‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 439 sur 459 · LA GORGE-BLEUE · texte numérisé non relu

LA GORGE-BLEUE

espèce de sa gorge-bleue de Gibraltar* , d'où apparemment l'on avait apporté la femelle de cet oiseau.

Entre les mâles adultes, les uns ont tonte la gorge bleue, et vraisemblablement ce sont les vieux, d'autant que le reste des couleurs et la zone rouge de la poitrine paraissent plus foncés dans ces individus; les autres, en plus grand nombre, ont une tache, comme un demi-collier, d'un beau blanc, dont Frisch compare l'éclat à celui de l'argent poli6 ; c'est d'après ce caractère que les oiseleurs du Brandebourg ont donné à la gorge-bleue le nom à' oiseau à miroir.

Ces riches couleurs s'effacent dans l'état de captivité, et la gorge-bleue mise en cage commence à les perdre dès la première mue. On la prend au fdet comme les rossignols, et avec le même appàtc. Dans la saison où ces oiseaux deviennent gras, ils sont, ainsi que tous les petits oiseaux à chair délicate, l'objet des grandes pipées : ceux-ci sont néanmoins assez rares et même inconnus dans la plupart de nos provinces ; on en voit au temps du passage, dans la partie basse des Vosges, vers Sarrebourg, suivant M. Lottinger ; mais un autre observateur nous assure que ces oiseaux ne remontent pas jusque dans l'épaisseur de ces montagnes au midi ; ils sont plus communs en Alsace, et quoique généralement répandus en Allemagne et jusqu'en Prusse, nulle part ils ne sont bien communs, et l'espèce paraît beau^ coup moins nombreuse que celle du rouge-gorge; cependant elle s'est assez étendue. Au nom que lui donne Barrère1*, on peut croire que la gorgebleue est fréquente dans les Pyrénées ; nous voyons par la dénomination de la seconde espèce prétendue de M. Brisson, que cet oiseau se trouve jusqu'à Gibraltar. Nous savons d'ailleurs qu'on le voit en Provence, où le peuple l'appelle cul-rousset-bleu, et on le croirait indigène en Suède au nom que lui donne M. Linnseus" ; mais ce nom mal appliqué prouve seulement que cet oiseau fréquente les régions du Nord ; il les quitte en automne pour voyager et chercher sa nourriture dans des climats plus doux : cette habitude ou plutôt cette nécessité est commune à la gorge-bleue et à tous les oiseaux qui vivent d'insectes et de fruits tendres.

a. Ornithologie , t. II, p. 416.

b. Apparemment M. Linnœus se trompe en donnant cette couleur comme un blanc terne et jaunâtre : « Macula flavescente albedine cincta. » Fauna Suecica.

c. Le ver de farine.

cl. Motacilla Pyrenaïca. Ornithol., class. 3, g. 19, sp. 6.

e. Motacilla Suecica. Syst. nat.} édit. X , g. 99, sp. 24. Avis Carolina, édit. VI, g. 82, sp. 7; et en sui'doi-, cmls-vogel.

QUI A RAPPORT AU ROUGE-GORGE ET A LA GORGE-BLEUE. LE ROUGE-GORGE BLEU DE L' AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE."*

Notre rouge-gorge est un oiseau trop faible et de vol trop court pour avoir passé en Amérique par les mers; il craint trop les grands hivers pour y avoir pénétré par les terres du Nord; mais la nature a produit dans ces vastes régions une espèce analogue et qui le représente, c'est le rougegorge bleu qui se trouve dans les parties de l'Amérique septentrionale, depuis la "Virginie, la Caroline et la Louisiane, jusqu'aux îles Bermudes. Catesby nous en a donné le premier la description; Edwards a représenté cet oiseau, et tous deux conviennent qu'il faut le rapporter au rouge-gorge d'Europe comme espèce très-voisine b. Nous l'avons fait représenter dans nos planches enluminées, n° 390 ; il est un peu plus grand que le rougegorge, ayant six pouces trois lignes de longueur, et dix pouces huit lignes de vol. Catesby remarque qu'il vole rapidement et que ses ailes sont longuesc; la tête, le dessus du corps, de la queue et des ailes sont d'un trèsbeau bleu, excepté que la pointe de l'aile est brune; la gorge et la poitrine sont d'un jaune de rouille assez vif; le ventre est blanc. Dans quelques individus, tel que celui que Catesby a représenté, le bleu de la tète enveloppe aussi la gorge; dans les autres, comme celui d'Edwards et celui de nos planches enluminées, figure 1, qui est le mâle, le roux couvre tout le devant du corps jusque sous le bec. La femelle, n° 2 de la même planche, a les couleurs plus ternes, le bleu mêlé de noirâtre; les petites pennes de l'aile de celte dernière couleur et frangées de blanc : au reste, cet oiseau est d'un naturel très-doux d, et ne se nourrit que d'insectes; il fait son nid dans les trous d'arbres : différence de mœurs peut-être suggérée par celle

a. Rouge-gorge de la Caroline. Catesby, t. I, p. 147, avec une belle figure, pi. 47. — Houge-gorge bleu. Edwards, t. I, p. 24, avec une figure moins bonne que celle de Catesby. — Sylvia gulâ cœrulea; Rubecula Americana cœrulea. Klein, Avi., p. 77, n° 3. — Idem , p. 80, n° 21. Sylvia thorace rubro, supero cor-pore et caudâ cœruleis. — Motacilla suprà cœrulea, subtùs tota rubra. Sialis. Linnaeus, Syst. nat., édit. X, g. 99, sp. 25. — Les Anglais de la Caroline l'appellent blew bird, l'oiseau bleu. — « Ficedula supernè splendidè caerulea, infernè « rufa : ventre caudido ; gutture rufe , maculis cœruleis vario ; remigibus caeruleis; apice fuscis; < rectricibus cae.uleis, supernè saturatiùs, infernè dilutiùs. » Rubecula Carolinensis cœrulea. Brisson, Ornithol, t. III, p. 423.

b. « M. Catesby has call'd his bird, Rubecula Americana; which his a proper name « enough , since both his bird and mine are certainly of tbat genus, of which the robin-red- « breast is a species. » Edwards.

c. Cet oiseau vole fort vite , ses ailes étant très-longues; en sorte que le faucon le poursuit en vain. Catesby, Hist. nat. de la Caroline, t. I, p. 47.

</ Catesby.

' Motacilla sialis (Linn. ). — Genre et sous-genre id.

du climat où les reptiles plus nombreux forcent les oiseaux à éloigner leurs nichées. Catesby assure que celui-ci est très-commun dans toute l'Amérique septentrionale. Ce naturaliste et Edwards sont les seuls qui en aient parlé, et Klein ne fait que l'indiquer d'après eux a.

Cet oiseau, très-vif et très-agile, n'est jamais en repos : toujours voltigeant de buisson en buisson, il ne se pose que pour quelques instants, pendant lesquels il ne cesse encore de soulever les ailes pour s'envoler à tous moments : il s'élève en l'air par petits élans, et retombe en pirouettant sur lui-même. Ce mouvement continuel a été comparé à celui du traquet d'unmoulin, et c'est là, suivant Belon, l'origine du nom de cet oiseau ".

Quoique le vol du traquet soit bas et qu'il s'élève rarement jusqu'à la cime des arbres, il se pose toujours au sommet des buissons et sur les branches les plus élancées des haies et des arbrisseaux, ou sur la pointe des tiges du blé de Turquie dans les champs et sur les échalas les plus hauts dans les vignes; c'est dans les terrains arides, les landes, les bruyères et les prés en montagne qu'il se plaît davantage, et où il fait entendre plus sou-

a. Klein, Avi., p. 77, n° 111, 3; p. 80, n° 21.

6. Rubetra. Aldrovande, Avi., t. II, p. 739, avec deux figures aussi peu reconnaissables

l'une que l'autre, la première prise de Belon, l'autre de l'auteur. — Jonston, Avi., p. 87, avec les deux figures d' Aldrovande , pi. 45. — Rubetra, rubicola. Cliarleton, Exercit., p. 79, n° 7. Idem, Onomast., p. 91, n° 7. — Œnanthe tertia. Sibbald, Scot. illustr., part n , lib. m, p. 18. — Œnanthe nostra tertia. YVillughby, Ornithol., p. 169, avec une bonne figure, pi. 41. — Ray, Synops. slw'.,p. 76, n° a , 4. — Traquet, groulard. Belon, Hist. nat. des Oiseaux , p. 360. Idem , Portrait d'uiseaux, p. 92. — Albin, t. I , p. 48, avec une figure mal coloriée, pi. 52. — « Fiée lula supernè nigricante et rufescente varia, infernè rufa; gutture dilutè rufes- « cente (Fœmiua) nigro , marginibus pennarum in apice rufescentibus (Mas); tsniâ iufra « gutture transversà albidà ; macula in alis candidà ; rectricibus nigricantibus, apicîs margine a albo-rufescente, oris exterioribus extimae ( Mas), omnium ( Fcemina ), albo rufescentibus... » Rubetra. Brisson, Ornithol., t. III, p. 428. — En grec, Bar!;; en italien, barada , et aux environs de Bologne, piglia-mosche; en Angleterre, stonc-smich , slone-chatter et moor-tilling, suivant Ray et Willughby ; mortetter, blachberry-eater, black-cap, suivant Chaileton ; tracas, en Bourgogne; tour trac, à Semur; martelot aux environs de Langres; ce dernier nom parait dériver de son cri ouistra-ouislratra, dont la répétition successive et assez subite représente les coups d'un petit marteau; groullard, suivant Eelon, « pour ce, dit-il, qu'il groulle sans cesse, « et grouller est à dire se remuer. » Il ajoute que les habitants des environs de Metz le nomment semetro : nous ne retrouvons plus dans le pays de trace de cette dénomination.

c. « Il y a un petit oysillon différent en son genre de tous autres; on le voit se tenir sur les haultes summités des buissons, et remuer toujours les aelles, et pour ce qu'il est ainsi inconstant on l'a nommé un traquet.... et comme un traquet de moulin n'a jamais repos pendant que la meule tourne, tout ainsi cet oiseau inconstant remue toujours ses aelles. » Belon , Nat. des Oiseaux , p. 360.

* Motacilta rulicola (Linn.). — Genre Becs-Fins, sous-genre Traquels.

vent son petit cri ouistratra d'un ton couvert et sourd a. S'il se trouve une tige isolée ou uu piquet au milieu du gazon dans ces prés, il ue manque pas de se poser dessus, ce qui donne une grande facilité pour le prendre; un gluau placé sur un bâton suffît pour cette chasse bien connue des enfants. D'après cette habitude de voler de buisson en buisson sur les épines et les ronces, Belon, qui a trouvé cet oiseau en Crète et dans la Grèce comme dans nos provinces6, lui applique le nom balis, oiseau de ronces, dont Àristote ne parle qu'une seule fois c, en disant qu'il vit de vermisseaux. Gaza a traduit bâtis par rubetra, que tous les naturalistes ont rapporté au traquet d, d'autant que rubetra pourrait aussi signifier oiseau rougeâtre ', et le rouge-bai de la poitrine du traquet est sa couleur la plus remarquable. Elle s'étend en s'aiïaiblissant jusque sous le ventre; le dos, sur un fond d'un beau noir, est nué par écailles brunes, et cette disposition de couleurs s'étend jusqu'au-dessus de la têlef, où cependant le noir domine; ce noir est pur sous la gorge, quoique traversé très- légèrement de quelques ondes blanches, et il remonte jusque sous les yeux. Une tache blanche sur le côté du cou confine au noir de la gorge et au rouge bai de la poitrine; les pennes de l'aile et de la queue sont noirâtres, frangées de brun ou de roussàtre clair; sur l'aile près du corps est une large ligne blanche, et le croupion est de cette même couleur; toutes ces teintes sont plus fortes et plus foncées dans le vieux mâle que dans le jeune; la queue est carrée et un peu étalée; le bec est effilé et long de sept lignes; la tête assez arrondie et le corps ramassé; les pieds sont noirs, menus et longs de dix lignes; il a sept pouces et demi de vol, et quatre pouces dix lignes de longueur totale : dans la femelle, la poitrine est d'un roussàtre sale; celte couleur, se mêlant à du brun sur la tête et le dessus du corps, a du noirâtre sur les ailes, et se fond dans du blanchâtre sous le ventre et à la gorge, ce qui rend le plumage de la femelle triste, décoloré et beaucoup moins distinct que celui du mâle.

a. « In ericetis victitat et valde querula est. » Willughby, Ornilhol., p. 170.

b. On le voit tout aussi bien en Crète et en Grèce, comme en France et en Italie. Belon, Nat. des Oiseaux, p. 360.

c. Hist. animal., lib. vin , cap. m.

d. « Il me semble, le voyant si fréquent en tous lieux, que c'est celui qu'Aristote, au troisième chapitre du huitième livre des Animaux, nomme en sa langue bâtis, signifiant qu'on pourrait bien dire roncetle; car bâtis en grec est ce qu'on dit en latin rubus , et en français une ronce. Gaza, tournant ce mot, a dit en latin rubetra. Notre conjecture est que le traquet, hantant toujours sur les ronces, vit de verms,ne mangeant aucun fruit. » Belon, loco citato.

e. Dans cette idée , ce nom parait plus approprié au traquet ; car Aldrovande observe l'équivoque du mot rubetra dans le sens d'oiseau de ronces appliqué à cet oiseau, y en ayant plu-1 sieurs autres qui se posent comme lui sur les ronces; et ce nom d'oiseau de ronces ayant effectivement été donné par Longolius à la miliaire, qui est l'ortolan, et par d'autres à la petite giive.

/. « On lui voit le dessus de la tête noir comme au pivoine, qui fut cause que l'ayons quelquefois soupçonné melancoryphus , joint que ce qui nous augmentent l'opinioD , est que le vulgaire, au mont Ida de Crète, le nomme melancocephali » Belon, loc. cit.

Le traquet fait son nid dans les terrains incultes, au pied des buissons, sous leurs racines ou sous le couvert d'une pierre3; il n'y entre qu'à la dérobée, comme s'il craignait d'être aperçu; aussi ne trouve-t-on ce nid que difficilement6; il le construit dès la fin de marsc. La femelle pond cinq ou six œufs d'un vert bleuâtre, avec de légères taches rousses peu apparentes, mais plus nombreuses vers le gros bout; le père et la mère nourrissent leurs petits de vers et d'insectes qu'ils ne cessent de leur apporter; il semble que leur sollicitude redouble lorsque ces jeunes oiseaux s'élancent hors du nid; ils les rappellent, les rallient, criant sans cesse ouistratra; enfin, ils leur donnent encore à manger pendant plusieurs jours. Du reste, le traquet est très-solitaire, on le voit toujours seul, hors le temps où l'amour lui donne une compagne d. Son naturel est sauvage et son instinct parait obtus : autant il montre d'agilité dans son état de liberté, autant il est pesant en domesticité; il n'acquiert rien par l'éducation6; on ne l'élève même qu'avec peine et toujours sans fruit f. Dans la campagne il se laisse approcher de très-près, ne s'éloigne que d'un petit vol sans paraître remarquer le chasseur; il semble donc ne pas avoir assez de sentiment pour nous aimer ni pour nous fuir. Ces oiseaux sont très-gras dans la saison et comparables, pour la délicatesse de la chair, aux bec-figues;

a. «Le pied-noir (traquet) fait son nid dans des endroits cachés ; j'en ai trouvé un collé contre une roche, à deux pieds de terre, dans lequel il y avait cinq petits couverts d'un duvet noir. Ce nid était caché par un houx , et le père et la mère ne s'épouvantaient pas des bestiaux qui en approchaient; mais ils criaient beaucoup de dessus des arbres prochains lorsque j'y allais. » (Note communiquée par M. le marquis de Piolenc.)

b. « Us font leur nid si finement et y vont et en sortent si secrètement, qu'on a moult grand peine à le trouver. Il fait grand nombre de petits, lesquels il abèche des animaux en vie. » Belon, Nat. des Oiseaux, p. 360. — « Le nid du traquet est très-difficile à découvrir, parce que les détours qu'il fait , soit pour en sortir, soit pour y entrer, surtout dans le temps où il a des petits, en rendent la recherche presque toujours infructueuse ou inutile. Il n'y entre jamais qu'après avoir passé au travers de quelques buissons du voisinage, et, lorsqu'il en sort , il file de même dans les buissons jusqu aune petite distance. On imaginerait, en voyant cet oiseau entrer brusquement dans une broussaille et ayant dans le bec un ver ou un insecte, qu'il porte à ses petits, que son nid doit se trouver dans cet endroit, mais on y cherche eD vain, et ce n'est qu'au pied des buissons voisins qu'on peut espérer de le trouver. » ( Note communiquée par le sieur Trécourt. )

c. Nid trouvé à Montbard le 30 mars.

d. « Il no vole guère en compagnie, ains se tient toujours seul, sinon au temps qu'il fait ses petits, qu'ils s'accouplent mâle et femelle. » Belon , Nat. des Ois. , p. 360. — « Raro gregatim « volât, semper solitaria degens. » Aldrovande, t. II, p. 739; du reste, il n'en parle que d'après Belon.

e. « Le traquet est réfléchi. Ayant ouvert la cage à un de ces oiseaux dans un jardin, au milieu des arbrisseaux et au grand soleil, il vola bientôt sur la porte ouverte, et de là regarda plus d'une minute autour de lui avant de prendre sa volée; sa défiance fut si grande, qu'elle suspendit en lui l'amour de la liberté. » ( Note communiquée par M. Hébert. )

f. « Les traquets sont sauvages, on les élève avec peine. Ceux que j'ai nourris avaient l'air pesant; quelquefois ils avaient des mouvements brusques, mais ils ne sortaient de leur état d'assoupissement que pour un instant; ils sautaient de temps en temps sur quelque chose d'élevé, et y faisaient entendre à plusieurs reprises, en agitant les ailes et la queue, leur cri de trac, trac. » (Note communiquée par M. de Querhoënt. )

cependant ils ne vivent que d'insectes, et leur bec ne parait point fait pour toucher aux graines. Belon et Aldrovande ont écrit que le traquet n'est point un oiseau de passage, cela est peut-être vrai pour la Grèce et l'Italie, mais il est certain que dans les provinces septentrionales de France il prévient les frimas et la chute des insectes, car il part dès le mois de septembre.

Quelques personnes rapportent à cette espèce l'oiseau nommé en Provence fourmeiron, qui se nourrit principalement de fourmis"1. Le fourmeiron paraît solitaire et ne fréquente que les masures et les décombres : on le voit, quand il fait froid, se poser au-dessus des tuyaux des cheminées comme pour se réchauffer6. A ce trait nous rapporterions plutôt le fourmeiron au rossignol de muraille qu'au traquet, qui se tient constamment éloigné des villes et des habitations c.

Il y a aussi en Angleterre, et particulièrement dans les montagnes du Derbyshire, un oiseau que M. Brisson a appelé le traquet d'Angleterre11. Ray dit que cette espèce semble particulière à celte île ; Edwards a donné les figures exactes du mâle et de la femelle % et Klein en fait mention sous le nom de rossignol à ailes variées t. En effet, le blanc qui marque non-seulement les grandes couvertures, mais aussi la moitié des petites pennes les plus près du corps, fait dans l'aile de cet oiseau une tache beaucoup plus étendue que dans notre traquet commun. Du reste, le blanc couvre tout le devant et le dessous du corps, forme une tache au front, et le noir s'étend de là sur le dessus du corps jusqu'au croupion qui est traversé de noir et de blanc; les pennes de la queue sont noires, les deux plus extérieures blanches en dehors et les grandes pennes de l'aile brunes. Tout ce qui est de noir dans le mâle est dans la femelle d'un brun verdàtre terni; le reste est blanc de même; dans l'un et l'autre le bec et les pieds sont noirs : ce traquet est de

a. « Le fourmeiron se place à l'ouverture de la fourmilière, de façon qu'il la bouche entièrement avec son corps, et que les fourmis, pressées de sortir, s'embarrassent dans ses plumes ; alors il prend l'essor, et va déposer, en secouant ses plumes sur un terrain uni, toute la provision dont il est chargé ; alors la table est mise pour lui, et il mange à son aise tout le gibier de sa chasse. Il est lui-même bon à manger. » ( Note de M. Guys, de Marseille.)

6. Suivant MM. Guys et de Piolenc; mais le dernier, en attribuant cette habitude au fourmeiron, la juge étrangère aux traquets; et voici là-dessus ce qu'il nous marque : « Je n'ai pas ouï dire qu'ils aimassent à se chauffer; je crois même rn'ètre aperçu qu'ils s'éloignent des fourneaux que l'on fait dans les champs pour brûler le gazon, ce qui indiquerait que la fumée leur déplaît. » Voyez l'article du rossignol de muraille.

c. « On le voit communément en tous lieux, mais il ne vient jamais par les haies des villages ne des villes. » Belon, Nat. des Oiseaux, p. 360.

d. « Ficedula supernè nigra , infernè alba; uropygio albo et nigro variegato ; macula in syn- « cipite candida, in alis albà; remigibus minoribus exteriùs albis, interiùs n:gris, extimà « exteriùs albà. (Mas), supernè sordide fusco virescens, infernè alba; macula in alis albo « flavicante; remigibus exterioribus albo-flavicantibus, interiùs nigricantibus, rectiicibus nigriu cantibus, extimà exteriùs albo fimbriatà, » le Traquet d'Angleterre. Brisson , t. III , p. 436.

e. Nat. hist. of Birds, t. I , p. 30.

f. Luscinia alis variegatis. Klein, Avi-, p. 52, n" 12.

vi. 36

la grosseur du nôtre, quoiqu'il paraisse particulier à l'Angleterre, et même aux montagnes de Derby, il faut néanmoins qu'il s'en éloigne dans la saison du passage, car on a vu quelquefois cet oiseau dans la Brie.

On trouve l'espèce du traquet depuis l'Angleterre0 et l'Ecosse ', jusqu'en Italie et en Grèce; il est très-commun dans plusieurs de nos provinces de France. La nature paraît l'avoir reproduit dans le Midi sous des formes variées. Nous allons donner une notice de ces traquets étrangers, après avoir décrit une espèce très-semblable à celle de notre traquet, et qui habite nos climats avec lui.

L'espèce du tarier, quoique très-voisine de celle du traquet *, doit néanmoins en être séparée, puisque toutes deux subsistent dans les mêmes lieux sans se mêler, comme en Lorraine, où ces deux oiseaux sont communs et vivent séparément : on les distingue à des différences d'habitudes, autant qu'à celles du plumage. Le tarier se perche rarement et se tient le plus

a. Willughby.

b. Sibbald, Scot. illustr. .

c. « Motacilla nigricans, superciliis albis, rnaculâ alarum albà , gulâ flavescente. » Linn., Fauna Suec, n° 218. Rubetra. Idem, Syst. nat., édit. VI , g. 82 , sp. 5. — Idem, Syst. nat., édit. X, g. 99, sp. 18. — OEnanthe secunda. Willugbby, Ornithol., p. 168. — OEnanthe secunda nostra, seu rubicola. Ray, Synops. avi., p. 76, n° a, 3. — Curruca major altéra. Frisch , avec une belle figure, tab. 22. — Sylvia petrarum. Klein, Avi., p. 78 , n° 11. — Montanellus Bononicnsium. Aldrovande, t. II, p. 735, avec une figure peu reconnaissable. — Muscicapa quarta. Jonston, Avi., p. 87. — Muscipeta tertia. Sctrwenckfeld, Avi. Siles., p. 307. — Muscipeta quarta Jonstoni. Rzaczynski, Auctuar. Hist. nat. Poion., p. 397. — Passerculi genus sulitarium. Gessner, Icon. avi., p. bO , avec une mauvaise figure ; la même, Avi., sous le nom de avicula parva. — Tarier. Belon, Nat. des Oiseaux, p. 361. — « Ficedula supernè « nigricante et rufescente varia infernè rufescens; ventre albo rufescente; taenia supra oculos « candidà; gutture albo; macula duplici in alis candidà; rectricibus lateralibus prima medie- « tite albis, altéra nigricantibus, apice margine griseo-rufescente ; extimâ exteriùs fim- « briatà. » Rubetra major sive rubicola. Brisson, Ornithol, t. III, p. 432. — Le tarier se nomme en Angleterre, whinchat; en Allemagne, flugen-stakerle , (lugen-stakerlin, todtenvogel; en Silésie, noessel-fincke.

d. « L'on trouve un autre oysillon de la grandeur du traquet, différent à tous autres oyseaux. en mœurs, en vol et en façon de vivre et de faire son nid, que les habitants de Lorraine nomment un tarier, vivant par les buissons comme le traquet, ayant le bec gresle et propre à vivre de mouches et vermines comme le dessusdit (le traquet). Ses ongles, jambes et pieds sont noirs, mais le reste du corps tire au pinçon montain; car il a une tache Manchette au travers de l'aelle, comme le pinçon et le traquet; toutefois son bec et sa manière de vivre ne permettent pas qu'on le mette entre les montains; parquoi ne l'avons voulu séparer du traquet Le mâle a des taches sur le dos et autour du col, et la tète comme la grive, et les

extrémités des aelles et de la queue quelque peu pbénicées , comme au montain ; mais il est moins moucheté, somme que prétendons qu'il soit espèce de traquet. » Belon, Nat. des Oiseaux, page 361.

* Motacilla rubetra (Linn.). — Genre et sous-genre id.

souvent à terre sur les taupinières, dans les terres en friches, les paquis élevés à côté des bois; le traquet, au contraire, est toujours perché sur les buissons, les échalas des vignes, etc. Le tarier est aussi un peu plus grand que le traquet; sa longueur est de cinq pouces trois lignes; leurs couleurs sont à peu près les mêmes, mais différemment distribuées ; le tarier a le haut du corps coloré de nuances plus vives, une double tache blanche dans l'aile, et la ligne blanche depuis le coin du bec s'étend jusque derrière la tête0; une plaque noire prend sous l'œil et couvre la tempe, mais sans s'étendre, comme dans le traquet, sous la gorge, qui est d'un rouge-bai clair; ce rouge s'éteint peu à peu et s'aperçoit encore sur le fond blanc de tout le devant du corps ; le croupion est de cette même couleur blanche, mais plus forte et grivelée de noir; tout le dessus du corps, jusqu'au sommet de la tête, est taché de brun sur un fond noir ; les petites pennes et les grandes couvertures sont noires. Willughby dit que le bout de la queue est blanc : nous observons au contraire que les pennes sont blanches, dans leur première moitié, depuis la racine; mais ce naturaliste lui-même remarque des variétés dans cette partie du plumage du tarier, et dit qu'il a vu quelquefois les deux pennes du milieu de la queue noires avec un bord roux, et d'autres fois bordées de même sur un fond blanc. La femelle diffère du mâle en ce que ses couleurs sont plus pâles, et que les taches de ses ailes sont beaucoup moins apparentes. Elle pond quatre ou cinq œufs d'un blanc sale piqueté de noir ; du reste, le tarier fait son nid comme le traquet; il arrive et part avec lui, partage son instinct solitaire, et paraît même d'un naturel encore plus sauvage; il cherche les pays de montagne, et dans quelques endroits on a tiré son nom de cette habitude naturelle. Les oiseleurs bolonais l'ont appelé montanello b ; les noms que lui appliquent Klein et Gessner marquent son inclination pour la solitude dans les lieux rudes et sauvages0. Son espèce est moins nombreuse que celle du traquet*; il se nourrit, comme lui, de vers, de mouches et d'autres insectes ; enfin le tarier prend beaucoup de graisse dès la fin de l'été, et alors il ne le cède point à l'ortolan pour la délicatesse.

a. Willughby, Ornithol., p. 168.

b. Montanello, montanaro. Aldrovande , t. II, p. 735.

c. Sylvia petrarum. Klein, Avi.} p. 78, n° 11. Passerculi genus solitarium. Gessner, kon. avi., p. 50.

d. « C'est un oiseau rare à trouver, et quasi aussi difficile à prendre comme le traquet. » Selon, Nat. des oiseaux, p. 361.

QUI ONT RAPPORT AU TRAQUET ET AU TARIER, I. — LE TRAQUET OU TARIER DU SÉNÉGAL."*

Cet oiseau est de la grandeur du tarier, et paraît se rapporter plus exactement à cette espèce qu'à celle du traquet ; il a en effet, comme le premier, la double tache blanche sur l'aile, et point de noir à la gorge; mais il n'a pas, comme lui, la plaque noire sous l'œil, ni les grandes couvertures de l'aile noires ; elles sont seulement tachetées de cette couleur sur un fond brun : du reste, les couleurs sont à peu près les mêmes que dans le tarier ou le traquet ; seulement elles sont plus vives sur toute la partie supérieure du corps ; le brun du dos est d'un roux plus clair, et les pinceaux noirs y sont mieux tranchés. Cette agréable variété règne du sommet de la tète jusque sur les couvertures de la queue; les pennes moyennes de l'aile sont bordées de roux, les grandes de blanc, mais plus légèrement : toutes sont noirâtres. Les couleurs, plus nettes au-dessus du corps dans ce traquet du Sénégal que dans le nôtre, sont au contraire plus ternes sous le corps, seulement la poitrine est légèrement teinte de rouge fauve entre le blanc de la gorge et celui du ventre. Cet oiseau a été apporté du Sénégal par M. Adanson.

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