‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 406 sur 459 · Voyez sa Musurgie · texte numérisé non relu

Voyez sa Musurgie

sifflait si naturellement, qu'on ne pouvait distinguer à la conformation de ses lèvres si c'était lui ou son voisin qu'on entendait ; l'autre sifflait avec plus d'effort; il était même obligé de prendre une attitude contrainte; mais, quant à l'effet, son imitation n'était pas moins parfaite; enfin on voyait, il y a fort peu d'années, à Londres, un homme qui, par son chant, savait attirer les rossignols au point qu'ils venaient se percher sur lui et se laissaient prendre à la main a.

Comme il n'est pas donné à tout le monde de s'approprier le chant du rossignol par une imitation fidèle, et que tout le monde est curieux d'en jouir, plusieurs ont tâché de se l'approprier d'une manière plus simple, je veux dire en se rendant maîtres du rossignol lui-même, et le réduisant à l'état de domesticité; mais c'est un domestique d'une humeur difficile, et dont on ne tire le service désiré qu'en ménageant son caractère. L'amour et la gaieté ne se commandent pas, encore moins les chants qu'ils inspirent: si l'on veut faire chanter le rossignol captif, il faut le bien traiter dans sa prison, il faut en peindre les murs de la couleur de ses bosquets, l'environner, l'ombrager de feuillages, étendre de la mousse sous ses pieds, le garantir du froid et des visites importunes6, lui donner une nourriture abondante ut qui lui plaise; en un mot, il faut lui faire illusion sur sa captivité, et lâcher de la rendre aussi douce que la liberté, s'il était possible. A ces conditions, le rossignol chantera dans la cage : si c'est un vieux pris dans le commencement du printemps, il chantera au bout de huit jours, et même plus tôt c, et il recommencera à chanter tous les ans au mois de mai et sur la fin de décembre; si ce sont des jeunes de la première ponte, élevés à la brochette, ils commenceront à gazouiller dès qu'ils commenceront à manger seuls; leur voix se haussera, se formera par degrés; elle sera dans toute sa force sur la fin de décembre, et ils l'exerceront tous les jours de l'année, excepté au temps de la mue; ils chanteront beaucoup mieux que les rossignols sauvages; ils embelliront leur chant naturel de tous les passages qui leur plairont dans le chant des autres oiseaux qu'on leur fera entendre d, et de tous ceux que leur inspirera l'envie de les surpasser; ils apprendront à chanter des airs, si on a la patience et le mauvais goût de les siffler avec la rossignolette; ils apprendront même à chanter alternativement avec un chœur, et à répéter leur couplet à propos; enfin, ils apprendront à parler

a. Animal Register, 1764. Aldrovande , 783. « Homines reperti qui sonum earum addità in « tiansversas arundines aquà, forameu inspirantes... indiscretà redderent similitudine. » Pline, lib. x, cap. xsix.

6. On recommande même de le nettoyer rarement lorsqu'il chante.

c. Ceux qu'on prend après le 15 de mai chantent rarement le reste de la saison; ceux qui ne chantent pas au bout de quinze jours ne chantent jamais bien, et souvent sont des femelles.

d. « Avicularum nonnullae haud vocem paternam emittunt , cùm educatione paternà carue- « nnt, et cantibus (aliis) insueveriut. » Pline, lib. iv, cap. ix. — « Visum saepe jussas cpci* « nisse et cum symphonià alternasse. » Lib. x, cap. xxix.

vi. 32

quelle langue on voudra. Les fils de l'empereur Claude en avaient qui parlaient grec et latin a; mais ce qu'ajoute Pline est plus merveilleux, c'est que tous les jours ces oiseaux préparaient de nouvelles phrases, et même des phrases assez longues, dont ils régalaient leurs maîtres \ L'adroite flatterie a pu faire croire cela à de jeunes princes; mais un philosophe tel que Pline ne devait se permettre ni de le croire, ni de chercher à le faire croire, parce que rien n'est plus contagieux que l'erreur appuyée d'un grand nom; aussi plusieurs écrivains, se prévalant de l'autorité de Pline, ont renchéri sur le merveilleux de son récit. Gessner, entre autres, rapporte la lettre d'un homme digne de foi (comme on va le voir) où il est question de deux rossignols appartenante un maître d'hôtellerie de Ratisbonne, lesquels passaient les nuits à converser en allemand sur les intérêts politiques de l'Europe, sur ce qui s'était passé, sur ce qui devait arriver bientôt, et qui arriva en effet : à la vérité, pour rendre la chose plus croyable, l'auteur de la lettre avoue que ces rossignols ne faisaient que répéter ce qu'ils avaient entendu dire à quelques militaires, ou à quelques députés de la diète qui fréquentaient la même hôtellerie0; mais avec cet adoucissement même, c'est encore une histoire absurde et qui ne mérite pas d'être réfutée sérieusement.

J'ai dit que les vieux prisonniers avaient deux saisons pour chanter : le mois de mai et celui de décembre; mais ici l'art peut encore faire une seconde violence à la nature, et changer à son gré l'ordre de ces saisons, en tenant les oiseaux dans une chambre rendue obscure par degrés, tant que l'on veut qu'ils gardent le silence, et leur redonnant le jour, aussi par degrés, quelque temps avant celui où l'on veut les entendre chanter; le retour ménagé de la lumière, joint à toutes les autres précautions indiquées ci-dessus, aura sur eux les effets du printemps. Ainsi l'art est parvenu à leur faire chanter et dire ce qu'on veut et quand on veut; et si l'on a un assez grand nombre de ces vieux captifs et qu'on ait la petite industrie de retarder et d'avancer le temps de la mue, on pourra, en les tirant successivement de la chambre obscure, jouir de leur chant toute l'année sans aucune interruption. Parmi les jeunes qu'on élève, il s'en trouve qui chantent la nuit; mais la plupart commencent à se faire entendre le matin sur les huit à neuf heures dans le temps des courts jours, et toujours plus matin à mesure que les jours croissent.

On ne se douterait pas qu'un chant aussi varié que celui du rossignol est renfermé dans les bornes étroites d'une seule octave; c'est cependant ce qui

a. Philostrate en cite un exemple. « Docentur secretô et ubi nulla alia vox... assidente qui « crebrô dicat... ac eibis blandiente.» Pline, lib. x, cap. xlii.

b. <t Prœterea méditantes in diem et assidue nova loquentes longiore etiam coutextu. » Pline, Hist. nat., lib. x, cap. xlii. — Ces jeunes princes étaient Drusus et Britannicus.

c. Gessner, Aves, p. 594.

résulte de l'observation attentive d'un homme de goût, qui joint la justesse de l'oreille aux lumières de l'esprit0 : à la vérité, il a remarqué quelques sons aigus qui allaient à la double octave, et passaient comme des éclairs; mais cela n'arrive que très-rarement6 et lorsque l'oiseau, par un effort de gosier, fait oclavier sa voix comme un flùteur fait octavier sa flûte en forçant le vent.

Cet oiseau est capable à la longue de s'attacher à la personne qui a soin de lui ; lorsqu'une fois la connaissance est faite, il distingue son pas avant de la voir, il la salue d'avance par un cri de joie, et, s'il est en mue, on le voit se fatiguer en efforts inutiles pour chanter, et suppléer par la gaieté de ses mouvements, par l'âme qu'il met dans ses regards, à l'expression que son gosier lui refuse : lorsqu'il perd sa bienfaitrice, il meurt quelquefois de regret ; s'il survit, il lui faut longtemps pour s'accoutumer à une autre c ; il s'attache fortement parce qu'il s'attache difficilement, comme font tous les caractères timides et sauvages; il est aussi très-solitaire. Les rossignols voyagent seuls, arrivent seuls aux mois d'avril et de mai, s'en retournent seuls au mois de septembre d, et lorsqu'au printemps le mâle et la femelle s'apparient pour nicher, cette union particulière semble fortifier encore leur aversion pour la société générale, car ils ne souffrent alors aucun de leurs pareils dans le terrain qu'ils se sont approprié; on croit que c'est afin d'avoir une chasse assez étendue pour subsister eux et leur famille; et ce qui le prouve, c'est que la distance des nids est beaucoup moindre clans un pays où la nourriture abonde : cela prouve aussi que la jalousie n'entre pour rien clans leurs motifs, comme quelques-uns l'ont dit, car on sait que la jalousie ne trouve jamais les dislances assez grandes, et que l'abondance des vivres ne diminue ni ses ombrages ni ses précautions.

Chaque couple commence à faire son nid vers la fin d'avril et au commencement de mai; ils le construisent de feuilles, de joncs, de brins d'herbe grossière en dehors, de petites fibres, de racines, de crin, et d'une espèce de bourre en deilans; ils le placent à une bonne exposition, un peu tournée au levant, et dans le voisinage des eaux ; ils le posent ou sur les branches

a. M. le docteur Remond, qui a traduit plusieurs morceaux de la Collection académique.

b. Le même M. Remond a reconnu dans le chant du rossignol des batteries à la tierce, à la quarte et à l'octave, mais toujours de l'aigu au grave; des cadences toujours mineures, sur presque tous les tons , mais point d'arpèges ni de dessein suivi. M. Barrington a donné une balance des oiseaux chanteurs, où il a exprimé en nombres ronds les degrés de perfection du chant propre à chaque espèce.

c. « Un rossignol , dont j'avais fait présent, dit M. le Moine, ne voyant plus sa gouvernante, « cessa de manger, et bientôt il fut aux abois , il ne pouvait plus se tenir sur le bâton de sa « cage; mais, ayant été remis à sa gouvernante, il se ranima, mangea, but, se percha et fut « rétabli en vingt-quatre heures. » On en a vu, dit-on, qui, ayant été lâchés dans les bois, sont revenus chez leur maître.

d. En Italie, il arrive en mars et avril, et se retire au commencement de novembre; en Angleterre, il arrive en avril et mai, et repart dès le mois d'août : ces époques dépendent, comme on le juge bien, de la température locale et de celle de la saison.

les plus basses des arbustes, tels que les groseilliers, épines blanches, pruniers saunages, charmilles, etc., ou sur une touffe d'herbe, et même à terre, au pied de ces arbustes ; c'est ce qui fait que leurs œufs ou leurs petits, et quelquefois la mère, sont la proie des chiens de chasse, des renards, des fouines, des belettes, des couleuvres, etc.

Dans notre climat, la femelle pond ordinairement cinq œufsa d'un brun verdâtre uniforme, excepté que le brun domine au gros bout, et le verdâtre au petit bout; la femelle couve seule, elle ne quitte son poste que pour chercher à manger, et elle ne le quitte que sur le soir, et lorsqu'elle est pressée par la faim : pendant son absence le mâle semble avoir l'œil sur le nid. Au bout de dix-huit ou vingt jours d'incubation, les petits commencent à éclore; le nombre des mâles est communément plus que double de celui des femelles : aussi, lorsqu'au mois d'avril on prend un mâle apparié, il est bientôt remplacé auprès de la veuve par un autre, et celui-ci par un troisième; en sorte qu'après l'enlèvement successif de trois ou quatre mâles, ia couvée n'en va pas moins bien. La mère dégorge la nourriture à ses petits, comme font les femelles des serins; elle est aidée par le père dans cette intéressante fonction : c'est alors que celui-ci cesse de chanter, pour s'occuper sérieusement du soin de la famille; on dit même que durant l'incubation ils chantent rarement près du nid, de peur de le faire découvrir ; mais lorsqu'on approche de ce nid, la tendresse paternelle se trahit par des cris que lui arrache le danger de la couvée, et qui ne font que l'augmenter. En moins de quinze jours les petits sont couverts de plumes, et c'est alors qu'il faut sevrer ceux qu'on veut élever; lorsqu'ils volent seuls, les père et mère recommencent une autre ponte, et, après celte seconde, une troisième; mais pour que cette dernière réussisse, il faut que les froids ne surviennent pas de bonne heure : dans les pays chauds, ils font jusqu'à quatre pontes, et partout les dernières sont les moins nombreuses.

L'homme, qui ne croit posséder que lorsqu'il peut user et abuser de ce qu'il possède, a trouvé le moyen de faire nicher les rossignols dans la prison; le plus grand obstacle était l'amour de la liberté, qui est très-vif dans ces oiseaux ; mais on a su contrebalancer ce sentiment naturel par des sentiments aussi naturels et plus forts, le besoin d'aimer et de se reproduire, l'amour de la géniture, etc. On prend un mâle et une femelle appariés, et on les lâche dans une grande volière, ou plutôt dans un coin de jardin planté d'ifs, de charmilles et autres arbrisseaux, et dont on aura fait une volière en l'environnant de fdets : c'est la manière la plus douce et la plus ïûre d'obtenir de leur race; on peut encore y réussir, mais plus difficilement, en plaçant ce mâle et celte femelle dans un cabinet peu éclairé, chacun dans une cage séparée, leur donnant tous les jours à manger aux mêmes

a. Arislote dit cinq ou six : cela peut être vrai de la Grèce, qui est un pays plus chaud, et fù il peut y avoir plus de fécondité.

heures, laissant quelquefois les cages ouvertes afin qu'ils fassent connaissance avec le cabinet, la leur ouvrant tout à fait au mois d'avril pour ne la plus fermer, et leur fournissant alors les matériaux qu'ils ont coutume d'employer à leurs nids, tels que feuilles de chêne, mousse, chiendent épluché, bourre de cerf, des crins, de la terre, de l'eau ; mais on aura soin de retirer l'eau quand la femelle couvera0. On a aussi cherché le moyen d'établir des rossignols dans un endroit où il n'y en a point encore eu; pour cela on tâche de prendre le père, la mère, et toute la couvée avec le nid, c:: Uansporte ce nid dans un site qu'on aura choisi le plus semblable à celui d'où on l'aura enlevé ; on tient les deux cages qui renferment le père et la mère à portée des petits, jusqu'à ce qu'ils aient entendu leur cri d'appel, alors on leur ouvre la cage sans se montrer ; le mouvement de la nature les porte droit au lieu où ils ont entendu crier leurs petits ; ils leur donnent tout de suite la becquée, ils continueront de les nourrir tant qu'il sera nécessaire, et l'on prétend que l'année suivante ils reviendront au même endroit6 : ils y reviendront, sans doute, s'ils y trouvent une nourriture convenable et les commodités pour nicher, car sans cela tous les autres soins seraient à pure perle, et avec cela ils seront à peu près superflus".

Si l'on veut élever soi-même de jeunes rossignols, il faut préférer ceux de la première ponte, et leur donner tel instituteur que l'on jugera à propos ; mais les meilleurs, à mon avis, ce sont d'autres rossignols, surtout ceux qui chantent le mieux.

Au mois d'août les vieux et les jeunes quittent les bois pour se rapprocher des buissons, des haies vives, des terres nouvellement labourées, où ils trouvent plus de vers et d'insectes : peut-être aussi ce mouvement général a-t-il quelque rapport à leur prochain départ; il n'en reste point en France pendant l'hiver, non plus qu'en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Grèce, etc. d; et comme on assure qu'il n'y en a point en Afrique e, on peut juger qu'ils se retirent en Asie'. Cela est d'autant plus vraisemblable que l'on en trouve en Perse, à la Chine et même au Japon, où ils sont fort recherchés, puisque ceux qui ont la voix belle s'y vendent, dit-on, vingt cobangs0. Ils sont généralement répandus dans toute l'Europe, jus-

a. Voyez le Traité du Rossignol, p. 96. 6. Idem, p. 105.

c. Lorsqu'il y a dans un endroit nourriture abondante et commodités pour nicher, on a beau prendre ou détruire les rossignols, il en revient toujours d'autres, dit M. Frisch.

d. Le rossignol disparait en automne, et ne reparaît qu'au printemps, dit Aristote, Hist. animal., lib. v, cap. ix.

e. Voyez le Traité du Rossignol, p. 21. A la vérité, le voyageur Le Maire parle d'un rossignol du Sénégal ( Voyage aux Canaries, etc., p. 104), mais qui ne chante pas si bien que le nôtre.

f. Voyez Olina, Uccelleria, p. 1. Ils se trouvent dans les saussaies et parmi les oliviers de Judée. Hasselquist.

g. Kœmpfer, Hist. du Japon, 1. 1, p. 13. Le cobang vaut quarante taels, le tael cinquante-

qu'en Suède el en Sibérie0, où ils chantent très-agréablement; mais en Europe comme en Asie, il y a des contrées qui ne leur conviennent point, el où ils ne s'arrêtent jamais ; par exemple, le Bugey jusqu'à la hauteur de Nantua, une partie de la Hollande, l'Ecosse, l'Irlande6; la partie nord du pays de Galles et même de toute l'Angleterre, excepté la province d'York; le pays des Dauliens aux environs de Delphes, le royaume de Siam, etc. c. Partout ils sont connus pour des oiseaux voyageurs, et cette habitude innée est si forte en eux, que ceux que l'on tient en cage s'agitent beaucoup au printemps et en automne, surtout la nuit, aux époques ordinaires marquées pour leurs migrations : il faut donc que cet instinct qui les porte à voyager soit indépendant de celui qui les porte à éviter le grand froid et à chercher un pays où ils puissent trouver une nourriture convenable; car dans la cage ils n'éprouvent ni froid ni disette, et cependant ils s'agitent.

Cet oiseau appartient à l'ancien continent, et quoique les missionnaires et les voyageurs parlent du rossignol du Canada, de celui de la Louisiane, de celui des Antilles, etc., on sait que ce dernier est une espèce de moqueur, que celui de la Louisiane est le même que celui des Antilles, puisque, selon le Page Dupratz, il se trouve à la Martinique et à la Guadeloupe; et l'on voit, par ce que dit le P. Chailevoix de celui du Canada, ou que ce n'est point un rossignol, ou que c'est un rossignol dégénéré d. Il est possible en effet que cet oiseau, qui fréquente les parties septentrionales de l'Europe et de l'Asie, ait franchi les mers étroites, qui, à cette hauteur, séparent les deux continents, ou qu'il ait été porté dans le nouveau par un coup de vent ou par quelque navire, et que trouvant le climat peu favorable, soit à cause des grands froids, soit à cause de l'humidité, ou du défaut de nourriture8, il chante moins bien au nord de l'Amérique qu'en Asie et en Europe, de même qu'il chante moins bien en Ecosse qu'en Italie/-; car c'est une règle générale que tout oiseau ne chante que peu ou point du tout lorsqu'il

sept sous de France, et les vingt cobangs près de cent louis. Les rossignols étaient bien plus chers à Rome, comme nous le verrons à l'article du rossignol blanc.

a. M. Gmelin parle avec transport des riv.es agréables du ruisseau de Sibérie, appelé Beressouka, et du ramage des oiseaux qui s'y font entendre, parmi lesquels le rossignol tient le premier rang. Voyage de Sibérie, t. 1, p. 112.

b. Voyez Aldrovande, t. II, p. 784. Je sais qu'on a douté de ce qui regarde rirlande} l'Ecosse et la Hollande , mais ces assertions ne doivent pas être prises à la rigueur, elles signifient seulement que les rossignols sont fort rares dans ces pays; il doivent l'être en effet partout où il y a peu de bois et de buissons, peu de chaleur, peu d'insectes, peu de belles nuits, etc.

c. Voyages de Struys, t. I, p. 53.

d. « Le rossignol de Canada , dit ce missionnaire, est à peu près le même que le nôtre par la « figure, mais il n'a que la moitié de son chant. » Nouvelle-France , t. III, p. 157.

e. Je sais qu'il y a beaucoup d'insectes en Amérique, mais la plupart sont si gros et si bien armés, que le rossignol, loin d'en pouvoir faire sa proie, aurait souvent peine à se défendre contre leurs attaques.

f. Voyez Aldrovande , Ornithol., t. II , p. 785, où il cite Petrus Apponensis. Cet oiseau paraît donc quelquefois en Ecosse.

souffre du froid, de la faim, etc., et l'on sait d'ailleurs que le climat de l'Amérique, et surtout du Canada, n'est rien moins que favorable au chant des oiseaux ; c'est ce qu'aura éprouvé notre rossignol transplanté au Canada; car il est plus que probable qu'il s'y trouve aujourd'hui, l'indication trop peu circonstanciée du P. Charlevoix ayant été confirmée depuis par le témoignage positif d'un médecin résidant à Québec, et de quelques voyageurs a.

Comme les rossignols, du moins les mâles, passent toutes les nuits du printemps à chanter, les anciens s'étaient persuadé qu'ils ne dormaient point dans cette saison*, et de cette conséquence peu juste est née cette erreur que leur chair était une nourriture antisoporeuse, qu'il suffisait d'en mettre le cœur et les yeux sous l'oreiller d'une personne pour lui donner une insomnie; enfin ces erreurs gagnant du terrain, et passant dans les arts, le rossignol est devenu l'emblème de la vigilance. Mais les modernes, qui ont observé de plus près ces oiseaux, se sont aperçus que dans la saison du chant ils dormaient pendant le jour, et que ce sommeil du jour, surtout en hiver, annonçait qu'ils étaient prêts à reprendre leur ramage. Non-seulement ils dorment, mais ils rêvent0, et d'un rêve de rossignol, car on les entend gazouiller à demi-voix et chanter tout bas. Au reste, on a débité beaucoup d'autres fables sur cet oiseau, comme on fait sur tout ce qui a de la célébrité; on a dit qu'une vipère, ou, selon d'autres un crapaud, le fixant lorsqu'il chante, le fascine par le seul ascendant de son regard au point qu'il perd insensiblement la voix et finit par tomber dans la gueule béante du reptile. On a dit que les père et mère ne soignaient parmi leurs petits que ceux qui montraient du talent, et qu'ils tuaient les autres ou les laissaient périr d'inanition (il faut supposer qu'ils savent excepter les femelles). On a dit qu'ils chantaient beaucoup mieux lorsqu'on les écoutait que lorsqu'ils chantaient pour leur plaisir. Toutes ces erreurs dérivent d'une source commune, de l'habitude où sont les hommes de prêter aux animaux leurs faiblesses, leurs passions et leurs vices.

Les rossignols qu'on tient en cage ont coutume de se baigner après qu'ils ont chanté : M. Héhert a remarqué que c'était la première chose qu'ils faisaient le soir, au moment où l'on allumait la chandelle; il a aussi observé un autre effet de la lumière sur ces oiseaux dont il est bon d'avertir : un mâle qui chantait très-bien, s'étant échappé de sa cage, s'élança dans le feu où il périt avant qu'on pût lui donner aucun secours.

Ces oiseaux ont une espèce de balancement du corps qu'ils élèvent et

a. Ce médecin a mandé à M. de Salerne, que notre rossignol se trouve au Canada comme ici dans la saison. Il se trouve aussi à la Gaspesie, selon le Père Leclerc, et n'y chante pas si bien.

b. Hésiode, Élien. Voyez ce dernier, lib. su.

c. Voyez le Traité du Rossignol.

5Ci LE ROSSIGNOL.

abaissent tour à tour, et presque parallèlement au plan de position; les mâles que j'ai vus avaient ce balancement singulier, mais une femelle que j'ai gardée deux ans ne l'avait pas : dans tous la queue a un mouvement propre de haut en bas, fort marqué, et qui sans doute a donné occasion à M. Linnœus de les ranger parmi les hoche-queues ou motacilles.

Les rossignols se cachent au plus épais des buissons : ils se nourrissent d'insectes aquatiques et autres, de petits vers, d'œufs ou plutôt de nymphes de fourmis ; ils mangent aussi des figues, des baies, etc. ; mais comme il serait difficile de fournir habituellement ces sortes de nourritures à ceux que l'on tient en cage, on a imaginé différentes pâtées dont ils s'accommodent fort bien. Je donnerai dans les notes celle dont se sert un amateur de ma connaissance", parce qu'elle est éprouvée, et que j'ai vu un rossignol qui, avec celle seule nourriture, a vécu jusqu'à sa dix-septième année : ce vieillard avait commencé à grisonner dès l'âge de sept ans; à quinze il avait des pennes entièrement blanches aux ailes et à la queue; ses jambes, ou plutôt ses tarses, avaient beaucoup grossi, par l'accroissement extraordinaire qu'avaient pris les lames dont ces parties sont recouvertes dans les oiseaux; enfin, il avait des espèces de nodus aux doigts comme les goutteux, et on était obligé de temps en temps de lui rogner la pointe du bec supérieur*; mais il n'avait que cela des incommodités de la vieillesse; il était toujours gai, toujours chantant comme dans son plus bel âge, toujours caressant la main qui le nourrissait. Il faut remarquer que ce rossignol n'avait jamais été apparié : l'amour semble abréger les jours, mais il les remplit, il remplit de plus le vœu de la nature ; sans lui les sentiments si doux de la paternité seraient inconnus; enfin, il étend l'existence dans l'avenir et procure, au moyen des générations qui se succèdent, une sorte d'immortalité : grands et précieux dédommagements de quelques jours de tristesse et d'infirmités qu'il retranche peut-être à la vieillesse !

On a reconnu que les drogues échauffantes et les parfums excitaient les rossignols à chanter; que les vers de farine et ceux du fumier leur convenaient lorsqu'ils étaient trop gras, et les figues lorsqu'ils étaient trop mai-

a. M. le Moine, que j'ai déjà eu occasion de citer plusieurs fois, donne des pâtées différentes, selon les différents âges; celle du premier âge est composée de coeur de mouton , mie de pain, chènevis et persil, parfaitement piles et mêlés; il en faut tous les jours de la nouvelle. La seconde consiste en parties égales d'omelette hachée et de mie de pain, avec une pincée de persil hachée. La troisième est plus composée et demande plus de façon : prenez deux livres de Lœuf maigre, une demi-livre de pois chiches , autant de millet jaune ou écorcé, de semence de pavot Liane et d'amandes douces , une livre de miel blanc, deux onces de fleur de farine, douze jaunes d'œufs frais, deux ou trois onces de beurre frais et un gros et demi de safran en poudre, le tout séché, chauffé longtemps en remuant toujours, et réduit eu une poussière très-fine, passée au tamis de soie. Cette poudre se conserve et sert pendant un an.

6. Les ongles des rossignols que l'on tient en cage croissent aussi beaucoup dans les commencements, et au point qu'ils leur deviennent embarrassants par leur excessive longueur : j'en ai tu qui formaient un demi-cercle de cinq lignes de diamètre; mais dans la grande vieillesse il ne leur en reste presque point.

grès; enfin, que les araignées étaient pour eux un purgatif : on conseille de leur faire prendre tous les ans ce purgatif au mois d'avril ; une demi-douzaine d'araignées sont la dose; on recommande aussi de ne leur rien donner de salé.

Lorsqu'ils ont avalé quelque chose d'indigeste, ils le rejettent sous la forme de pilules ou de petites pelotes, comme font les oiseaux de proie, et ce sont en effet des oiseaux de proie très-petits, mais très-féroces, puisqu'ils ne vivent que d'êtres vivants. Il est vrai que Belon admire la providence qu'ils ont de n'avaler aucun petit verm qu'ils ne l'aient premièrement fait mourir; mais c'est apparemment pour éviter la sensation désagréable que leur causerait une proie vivante, et qui pourrait continuer de vivre dans leur estomac à leurs dépens.

Tous les pièges sont bons pour les rossignols : ils sont peu défiants, quoique assez timides; si on les lâche dans un endroit où il y a d'autre? oiseaux en cage, ils vont droit à eux, et c'est un moyen, entre beaucoup d'autres, pour les attirer; le chant de leurs camarades, le son des instruments de musique , celui d'une belle voix, comme on l'a vu plus haut, et même des cris désagréables, tels que ceux d'un chat attaché au pied d'un arbre et que l'on tourmente exprès, tout cela les fait venir également; ils sont curieux, et même badauds; ils admirent tout, et sont dupes de tout0; on les prend à la pipée, aux gluaux, avec le trébuchet des mésanges, dans des regingleltes tendues sur de la terre nouvellement remuée6, où l'on a répandu des nymphes de fourmis, des vers de farine, ou bien ce qui y ressemble, comme de petits morceaux de blancs d'œufs durcis, etc. Il faut avoir l'attention de faire ces reginglettes et autres pièges de même genre avec du taffetas, et non avec du filet , où leurs plumes s'embarrasseraient , et où ils en pourraient perdre quelques-unes, ce qui retarderait leur chant; il faut au contraire, pour l'avancer au temps de la mue, leur arracher les pennes de la queue, afin que les nouvelles soient plus tôt revenues; car tant que la nature travaille à reproduire ces plumes, elle leur interdit le chant.

Ces oiseaux sont fort bons à manger lorsqu'ils sont gras, et le disputent aux ortolans ; on les engraisse en Gascogne pour la table ; cela rappelle la fantaisie d'Héliogabale, qui mangeait des langues de rossignols, de paons, etc., et le plat fameux du comédien Ésope, composé d'une centaine d'oiseaux tous recommandables par leur talent de chanter ou par celui de parler c.

a. Avis miratrix, dit M. Linnœus.

b. Quelquefois ils se trouvent en très-grand nombre dans un pays. Belon a été témoin que, dans un village de la forêt d'Ardenne, les petits bergers en prenaient tous les jours chacun une vingtaine, avec beaucoup d'autres petits oiseaux; c'était une année de sécheresse, « et toutes

« les mares, dit Belon, étoient taries ailleurs car ils se tiennent adonc dedans les forêts, en

« l'endroit où est l'humeur. »

c. Pline, lib. x, cap. u. Ce plat fut estimé six cents sesterces. Aldovrande a aussi mangé 'es rossignols et les a trouvés bons.

Comme il est fort essentiel de ne pas perdre son temps à élever des femelles, on a indiqué beaucoup de marques distinctives pour reconnaître les mâles : ils ont, dit-on , l'œil plus grand, la tête plus ronde, le bec plus long, plus large à sa base, surtout étant vu par-dessous ; le plumage plus haut en couleur, le ventre moins blanc , la queue plus touffue et plus largo lorsqu'ils la déploient; ils commencent plus tôt à gazouiller, et leur gazouillement est plus soutenu ; ils ont l'anus plus gonflé dans la saison de l'amour, et ils se tiennent longtemps en la même place, portés sur un seul pied , au lieu que la femelle court çà et là dans la cage; d'autres ajoutent que le mâle a à chaque aile deux ou trois pennes dont le côté extérieur et apparent est noir, et que ses jambes, lorsqu'on regarde la lumière au travers, paraissent rougeâtres, tandis que celles de la femelle paraissent blanchâtres; au reste, celte femelle a dans la queue le même mouvement que le mâle; et lorsqu'elle est en joie, elle sautille comme lui, au lieu de marcher. Ajoutez à cela les différences intérieures, qui sont plus décisives : les mâles, que j'ai disséqués au printemps, avaient deux testicules fort gros, de forme ovoïde; le plus gros des deux (car ils n'étaient pas égaux) avait trois lignes et demie de long sur deux de large; l'ovaire des femelles, que j'ai observées dans le même temps, contenait des œufs de différentes grosseurs, depuis un quart de ligne jusqu'à une ligne de diamètre.

Il s'en faut bien que le plumage de cet oiseau réponde à son ramage; il a tout le dessus du corps d'un brun plus ou moins roux; la gorge, la poitrine et le ventre, d'un gris blanc; le devant du cou d'un gris plus foncé; les couvertures inférieures de la queue et des ailes d'un blanc roussâtre, plus roussâtre dans les mâles; les pennes des ailes d'un gris brun tirant au roux, la queue d'un brun plus roux; le bec brun, les pieds aussi, mais avec une teinte de couleur de chair ; le fond des plumes cendré foncé.

On prétend que les rossignols qui sont nés dans les contrées méridionales ont le plumage plus obscur, et que ceux des contrées septentrionales ont plus de blanc : les jeunes mâles sont aussi , dit-on , plus blanchâtres que les jeunes femelles, et en général la couleur des jeunes est plus variée avant la mue, c'est-à-dire avant la fin de juillet, et elle est si semblable à celle des jeunes rouge-queues, qu'on les distinguerait à peine s'ils n'avaient pas un cri différent °: aussi ces deux espèces sont-elles amies b.

Longueur totale, six pouces un quart; bec huit lignes, jaune en dedans, ayant une grande ouverture, les bords de la pièce supérieure échancrés près de la pointe; tarse un pouce; doigt extérieur uni à celui du milieu par sa base; ongles déliés, le postérieur le plus fort de tous, vol neuf pouces,

a. Le petit rossignol mâle dit ziscra, ciscra suivant Olina; croi,croi, selon d'autres : chacun a 6a manière d'entendre et de rendre ces sons indéterminés, et d'ailleurs fort variables.

b. On dit même qu'elles contractent des alliances entre elles.

queue trente lignes, composée de douze pennes, dépasse les ailes de seize lignes.

Tube intestinal, du ventricule à l'anus, sept pouces quatre lignes; œsophage près de deux pouces, se dilatant en une espèce de poche glanduleuse avant son insertion dans le gésier; celui-ci musculeux, il occupait la partie gauche du bas-ventre, n'était point recouvert par les intestins, mais seulement par un lobe du foie; deux très-petits cœcums, une vésicule du fiel , le bout de la langue garni de filets et comme tronqué, ce qui n'était pas ignoré des anciens", et peut avoir donné lieu à la fable de Philomèle qui eut la langue coupée.

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