‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 438 sur 459 · LA GORGE-BLEUE · texte numérisé non relu

LA GORGE-BLEUE

Par la proportion des formes, par la grandeur et la figure entière, la gorge-bleue semble n'être qu'une répétition du rouge-gorge; elle n'en diffère que par le bleu brillant et azuré qui couvre sa gorge, au lieu que celle de l'autre est d'un rouge orangé; il paraît même que la nature ait voulu démontrer l'analogie entre ces deux oiseaux jusque dans leurs différences ; car au-dessous de cette plaque bleue on voit un cintre noir et une zone d'un rouge orangé qui surmonte le haut de la poitrine : cette couleur orangée reparaît encore sur la première moitié des pennes latérales de la queue; de l'angle du bec passe par l'œil un trait de blanc roussâtre : du reste, les couleurs, quoique un peu plus sombres, sont les mêmes dans la gorge-bleue et dans le rouge-gorge. Elle en partage aussi la manière de vivre; mais en rapprochant ces deux oiseaux par les ressemblances, la nature semble les avoir séparés d'habitation; le rouge-gorge demeure au fond des bois, la

a. Phœnicurus pectore cœrulco. Frisch, éciit. de Berlin, 1733, avec deux belles figures, pi. 19, l'une de l'adulte, l'autre du petit. — Phœnicurus alter. Jonston, Avi., avec une figure empruntée de Gessner, tab. 45. — Sylvia gulâ cœruled; thorace ex albo variegato. Klein, Avi , p. 77, n° 111, 2. — Motacilla pectore cœruleo , macula flavescente aîbedine cincta. Fauna Suecica, Linnaeus, n° 220. — « Motacilla pectore ferrugineo, fascià cœruleà, rectricibus fuscis versus

« bazim ferrugineis » Motacilla Suecica. Linnaeus, Syst. nat., édit. X, g. 99, sp. 24. Avis

Carolina. Idem, édit. VI, g. 82, sp. 7. — Motacilla Pyrenaïca, cinerea, jugulo et pectore cœsiis. Barrère, Ornithol., class. 3, g. 19, sp. 6. — Wegflecklin. Gessner, Avi., p. 796, avec une figure méconnaissable, idem. Icon. avi., p. 51. — Aldrovande, t. II, p. 749, avec la figure copiée de Gessner. — Willughby, Ornithol., p. 160. — Rulicilla wegflecklin. Ray, Synops. Avi., p. 78 , n° a, 5. — Rossignol de mur ou rouge-queue à gorge bleue. Edwards, 1. 1, p. 28 , avec une figure exacte de la femelle que Klein désigne, page 80 , n° 24 de l'Ordo aviutn , sous le nom de Sylvia seu ruticilla gutture albo, zona cœrulcâ fimbriato. — « Ficedula supernè cinereo « fusca, infernè sordide giiseo-rufescens; taenia supra oculos sordide albo-rufesconte ; collo « inl'eriore splendidè cœruleo macula in medio argentatà insignito; taenia transversà in pectore « nigrâ; rectricibus binis intermediis in medio fusco nigricantibus, circa margincs griseis, « lateralibus in exortu rufis, in apice nigricantibus. » Cyanecula. Brisson, Ornithol., t. III, p. 413 et p. 416. La femelle donnée sous le nom de gorge-bleue de Gibraltar est désignée par la phrase suivante : «Ficedula supernè fusca, marginibus pennarum dilutioribus, infernè « alba, taenia infra oculos dilutè caerulea; collo infeiiore tœnià transversà lunulatà caeruleà « insignito : rectricibus binis intermediis obscure fuscis, lateralibus in exortu rufis, in apice « nigricantibus. » Cyanecula Gibraltariensis. — Le gorge-bleue se nomme en latin moderne, cyanecula; en allemand, wegflecklin , suivant Gessner; blau-kelein, selon Klein et Frisch; en suédois, carls-vogel, Linnaeus.

* Motacilla suecica (Linn. ). — Genre Becs-Fins, sous-genre Rubiettes (Guy.).

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gorge-bleue se lient à leurs lisières, cherchant les marais, les prés humides, les oseraies et les roseaux; et avec le même instinct solitaire que le rougegorge, elle semble avoir pour l'homme le même sentiment de familiarité, car après toute la belle saison passée dans ces lieux reculés, au bord des bois voisins des marécages, ces oiseaux viennent, avant leur départ, dans les jardins, dans les avenues, sur les haies, et se laissent approcher assez pour qu'on puisse les tirer à la sarbacane.

Ils ne vont point en troupes, non plus que les rouges-gorges, et on en voit rarement plus de deux ensemble. Dès la fin de l'été, les gorges-bleues se jettent, dit M. Lottinger, dans les champs semés de gros grains ; Frisch nomme les champs de pois comme ceux où elles se tiennent de préférence, et prétend même qu'elles y nichent; mais on trouve plus communément leur nid sur les saules, les osiers et les autres arbustes qui bordent les lieux humides : il est construit d'herbes entrelacées à l'origine des branches ou des rameaux.

Dans le temps des amours, le mâle s'élève droit en l'air, d'un petit vol, en chantant ; il pirouette et retombe sur son rameau avec autant de gaieté que la fauvette, dont la gorge-bleue paraît avoir quelques habitudes ; elle chante la nuit, et son ramage est très-doux, suivant Frisch ; M. Hermann a, au contraire, nous dit qu'il n'a rien d'agréable : opposition qui peut se concilier par les différents temps où ces deux observateurs ont pu l'entendre, la même différence pouvant se trouver au sujet de notre rouge-gorge pour quelqu'un qui n'aurait ouï que son cri ordinaire, et non le chant mélodieux et tendre du printemps, ou son petit ramage des beaux jours de l'automne.

La gorge-bleue aime autant à se baigner que le rouge-gorge, et se tient plus que lui près des eaux; elle vit de vermisseaux et d'autres insectes, et dans la saison de son passage elle mange des baies de sureau6. On la voit par terre aux endroits marécageux, cherchant sa nourriture et courant assez vite en relevant la queue, le mâle surtout, lorsqu'il entend le cri de la femelle, vrai ou imité.

Les petits sont d'un brun noirâtre, et n'ont pas encore de bleu sur la gorge; les mâles ont seulement quelques plumes brunes dans le blanc de la gorge et de la poitrine, comme on peut le voir dans la figure enluminée, n° 610, fig. 3, qui représente la jeune gorge-bleue avant sa première mue. La femelle ne prend jamais cette gorge bleue tout entière ; elle n'en porte qu'un croissant ou une bande au bas du cou, telle qu'on peut la voir dans la fig. 2 de la même planche ; et c'est sur cette différence et sur la figure d'Edwards, qui n'a donné que la femelle0, que M. Brisson fait une seconde

a. Docteur et professeur en médecine et en histoire naturelle à Strasbourg, qui a bien voulu nous communiquer quelques faits de l'histoire naturelle de cet oiseau.

b. Frisch.

c. Tome I , page 28, planche 28.

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