‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 448 sur 459 · ANCIENNEMENT VITREC, VULGAIREMENT CUL-BLANC · texte numérisé non relu

ANCIENNEMENT VITREC, VULGAIREMENT CUL-BLANC

Cet oiseau, commun dans nos campagnes, se tient habituellement sur les mottes dans les terres fraîchement labourées, et c'est de là qu'il est appelé

a. « Grispatur in margine fimbriata ( membrana circum-ocularis ) eodem plané modo ac ea « lichenis species quae veterum tectorum tegulas lateritias obsidet. Oculis conniventibus , bœc « membrana liorizontaliter deprimitur, et utraque medietate colliniat. Ita ut trans ejusdem « rimam, avis, si lubet, aliquatenus perspicere possit. Praeterea adest membrana, nictitans, « ex interiore oculi cantho deducenda, pellucida, subtilissima. »

6. En grec, 'Gîvecvrm , suivant Belon; en latin, vitiflora; en italien, cu/o bianco ; en anglais, whik-tail , fallow-smiler , wheat-ear, horse-match; en suédois, stensguella ou slensgwaetta , selon M. Linnaeus ; en Sologne, traîne-charrue, garde-charrue, tourne-motte, cassemotte ou motleux; trotte-chemin, aux environs de Romorantin; en Beauce, artile, arguillc, moterelle ; et ses petits, mottereaux ( Salerne).— Œnanlhe. Gessner, Avi., p. 629.— Jonston, Avi.,y. 88. — Linnaeus , Syst. nat., édit. VI, g. 82, sp. 4. — Œnanlhe sive vitiflora. Aldrov., Avi., t. II , p. 762 , avec une mauvaise figure. — Ray, Synops., p. 75 , n° a, 1. — Willugbby, Ornilhol., p. 168 , avec la figure empruntée d'Aldrovande , pi. 41. — Œnanthe Aristotelis; vitiflora seu vitifera. Cnarleton, Exercit., p. 97, n° 13. Idem, Onomast., p. 91, n» 13. — Sylvia luccis nigris. Klein , Avi., p. 78 , n» 9. — « Motacilla dorso cano , fronte albà, oculo- « rum, regionibus nigris. » Linnaeus, Fauna Suec, n°217. — « Motacilla dorso cano, fronte « albà, oculorum fascià nigrà, » Œnanthe. Idem, Syst. nat., édit. X, g. 79, sp. 17. — Curruca major pectore subluteo. Frisch , avec deux belles figures, l'une du mâle, l'autre de la femelle. — Cul-blanc ou vitrée. Belon, Nat. des oiseaux, p. 352, avec une mauvaise figure. Idem. Portrait d'oiseaux, p. 88. — Coul-blanc. Albin, t. I, p. 49, avec une figure très-mal

* Motacilla œnanthe (Linn.). — Le motteux ou cul-blanc. — Genre Becs-Fins, sous-genre Traquets (Guv. ).

motteux; il suit le sillon ouvert par la charrue pour y chercher les vermisseaux dont il se nourrit ; lorsqu'on le fait partir, il ne s'élève pas, mais il rase la terre d'un vol court et rapide, et découvre en fuyant la partie blanche du derrière de son corps, ce qui le fait distinguer en l'air de tous les autres oiseaux, et lui a fait donner par les chasseurs le nom vulgaire de cul-blanc"; on le trouve aussi assez souvent dans les jachères et les friches, où il vole de pierre en pierre, et semble éviter les haies et les buissons sur lesquels il ne se perche pas aussi souvent qu'il se pose sur les mottes.

Il est plus grand que le tarier et plus haut sur ses pieds, qui sont noirs et grêles; le ventre est blanc, ainsi que les couvertures inférieures et supérieures de la queue, et la moitié à peu près de ses pennes, dont la pointe est noire; elles s'étalent quand il part, et offrent ce blanc qui le fait remarquer; l'aile dans le mâle est noire, avec quelques franges de blanc roussâtre; le dos est d'un beau gris cendré ou bleuâtre; ce gris s'étend jusque sur le fond blanc; une plaque noire prend de l'angle du bec, se porte sous l'œil et s'étend au delà de l'oreille ; une bandelette blanche borde le front et passe sur les yeux. La femelle n'a pas de plaque ni de bandelette; un gris roussàtre règne sur son plumage, partout où celui du mâle est gris cendré; son aile est plus brune que noire, et largement frangée jusque dessous le ventre; en tout elle ressemble autant ou plus à la femelle du tarier qu'à son propre mâle; et les petits ressemblent parfaitement à leurs père et mère dès l'âge de trois semaines, temps auquel ils prennent leur essor.

Le bec du motteux est menu à la pointe et large par sa base, ce qui le rend très-propre à saisir et avaler les insectes sur lesquels on le voit courir, ou plutôt s'élancer rapidement par une suite de petits sauts b; il est toujours à terre, si on le fait lever il ne s'éloigne pas et va d'une motte à l'autre, toujours d'un vol assez court et très-bas, sans entrer dans les bois ni se percher jamais plus haut que les haies basses ou les moindres buissons : posé, il balance, sa queue et fait entendre un son assez sourd, titreû, titreû, et c'est peut-être de cette expression de sa voix qu'on a tiré son nom de vitrée ou titrée; et toutes les fois qu'il s'envole il semble aussi prononcer assez distinctement et d'une voix plus forte far-far, far-far ; il répète ces deux cris d'une manière précipitée.

coloriée du mile; et t. III, p. 23, avec une figure aussi mauvaise, sous le nom de femelle du cou-blanc. — « Ficedula supernè grisca, fulvo adumbrata, infernè rufescens; syncipite et « taenia supra oculos albo-rufescentibus ( tœnià mira oculos, Mas ) ; rectricibus prima medietate « albis, altéra nigvicantibus, vitiflora, » le Cul-blauc ou Vitrée ou Motteux. Brisson, Ornilhol., t. III, p. 449.

a. « Tout le dessous du ventre, comme aussi dessous et dessus le croupion, et partie de la ipueue sont blancs, dont il a prins le surnom de cul-blanc. Belon, Nat. des Ois., p. 352.

b. « Ils courent moult vite sur la terre Son manger est tant de verms de terre que de

chenilles qu'il trouve sur les herbes. 11 suit communément les charrues et le labourage pour manger les vermines qu'il trouve en la terre renversée du soc. » Belon , Nat. des Oiseaux , page 3S2.

Ii niche sous les gazons et les mottes dans les champs nouvellement labourés, ainsi que sous les pierres dans les friches, auprès des carrières, à l'entrée des terriers quittés par les lapins", ou bien entre les pierres des petits murs à sec dont on fait les clôtures dans les pays de montagnes; le nid, fait avec soin, est composé en dehors de mousse ou d'herbe fine, et de piumes ou de laine en dedans; il est remarquable par une espèce d'abri placé au-dessus du nid et collé contre la pierre ou la motte sous laquelle tout l'ouvrage est construit; on y trouve communément cinq à six œufs6, d'un blanc bleuâtre clair, avec un cercle au gros bout d'un bleu plus mal, Une femelle, prise sur ses œufs, avait tout le milieu de l'estomac dénué de plumes, comme il arrive aux couveuses ardentes; le mâle affectionné à cette mère tendre, lui porte pendant qu'elle couve des fourmis et des mouches; il se tient aux environs du nid, et lorsqu'il voit un passant il court ou vole devant lui, faisant de petites poses comme pour l'attirer, et quand il le voit assez éloigné il prend sa volée en cercle et regagne le nid.

On en voit des petits dès le milieu de mai, car ces oiseaux, dans nos provinces, sont de retour dès les premiers beaux jours vers la fin de mars c; mais s'il survient des gelées après leur arrivée ils périssent en grand nombre, comme il arriva en Lorraine en 1767 d; on en voit beaucoup dans cette province, surtout dans la partie montagneuse; ils sont également communs en Bourgogne et en Bugey , mais en Brie on n'en voit guère que sur la fin de l'été e : en général, ils préfèrent les pays élevés, les plaines en montagnes et les endroits arides. On en prend grand nombre sur les dunes, dans la province de Sussex, vers le commencement de l'automne, temps auquel cet oiseau est gras et d'un goût délicat : Willughby décrit cette petite chasse que font dans ces cantons les bergers d'Angleterre f ; ils coupent des gazons et les couchent en long à côté et au-dessus du creux qui reste en place du gazon enlevé, de manière à ne laisser qu'une petite tranchée, au milieu de laquelle est tendu un lacet de crin. L'oiseau entraîné par le double motif de chercher sa nourriture dans une terre fraîchement ouverte, et de se cacher dans la tranchée, va donner dans ce piège; l'apparition d'un épervier et même l'ombre d'un nuage suffit pour l'y précipiter, car on a remarqué que cet oiseau timide fuit alors et cherche à se cacher s.

Tous s'en retournent en août et septembre, et l'on n'en voit plus dès la fin de ce mois; ils voyagent par petites troupes, et du reste ils sont assez solitaires; il n'existe entre eux de société que celle du mâle et de la femelle.

a. « In cuniculorurn foraminibus desertis nidiiicat. » Willughby, p. 5G8.

b. Belon.

c. M. Lottinger.

d. Idem.

e. M. Hébert.

f. Ornithologie, p. 1G3.

g. Albin, 1. 1, p. 49.

Cet oiseau a l'aile grande a, et quoique nous ne lui voyions pas faire beaucoup d'usage de sa puissance de vol, apparemment qu'il l'exerce mieux dans ses migrations; il faut même qu'il l'ait déployée quelquefois, puisqu'il est du petit nombre des oiseaux communs à l'Europe et à l'Asie méridionale, car on le trouve au Bengale6, et nous le voyons en Europe depuis l'Italie c jusqu'en Suède d.

On pourrait le reconnaître par les seuls noms qui lui ont été donnés en divers lieux : on l'appelle dans nos provinces motteux, tourne-motte, brisemotte et terrasson, de ses habitudes de se tenir toujours à terre et d'en habiter les trous, de se poser sur les mottes, et de paraître les frapper en secouant sa queue. Les noms qu'on lui donne en Angleterre désignent également un oiseau des terres labourées et des friches, et un oiseau à croupion blanc6; mais le nom grec œnanthe, que les naturalistes, d'après la conjecture deBelon, ont voulu unanimement lui appliquer, n'est pas aussi caractéristique ni aussi approprié que les précédents. La seule analogie du mot œnanthe à celui de vitiflora, et de celui-ci à son ancien nom vitrée, a déterminé Belon à lui appliquer celui $ œnanthe f, car cet auteur ne nous explique pas pourquoi ni comment on l'a dénommé oiseau de fleur de vigne (œnanthe). Il arrive d'ailleurs avant le temps de cette floraison de la vigne, il reste longtemps après que la fleur est passée; il n'a donc rien de commun avec celte fleur de la vigne. Aristote ne caractérise l'oiseau œnanthe qu'en donnant à son apparition et à son départ les mêmes temps qu'à l'arrivée et à l'occultation du coucou s.

M. Brisson compte cinq espèces de ces oiseaux : 1° le cul-blanc1 ; 2° le

a. M. Brisson dit que la première des pennes de l'aile est extrêmement courte ; mais la plume qu'il prend pour la première des grandes pennes n'est que la première des grandes couvertures, implantées sous la première penne et non à côté.

b. Edwards, préface, page 12. Wheat-ear.

c. « Quas culo bianco apud nos appellatur prorsus quidem description! Bellonii corresponde^ » Aldrovande, Avi., t. II , p. 7G2. — « Italis circa Ferrariam avis quœdam culo bianco appellatur « vulgù, quœ vermibus, muscis, et aliis insectis vescitur, ut audio, et degit in agris prociscis. » Gessner, p. 604.

d. Linnœus, Fauna Suecica , n° 217.

e. Wheat-ear, fallow-smiter , white-tail.

f. « Si ce n'eust esté que l'avons veu voler par-dessus les buissons de Crète , n'eussions osé « l'affermer avoir quelque nom ancien , et de fait ne lui en trouvons aucun plus convenable « que de le nommer en grec œnanthe , que Gaza tourne en latin vitiflora, qui est appellation « conforme à ce que les François le dient un vitrée. » Belon, Nat. des oiseaux, p. 3S2.

g. « Cuculus immutatur colore et vocem nimis explanat, cùm se abditurus est, quod facere <( exortu caniculae ;olet; apparere autem incipit ab ineunte vere ad ejus syderis ortum. Abditur « et ea quam œnantham quidem appellant , ac si vitifloram dixeris, exortu ejusdem syderis , « occasu verô apparet. Vitat enim interdum frigora, alias aestum. » Aristote, Hist. animal. , lib. ix, cap. xlix. Pline parle de même de l'occultation de l'œiianthe (lib. x, cap xxix). Et le P. Hardouin sur ce passage est si éloigné de croire que le cul-banc soit l'œnanlhe, qu'il pense que c'est un oiseau de nuit.

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