cap. iv. — Rzaczynski, Auct. Hist. nat. Polon. Punctum ix, n° 111. — AlLin, Histoire naturelle des oiseaux, t. I,
* Alauda rufa (Gmel.). — Ordre id., famille des Dentirostres , genre Becs-Fins, sousgenre Farlouses (Cuv.).
** Alauda arborea et nemorosa (Linn. ). — L'alouette des bois, cujelier, lulu. — Ordre id., famille des Conirostres, genre Alouettes (Cuv.).
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totale, ayant le corps plus court et plus ramassé, étant beaucoup moins gros, et ne pesant au plus qu'une once : il en diffère par son plumage, dont les couleurs sont plus faibles, et où, en général, il y a moins de blanc, et par une espèce de couronne blanchâtre plus marquée dans cet oiseau que dans l'alouette ordinaire : il en diffère par les pennes de l'aile, dont la première et la plus extérieure est plus courte que les autres d'un demipouce : il en diffère par ses habitudes naturelles, puisqu'il se perche sur les arbres, tandis que l'alouette commune ne se pose jamais qu'à terre; à la vérité, il se perche sur les plus grosses branches sur lesquelles il peut se tenir sans être obligé de les embrasser avec ses doigts, ce qui ne serait guère possible, vu la conformation de son doigt trop long, ou plutôt de son ongle postérieur, et trop peu crochu pour saisir la branche : il en diffère en ce qu'il se plaît et niche dans les terres incultes qui avoisinent les taillis, ou à l'entrée des jeunes taillis , d'où lui est venu sans doute le nom d'alouette de bois, quoiqu'il ne s'enfonce jamais dans les bois, au lieu que l'alouette ordinaire se tient dans les grandes plaines cultivées : il en diffère par son chant, qui ressemble beaucoup plus à celui du rossignol qu'à celui de l'alouette a, et qu'il fait entendre non-seulement le jour, mais encore la nuit, comme le rossignol, non-seulement en volant, mais aussi étant perché sur une branche. M. Hébert a remarqué que les fifres des Cent-Suisses de la garde imitent assez exactement le ramage du cujelier; d'où l'on peut conclure, ce me semble, que cet oiseau est commun dans les montagnes de Suisse b comme il l'est dans celles du Bugey. Il diffère de l'alouette par la fécondité; car quoique les hommes fassent moins la guerre au cujelier, sans doute comme étant une proie trop petite, et quoiqu'il ponde quatre ou cinq œufs comme l'alouette ordinaire, l'espèce est cependant moins nombreuse ".
p. 36, n° 42. — British Zoology, p. 94. — Alauda arborea, sylveslris , pratorum, novalium... Klein, Ordo av., § xxxi, g. 6, sp. 2. — Cet auteur confond ici plusieurs espèces d'alouettes. — Alauda non cristata, fusca. Barrère, Specim. nov., class. 3, g. \G, p. 40. — « Alauda rectricibus fuscis, prima oblique dimidiato-albà , secundâ (alias secundà , tertià, « quartàque) macula cuneiformi albâ. » Linnœus, Fauna Suecica, n° 152. — « Alauda « arborea, capite vittà annuLiiï albà cincto. » Linnœus, Syst. nat., édit. XIII, p. 287. — En danois et en norwégien, skow-larke , heede-larke, lyng-larke. Muller, Zuologiœ Dan. prodr. , n° 231. — « Alauda lineolà superciliorum albà, torque in collo pallido, caudà brevissimà; » en autrichien, ludlerche, ivaldlerche. Cramer, Elenchus Auslr. inf., p. 362. — « Alauda « supernè fusco et rufo-fiavicante varia, infemè alba; collo inferiore etpectore albo-flavican- « tibus , maculis fuscis insignitis ; uropygio griseo-olivaceo ; taenia supra oculos candidà ; « rectrice extimà exteriùs et apice albà... » Alauda arborea, l'alouette de bois ou le cujelier. Brisson,t. III, p. 340. — On l'appelle en quelques cantons de la Bourgogne, pirouot; en Sologne , cochelivier, cochelirieu, piénu , flûteux, alouette ftûteuse , lutheux , turlut , turlutoir, musette; ailleurs, trelus, cotrelus ; en Saintonge, coutrioux; à Nantes, alouette calandre, et par corruption escarlande. Voyez Salerne, Hist. nat. des oiseaux, p. 190. Alouette de montagne , selon quelques-uns.
a. Voyez Olina, Uccellaria , p. 27. Albin, Hist. nat. des oiseaux, 1. 1, p. 36, etc.
b. J'apprends qu'il se trouve en effet dans les prairies les plus hautes de la Suisse.
c. British Zoology, p. 94.
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Il en diffère par le temps de la ponte, car nous avons vu que l'alouette commune ne faisait pas sa première ponte avant le mois de mai, au lieu que les petits de celle-ci sont quelquefois en état de voler dès la mi-mars a.
Enfin, il en diffère par la délicatesse du tempérament, puisque, selon la remarque du môme Albin, il n'est pas possible, quelque soin que l'on prenne, d'élever les petits que l'on tire du nid ; ce qui néanmoins doit se restreindre au climat de l'Angleterre et autres semblables ou plus froids, puisque Olina, qui vivait dans un pays plus cbaud, dit positivement qu'on prend dans le nid les petits de la tottovilla, qui est notre cujelier; que dans les commencements on les élève de même que les rossignols, dont ils ont le chant6, et qu'ensuite on les nourrit de panis et de millet.
Dans tout le reste, le cujelier a beaucoup de rapport avec l'alouette ordinaire : comme elle il s'élève très-haut en chantant et se soutient en l'air ; il vole par troupes pendant les froids, fait son nid à terre et le cache sous une motte de gazon; vit de huit à dix ans, se nourrit de scarabées, de chenilles, de graines; a la langue fourchue, le ventricule musculeux et charnu, point d'autre jabot qu'une dilatation assez médiocre de la partie inférieure de l'œsophage, et les cœcums fort petits".
Olina a remarqué que les plumes du sommet de la tête sont d'un brun moins obscur dans la femelle que dans le mâle, et que celui-ci a l'ongle postérieur plus long; il aurait pu ajouter qu'il a la poitrine plus tachetée, et les grandes pennes des ailes bordées d'olivâtre, au lieu qu'elles sont bordées de gris dans la femelle : il dit encore qu'on prend le cujelier comme l'alouette, ce qui est vrai; et il prétend que cette espèce n'est guère connue que dans la campagne de Rome, ce qui est contredit avec raison par les naturalistes modernes mieux instruits : en effet, il est plus que probable que le cujelier n'est point fixé à un seul pays; car on sait qu'il se trouve en Suède selon M. Linnœus, et en Italie suivant Olina, et puisqu'il s'accommode de ces deux climats, qui sont fort différents, on peut croire qu'il est répandu dans les climats intermédiaires, et par conséquent dans la plus grande partie de l'Europe*. Ces oiseaux sont assez gras en automne, et leur chair est alors un fort bon manger.
Albin prétend qu'on les chasse en trois saisons, savoir : pendant l'été, temps où se prennent les petits branchiers, qui gazouillent d'abord, mais pour peu de temps, parce que bientôt après ils entrent en mue.
Le mois de septembre est la seconde saison , et celle où ils volent en troupes et rôdent d'un pays à l'autre, parcourant les pâturages et se perchant volontiers sur les arbres à portée des fours à chaux e. C'est encore le
a. Albin, 1. 1, p. 36.
b. Willughby trouve que le chant du cujelier a du rapport avec celui du merle.
c. Willughby, à l'endroit cité.
d. « Habitat in Europa, » etc. Syst. nat., n° 93.
e. Cramer, à l'endroit cité.
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temps où les jeunes oiseaux changent de plumes, et ne peuvent guère être distingués des plus vieux.
La troisième et la meilleure saison commence avec le mois de janvier a, et s'étend jusqu'à la fin de février, temps auquel ces oiseaux se séparent deux à deux pour former des sociétés plus intimes. Les jeunes cujeliers pris alors sont ordinairement les meilleurs pour le chant; ils gazouillent peu de jours après qu'on les a pris, et cela d'une manière plus distincte que ceux qui ont été pris en toute autre saison6.
Longueur totale six pouces, bec sept lignes, vol neuf pouces (dix selon M. Loltinger); queue deux pouces un quart, un peu fourchue, composée de douze pennes, dépasse les ailes d'environ treize lignes.