OISEAU ÉTRANGER QUI A RAPPORT AU COCIIEVIS
LA GRISETTE OU LE COCIIEVIS DU SÉNÉGAL. a*
On doit à M. Brisson presque tout ce que l'on sait de ce cochevis étranger; il a l'attribut caractéristique des cochevis, c'est-à-dire une espèce de huppe composée de plumes plus longues que celles qui couvrent le reste de la tête; la grosseur de l'oiseau est à peu près celle de l'alouette commune; il appartient à l'Afrique et se perche sur les arbres qui se trouvent aux bords du Niger; on le voit aussi dans l'île du Sénégal : il a le dessus du corps varié de gris et de brun; les couvertures supérieures de la queue d'un gris roussâtre; le dessous du corps blanchâtre, avec de petites taches brunes sur le cou ; les pennes de l'aile gris brun, bordées de gris; les deux intermédiaires de la queue grises; les latérales brunes, excepté la plus extérieure, qui est d'un blanc roussâlre, et la suivante, qui est bordée de cette même couleur; le bec couleur de corne; les pieds et les ongles gris.
J'ai vu une femelle dont la huppe était couchée en arrière comme celle du mâle, et variée, ainsi que la tête et le dessus du corps, de traits bruns
a. « Alauda cristata, supernè fusco et griseo varia, infernè albicans : collo inferiore maculis « fuscis insignito; remigibus interiùsin exortu rufescentibus ; rectricibus biais utrimque exti- « mis cxtoriùs albo-rufescentibus... » Alauda Senegaîensis cristata, l'alouette huppée du Sénégal. Brisson, t. III, p. 362.
* Alauda senegaîensis (Gniel. ).
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sur un fond roussâtro; le reste du plumage était conforme à la description précédente. Cette femelle avait le bec plus long et la queue plus courte.
Longueur totale six pouces et demi, bec neuf lignes et demie, vol onze pouces, doigt postérieur, ongle compris, égal au doigt du milieu; queue deux pouces deux lignes, un peu fourchue, composée de douze pennes, dépasse les ailes de six à sept lignes.
Il n'est point d'homme bien organisé b à qui ce nom ne rappelle quelqu'une de ces belles nuits de printemps où le ciel étant serein, l'air calme,
a. Aïi'îuv Luscinia. Aristote , Hist. animal., lib. iv, cap. ix; lib. v, cap. ix; et lib. ix, cap. xv et xlix. — iElien, Nat. animal., lib. i , cap. xui ; lib. v, cap. xxxvm; et lib. xn, cap. xxvm. — Luscinia. Pline, Nat. hist., lib. x, cap. xxix et xlii. Nos étymologistes font venir luscinia de luscus, louche ; mais malheureusement le rossignol n'est point louche : d'autres le tirent a luce, parce qu'il annonce , dit-on , le retour de la lumière , et il l'annonce en effet tant que la nuit dure. — « Luscinia ; lusciola, quôd luctuosè canat. » Varron , de Ling. Lut., lib. iv. 11 me semble que lusciola ainsi que rusignuolo, rossignol , etc., ont plus de rapport avec lusciniola , qu'avec luctuosè, qui d'ailleurs n'exprime nullement le caractère du chant du rossignol. — Rossignol , pour ce qu'il est roux : celui qui fait constamment sa résidence dans les forêts s'appelle au Mans 7'ossignol ramage ; en grec, aidon ; en latin, philomela , luscinia , lucinia ( a luco ubi cancre solet) ; lusciola Varronis (d'autres appliquent ce dernier nom à la huppe). Belon, Nat. dis oiseaux, p. 335; en grec moderne, adoni , aidoni. Belon, Observ., fol. 12. On donne ces noms à une espèce de merle solitaire, selon Dapper, Hist. des îles de l'Archipel, p. 'i60. — Luscinia, Philomela [non Philomcna); daulia cornix; en hébreu, peut-être, trachmas; en arabe , enondon, audon (par corruption du mot grec, Ât.Juv, dont on a fait aussi ASnîùv), odorbrion; en allemand, nacht-gall; en anglais , mjghtyngall; en illyrien, slawick; en ital'en, rossignuolo , uscigniuolo... en hiver, unisono , suivant quelques-uns ( Aldrovande , Italien , dit que ce nom d'hiver lui est inconnu ) ; en espagnol, ruissennor ; en français , roussignol. Gessner, Aies, p. 592. — Luscinia, lusciniola , atthis, atthicora, volucris attica, daulias aies , pandiona avis , suivant quelques-uns acredula, OXo).u-)'ùv ; lardilingua dans les poètes, selon saint Chrysostome, sans doute, parce que selon la fable, Philomèlc a eu la langue coupée; en espagnol, ruissenol; en hollandais, nachtegael; en arabe, ranan. Aiîoviî, A^ov!;, le petit du premier âge , le rossignolet. Aldrovande, Ornithologie , t. II , p. 773.— Luscinia, rusignuolo , usignuolo, rossignuolo , dil color rossigno , luscinia philumena dans une inscription. Olina , Uccclleria, fol. 1.— Luscinia, lusciniola. Jonston , Aves, p. 88. — Mohering, Av. gênera, p. 44. — Luscinia montana, aies pandionia ; en anglais, the nightingale, the lesser nightingale. Chaiieton, Exercit. canor. classis , p. 98. — Luscinia seu Philomela; en anglais, the nightingale. Willugbby, Ornithol., p. 161, cap. ix. — Ray, Synops. av., p. 78. — Sibbald, AU. Scot., lib. ut, part, n, p. 18. — Luscinia minor, montana ; en allemand, kleine nachtigal; parmi les oiseleurs, doerling. Rzaczynski, Auctuar. Polon., p. 391. Mdon, acredula, idem. Hist. nat. Polon., p. 286. — Motacilla rufo-cinerea , armillis , seu genuum annulis cinereis; en suédois, naecktergahl. Linnœus, Fauna Suecica, n° 214. Syst. nat., édit. XIII , p. 328, n° 114. — En danois , natter gai. Muller, Zoologiœ Dan. prodrom. ,
b. Je dis bien organisé; car on a vu des hommes qui avaient de l'antipathie pour le chant des rossignols, et s'acharnaient à les détruire, pour entendre à leur aise le croassement des grenouilles.
* Motacilla luscinia (Linn. ). — Ordre id., genre Becs-Fins, sous-genre Fauvettes (Guv.).
toute la nature en silence, et pour ainsi dire attentive, il a écouté avec ravissement le ramage de ce chantre des forêts. On pourrait citer quelques autres oiseaux chanteurs, dont la voix le dispute à certains égards à celle du rossignol : les alouettes, le serin, le pinson, les fauvettes, la linotte, le chardonneret, le merle commun, le merle solitaire, le moqueur d'Amérique, se font écouter avec plaisir" lorsque le rossignol se tait : les uns ont d'aussi beaux sons , les autres ont le timbre aussi pur et plus doux ; d'autres ont des tours de gosier aussi flatteurs; mais il n'en est pas un seul que le rossignol n'efface par la réunion complète de ces talents divers; et par la prodigieuse variété de son ramage; en sorte que la chanson de chacun de ces oiseaux, prise dans toute son étendue, n'est qu'un couplet de celle du rossignol : le rossignol charme toujours et ne se répète jamais, du moins jamais servilement; s'il redit quelque passage, ce passage est animé d'un accent nouveau, embelli par de nouveaux agréments; il réussit dans tous les genres; il rend toutes les expressions, il saisit tous les caractères, et de plus il sait en augmenter l'effet par les contrastes. Ce coryphée du printemps se prépare-l-il à chanter l'hymne de la nature, il commence par un prélude timide, par des tons faibles, presque indécis, comme s'il voulait essayer son instrument et intéresser ceux qui l'écoutent 6; mais ensuite prenant de l'a surance, il s'anime par degrés, il s'échauffe, et bientôt il déploie dans leur plénitude toutes les ressources de son incomparable organe : coups de gosier éclatants, batteries vives et légères; fusées de chant, où la netteté est égale à la volubilité; murmure intérieur et sourd qui n'est point appréciable à
pag. 32, n° 265. — En autrichien , au-vogel , auen-nachtigal. Kramer, Elench. Auslr. inf. , p. 375. — Luscina ficedula tota fulva, canora; en catalan, rossinyol. Barrère, Specim. nov , p. «2, g. 18, sp. B. — En allemand, roth-vogel. Frisch , 1. 1, class. 2, div. 5 , pi. i, n° 21. — En allemand, doerling , tagschlaeger, V)cdel schwants. Klein, Ordo avium , p. 73. — The nightingale (chantre de nuit), du mot anglais nighl (nuit), et du saxon, galan (chanter). Dritish Zoohgy, p. 100. — Le rossignol franc , rossignol chanteur, rossignol des bois ; en Provence , roussignolou roussigneau ; la femelle, roussignolelle, le jeune, rossignolet. Salerne , Hist. nat. des oiseaux, p. 230.
a. J'ai eu occasion , dit M. Daines Barrington, d'entendre un moqueur d'Amérique qui chantait parfaitement... Dans l'espace d'une minute il imitait le cujelier, le pinson, le merle , la grive et le moineau ; on me dit même qu'il aboyait comme un chien ; en sorte que cet oiseau paraît porté à imiter tout sans discernement et sans choix : cependant il faut avouer que le timbre de sa voix approche plus du timbre de la voix du rossignol que celui d'aucun auho oiseau que j'aie entendu. A l'égard du chant naturel de cet oiseau, le voyageur Kalm prétend qu'il est admirable (t. I , p. 219 ) ; mais ce voyageur n'a pas fait en Amérique un séjour assez long pour connaître exactement ce chant naturel , et à mon avis les imitateurs ne réussissent jamais bien que dans l'imitation. Je ne nierais pas cependant que le chant propre du moqueur put égaler celui du rossignol, mais on conviendra que l'attention qu'il donne à toutes sortes de chants étrangers , à toutes sortes de bruits , môme désagréables , ne peut qu'altérer et gâter son ramage naturel. Voyez Transactions philosophiques , vol. LX11I, part. H.
b. J'ai souvent remarqué, dit M. Barrington , que mon rossignol, qui était un excellent chanteur, commençait sa chanson par des tons radoucis, comme avaient coutume de faire les anciens orateurs, et qu'il ménageait ses poumons pour renforcer sa Yoix à propos , et avec tout l'art des gradations.
l'oreille, mais très-propre à augmenter l'éclat des tons appréciables; roulades précipitées, brillantes et rapides, articulées avec force et même avec une dureté de bon goût; accents plaintifs cadencés avec mollesse; sons filés sans art, mais enflés avec âme; sons enchanteurs et pénétrants; vrais soupirs d'amour et de volupté qui semblent sortir du cœur et font palpiter tous les cœurs, qui causent à tout ce qui est sensible une émotion si douce, une langueur si touchante : c'est dans ces tons passionnés que l'on reconnaît le langage du sentiment qu'un époux heureux adresse à une compagne chérie, et qu'elle seule peut lui inspirer; tandis que dans d'autres phrases plus étonnantes peut-être, mais moins expressives, on reconnaît le simple projet de l'amuser et de lui plaire , ou bien de disputer devant elle le prix du chant à des rivaux jaloux de sa gloire et de son bonheur.
Ces différentes phrases sont entremêlées de silences a, de ces silences qui dans tout genre de mélodies concourent si puissamment aux grands effets; on jouit des beaux sons que l'on vient d'entendre et qui retentissent encore dans l'oreille; on en jouit mieux parce que la jouissance est plus intime, plus recueillie, et n'est point troublée par des sensations nouvelles; bientôt on attend, on désire une autre reprise : on espère que ce sera celle qui plaît; si l'on est trompé, la beauté du morceau que l'on entend ne permet pas de regretter celui qui n'est que différé, et l'on conserve l'intérêt de l'espérance pour les reprises qui suivront. Au reste, une des raisons pourquoi le chant du rossignol est plus remarqué et produit plus d'effet, c'est, comme dit très-bien M. Barrington, parce que chantant la nuit, qui est le temps le plus favorable, et chantant seul, sa voix a tout son éclat, et n'est offusquée par aucune autre voix; il efface tous les autres oiseaux, suivant le même M. Barrington, par ses sons moelleux et flûtes, et par la durée non interompue de son ramage, qu'il soutient quelquefois pendant vingt secondes; le même observateur a compté dans ce ramage seize reprises différentes, bien déterminées par leurs premières et dernières notes, et dont l'oiseau sait varier avec goût les notes intermédiaires; enfin, il s'est assuré que la sphère que remplit la voix du rossignol n'a pas moins d'un mille de diamètre, surtout lorsque l'air est calme, ce qui égale au moins la portée de la voix humaine.
Il est étonnant qu'un si petit oiseau, qui ne pèse pas une demi-once, ait tant de force dans les organes de la voix : aussi M. Hunter a-t-il observé que les muscles du larynx, ou si l'on veut du gosier, étaient plus forts à propor-
a. M. Barrington nous apprend que les oiseleurs anglais et les gens de la campagne qui ont de fréquentes occasions d'entendre le rossignol , désignent les principales de ses phrases par des noms particuliers, sweet ; jug sweet; sweetjug ; piperattle; bell pipe ; swat , swat , swaty; water-bubble ; scroly ; skeg ; skeg, skeg ; whitlow , whitluw, whitlow. Mais il faut remarquer que, dans l'application que l'on a faite de ces noms différents aux différentes phiases du chant des oiseaux, on a fait plus d'attention au son de chaque mot qu'à sa signification.
tion dans cette espèce que dans toute autre, et même plus forts dans le mâle qui chante que dans la femelle qui ne chante point.
Aristote et Pline d'après lui disent que le chant du rossignol dure dans toute sa force quinze jours et quinze nuits, sans interruption, dans le temps où les arhres se couvrent de verdure, ce qui doit ne s'entendre que des rossignols sauvages et n'être pas pris à la rigueur, car ces oiseaux ne sont pas muets avant ni après l'époque fixée par Aristote : à la vérité, ils ne chantent pas alors avec autant d'ardeur ni aussi constamment; ils commencent d'ordinaire au mois d'avril , et ne finissent tout à fait qu'au mois de juin, vers le solstice; mais la véritable époque où leur chant diminue beaucoup, c'est celle où leurs petits viennent à éclore, parce qu'ils s'occupent alors du soin de les nourrir, et que dans l'ordre des instincts la nature a donné la prépondérance à ceux qui tendent à la conservation des espèces. Les rossignols captifs continuent de chanter pendant neuf ou dix mois, et leur chant est non-seulement plus longtemps soutenu, mais encore plus parfait et mieux formé : de là M. Barrington tire celle conséquence, que dans celle espèce, ainsi que dans bien d'autres, le mâle ne chante pas pour amuser sa femelle ni pour charmer ses ennuis durant l'incubation, conséquence juste et de toute vérité. En effet, la femelle qui couve remplit celte fonction par un instinct, ou plutôt par une passion plus forte en elle que la passion même de l'amour ; elle y trouve des jouissances intérieures dont nous ne pouvons bien juger, mais qu'elle paraît sentir vivement, et qui ne permettent pas de supposer que dans ces moments elle ail besoin de consolation. Or, puisque ce n'est ni par devoir ni par vertu que la femelle couve, ce n'est point, non plus par procédé que le mâle chante; il ne chante pas en effet durant la seconde incubation : c'est l'amour, et surtout le premier période de l'amour, qui inspire aux oiseaux leur ramage ; c'est au printemps qu'ils éprouvent et le besoin d'aimer et celui de chanter; ce sont les mâles qui ont le plus de désirs, et ce sont eux qui chantent le plus; ils chantent la plus grande partie de l'année, lorsqu'on sait faire régner autour d'eux un printemps perpétuel qui renouvelle incessamment leur ardeur, sans leur offrir aucune occasion de l'éteindre ; c'est ce qui arrive aux rossignols que l'on tient en cage, et même, comme nous venons de le dire, à ceux que l'on prend adultes ; on en a vu qui se sont mis à chanter de toutes leurs forces peu d'heures après avoir été pris. Il s'en faut bien cependant qu'ils soient insensibles à la perte de leur liberté, surtout dans les commencements; ils se laisseraient mourir de faim les sept ou huit premiers jours, si on ne leur donnait la becquée ; et ils se casseraient la tête contre le plafond de leur cage, si on ne leur attachait les ailes ; mais à la longue la passion de chanter l'emporte, parce qu'elle est entretenue par une passion plus profonde. Le chant des autres oiseaux, le son des instruments, les accents d'une voix douce et sonore, les excitent aussi beaucoup j ils accourent, ils
s'approchent, attirés par les beaux sons, mais les duos semblent les attirer encore plus puissamment, ce qui prouverait qu'ils ne sont pas insensibles aux effets de l'harmonie; ce ne sont point des auditeurs muets, ils se mettent à l'unisson et font tous leurs efforts pour éclipser leurs rivaux, pour couvrir toutes les autres voix et même tous les autres bruits : on prétend qu'on en a vu tomber morts aux pieds de la personne qui chantait; on en a vu un autre qui s'agitait, gonflait sa gorge et faisait entendre un gazouillement de colère toutes les fois qu'un serin qui était près de lui se disposait à chanter, et il était venu à bout par ses menaces de lui imposer silence", tant il est vrai que la supériorité n'est pas toujours exempte de jalousie! Serait-ce par une suite de cette passion de primer, que ces oiseaux sont si attentifs à prendre leurs avantages, et qu'ils se plaisent à chanter dans un lieu résonnant, ou bien à portée d'un écho?
Tous les rossignols ne chantent pas également bien : il y en a dont le ramage est si médiocre, que les amateurs ne veulent point les garder; on a même cru s'apercevoir que les rossignols d'un pays ne chantaient pas comme ceux d'un autre; les curieux en Angleterre préfèrent, dit-on, ceux de la province de Surrey à ceux de Middlesex, comme ils préfèrent les pinsons de la province d'Essex et les chardonnerets de celle de Kent. Cette diversité de ramage dans des oiseaux d'une même espèce a été comparée, avec raison, aux différences qui se trouvent dans les dialectes d'une même langue : il est difficile d'en assigner les vraies causes, parce que la plupart sont accidentelles. Un rossignol aura entendu, par hasard, d'autres oiseaux chanteurs, les efforts que l'émulation lui aura fait faire auront perfectionné son chant, et il l'aura transmis ainsi perfectionné à ses descendants; car chaque père est le maître à chanter de ses petits 6; et l'on sent combien, dans la suite des générations, ce même chant peut être encore perfectionné ou modifié diversement par d'autres hasards semblables.
Passé le mois de juin, le rossignol ne chante plus, et il ne lui reste qu'un cri rauque, une sorte de croassement, où l'on ne reconnaît point du tout la mélodieuse Philomèle ; et il n'est pas surprenant qu'autrefois, en Italie, on lui donnât un autre nom dans cette circonstance c : c'est en effet un autre
a. Note de M. de Varicourt, avocat. M. le Moine, trésorier de France, à Dijon, qui met son plaisir à élever des rossignols , a aussi remarqué que les siens poursuivaient avec colère un serin privé qu'il avait dans la même chambre , lorsque celui-ci s'approchait de leur cage ; mais cette jalousie se tourne quelquefois en émulation; car on a vu des rossignols qui chantaient mieux que les autres uniquement parce qu'ils avaient entendu des oiseaux qui ne chantaient pas si bien qu'eux. « Gertant iuter se , palàmque animosa contentio est : victa morte finit sœpe « vitam. » Pline , lib. x, cap. xxix. On a cru les entendre ebanter entre eux des espèces de duos à la tierce.
6. « Plures singulis sunt cantus et non iidem omnibus. » Pline, lib. x, cap. xxix. — « Jam « ver6 luscinia pullos suos docere, visa est... Audit discipula... et reddit; intelligitur emendata a correctio , et in docente quaedam reprehensio. » Ibid , lib. iv, cap. ix.
c. « Adultâ astate, vocem mittit diversam, non etiam variam aut celerem, modulatàmque,
oiseau, un oiseau absolument différent, du moins quant à la voix, et même un peu quant aux couleurs du plumage.
Dans l'espèce du rossignol, comme dans toutes les autres, il se trouve quelquefois des femelles qui participent à la constitution du mâle, à ses habitudes, et spécialement à celle de chanter. J'ai vu une de ces femelles chantantes qui était privée; son ramage ressemblait à celui du mâle; cependant il n'était ni aussi fort ni aussi varié; elle le conserva jusqu'au printemps; mais alors, subordonnant l'exercice de ce talent qui lui était étranger aux véritables fonctions de son sexe, elle se tut pour faire son nid et sa ponte, quoiqu'elle n'eût point de mâle. Il semble que dans les pays chauds, tels que la Grèce , il est assez ordinaire de voir de ces femelles chantantes , et dans cette espèce et dans beaucoup d'autres, du moins c'est ce qui résulte d'un passage d'Aristote °.
Un musicien , dit M. Frisch, devrait étudier le chant du rossignol et le noter; c'est ce qu'essaya jadis le jésuite Kircher b, et ce qu'a tenté nouvellement M. Barrington ; mais, de l'aveu de ce dernier, c'a été sans aucun succès; ces airs notés, étant exécutés par le plus habile joueur de flûte, ne ressemblaient point du tout au chant du rossignol. M. Barrington soupçonne que la difficulté vient de ce qu'on ne peut apprécier au juste la durée relative, ou, si l'on veut, la valeur de chaque note; cependant, quoiqu'il ne soit point aisé de déterminer la mesure que suit le rossignol lorsqu'il chante , de saisir ce rhythme si varié dans ses mouvements, si nuancé dans ses transitions, si libre dans sa marche, si indépendant de toutes nos règles de convention , et par cela même si convenable au chantre de la nature, ce rhythme, en un mot, fait pour être finement senti par un organe délicat , et non pour être marqué à grand bruit par un bâton d'orchestre; il me paraît encore plus difficile d'imiter avec un instrument mort les sons du rossignol, ses accents si pleins d'âme et de vie, ses tours de gosier, son expression, ses soupirs; il faut pour cela un instrument vivant, et d'une perfection rare, je veux dire une voix sonore, harmonieuse et légère, un timbre pur, moelleux, éclatant, un gosier de la plus grande flexibilité, et tout cela guidé par une oreille juste, soutenu par un tact sûr, et vivifié par une sensibilité exquise voilà les instruments avec lesquels on peut rendre le chant du rossignol J'ai vu deux personnes qui n'en auraient pas noté un seul passage, et qu cependant l'imitaient dans toute son étendue, et de manière à faire illusion c'était deux hommes: ils sifflaient plutôt qu'ils ne chantaient; mais l'un
« sed simplicem.... et quidem in terra Italà alio nomme tùm appellatur. » Aristote, Hist. animal., lib. îx, cap. xlix.
a. « Canunt nonnulli mares perinde ut suas fœminae, sicut in lusciuiarum génère patet; « fœmina tamen cessât canere dum incubât. » Aristote, Hist. animal., lib. iv, cap. îx. — Les enthousiastes des beaux sons croient que ceux du rossignol contribuent plus que la chaleur à vivifier le fœtus dans l'œuf.