‹ Œuvres compláetes avec la nomenclature linnâeenne et la classification de Cuvier, reviser et annotâeesChapitre 46 sur 459 · LE CAROUGE OLIVE DE LA LOUISIANE. SI · texte numérisé non relu

LE CAROUGE OLIVE DE LA LOUISIANE. SI

dessous du corps est jaune, excepté la gorge, qui est orangée; le bec et les pieds sont d'un brun cendré.

Cet oiseau a à peu près la grosseur du moineau-franc, six à sept pouces de longueur et dix à onze pouces de vol. Le bec a près d'un pouce, et la queue deux pouces et plus ; celle-ci est carrée et composée de douze pennes. Dans l'aile, c'est la première penne qui est la plus courte, et ce sont les troisième et quatrième qui sont les plus longues.

LE KINK.*

Cette nouvelle espèce, arrivée dernièrement de la Chine, nous a paru avoir assez de rapport avec le carouge d'une part, et de l'autre avec le merle, pour faire la nuance entre les deux; il a le bec comprimé par les côtés comme le merle, mais les bords en sont sans échancrures comme dans celui du carouge, et c'est avec raison que M. Daubenton le jeune lui a donné un nom particulier, comme à une espèce distincte et séparée des deux autres espèces qu'elle semble réunir par un chaînon commun.

Le kink est plus petit que notre merle; il a la tête, le cou, le commencement du dos et de la poitrine d'un gris cendré, et cette couleur se fonce davantage aux approches du dos : tout le reste du corps, tant dessus que dessous, est blanc, ainsi que les couvertures des ailes, dont les pennes sont d'une couleur d'acier poli, luisante, avec des reflets qui jouent entre le verdâtre et le violet. La queue est courte, étagée et mi-partie de cette même couleur d'acier poli et de blanc, de manière que sur les deux pennes du milieu le blanc ne consiste qu'en une petite tache à leur extrémité ; cette tache blanche s'étend d'autant plus haut sur les pennes suivantes qu'elles s'éloignent davantage des deux pennes du milieu, et la couleur d'acier poli, se retirant toujours devant le blanc qui gagne du terrain, se réduit enfin sur les deux pennes les plus extérieures à une petite tache près de leur

On a dit des petits de cet oiseau qu'ils naissaient en détail et par parties séparées, mais que le premier soin des père et mère était de rejoindre ces

* Oriolus sinensis (Gmel.). — Espèce mal déterminée.

** Oriolus galbula (Linn. ). — Le loriot d'Ewope. — Ordre id. , famille des Denlirostres , genre Loriots (Cuv. ).

parties et d'en former un tout vivant par la vertu d'une certaine herbe. La difficulté de cette merveilleuse réunion n'est peut-être pas plus grande que celle de séparer avec ordre les noms anciens que les modernes ont appliqués confusément à cette espèce, de lui conserver tous ceux qui lui conviennent en effet, et de rapporter les autres aux espèces que les anciens ont eues réellement en vue, tant ceux-ci ont décrit superficiellement des objets trop connus, et tant les modernes se sont déterminés légèrement dans l'application des noms imposés par les anciens. Je me contenterai donc de dire ici que, selon toute apparence, Arislote n'a connu le loriot que par ouï-dire : quelque répandu que soit cet oiseau, il y a des pays qu'il semble éviter; on ne le trouve ni en Suède, ni en Angleterre, ni dans les montagnes du Bugey, ni même à la hauteur de Nantua, quoiqu'il se montre régulièrement en Suisse deux fois l'année. Belon ne paraît pas l'avoir aperçu dans ses voyages de Grèce; et d'ailleurs comment supposer qu'Aristote ait connu par luimême cet oiseau sans connaître la singulière construction de son nid, ou que, la connaissant, il n'en ait point parlé !

Pline, qui a fait mention du chlorion d'après Aristote", mais qui ne s'est pas toujours mis en peine de comparer ce qu'il empruntait des Grecs avec ce qu'il trouvait dans ses mémoires, a parlé du loriot sous quatre dénominations différentes6, sans avertir que c'était le même oiseau que le chlorion1. Quoi qu'il en soit, le loriot est un oiseau très-peu sédentaire, qui change continuellement de contrées et semble ne s'arrêter dans les nôtres que pour faire l'amour, ou plutôt pour accomplir la loi imposée par la nature à tous les êtres vivants de transmettre à une génération nouvelle l'existence qu'ils ont reçue d'une génération précédente, car l'amour n'est que cela dans la langue des naturalistes. Les loriots suivent cette loi avec beaucoup de zèle et de fidélité. Dans nos climats, c'est vers le milieu du printemps que le mâle et la femelle se recherchent, c'est-à-dire presque à leur arrivée. Ils font leur nid sur des arbres élevés, quoique souvent à une hauteur fort médiocre; ils le façonnent avec une singulière industrie et bien différem-

a. Hist. nat.} lib. x, cap. xxix.

b. « Picorum aliquis suspendit in surculo (nidum) primis in ramis cyathi modo.» Plin. lib. x, cap. xxxiii. « Jani publicum quidem omnium est [galgulos) tabulata ramorum sustinendo nido providè eligere, camerâque ab imbri aut fronde protegere densà. » Ibidem. — La construction du nid du picus et du galgulus, étant à peu près la même et fort ressemblante à celle du loriot , on en peut conclure que dans ces deux passages il s'agit de notre loriot sous deux noms différents; mais que le galgulus soit le même oiseau que Y avis icterus et que Yales luridus, c'est ce qui est démontré par les deux passages suivants. « Avis icterus vocatur a colore, quœ, si spectetur, sanariid malum [regium) tradunt, et avem mori; haneputo latine vocari galgulum, » lib. xxx, cap. xi. « Icterias [lapis) aliti lurido similis, ideo existimatur salubris contra regios morbos, » lib. xxxvn, cap. x. D'ailleurs ce que Pline dit de son galgulus, lib. i, cap. xxv, « cum foetum eduxere abeunt, » convient tout à fait à notre loriot.

1. « Le chlorion est le loriot, dont le nom français n'est même qu'une altération du grec. » (Cuvier. )

ment de ce que font les merles, quoiqu'on ait placé ces deux espèces dans le même genre. Ils rattachent ordinairement à la bifurcation d'une petite branche, et ils enlacent autour des deux rameaux qui forment cette bifurcation de longs brins de paille ou de chanvre, dont les uns, allant droit d'un rameau à l'autre, forment le bord du nid par devant, et les autres, pénétrant dans le tissu du nid ou passant par-dessous et revenant se rouler sur le rameau opposé, donnent la solidité à l'ouvrage. Ces longs brins de chanvre ou de paille qui prennent le nid par-dessous en sont l'enveloppe extérieure; le matelas intérieur, destiné à recevoir les œufs, est tissu de petites tiges de gramcn, dont les épis sont ramenés sur la partie convexe et paraissent si peu dans la partie concave qu'on a pris plus d'une fois ces tiges pour des fibres de racines; enfin, entre le matelas intérieur et l'enveloppe extérieure il y a une quantité assez considérable de mousse, de lichen et d'autres matières semblables qui servent, pour ainsi dire, d'ouate intermédiaire et rendent le nid plus impénétrable au dehors, et tout à la fois plus mollet au dedans. Ce nid étant ainsi préparé, la femelle y dépose quatre ou cinq œufs, dont le fond blanc sale est semé de quelques petites taches bien tranchées d'un brun presque noir et plus fréquentes sur le gros bout que partout ailleurs; elle les couve avec assiduité l'espace d'environ trois semaines, et lorsque les petits sont éclos, non-seulement elle leur continue ses soins affectionnés pendant très-longtemps a, mais elle les défend contre leurs ennemis et même contre l'homme, avec plus d'intrépidité qu'on n'en attendrait d'un si petit oiseau. On a vu le père et la mère s'élancer courageusement sur ceux qui leur enlevaient leur couvée; et, ce qui est encore plus rare, on a vu la mère, prise avec le nid, continuer de couver en cage et mourir sur ses œufs.

Dès que les petits sont élevés, la famille se met en marche pour voyager; c'est ordinairement vers la fin d'août ou le commencement de septembre; ils ne se réunissent jamais en troupes nombreuses, ils ne restent pas même assemblés en famille, car on n'en trouve guère plus de deux ou trois ensemble. Quoiqu'ils volent peu légèrement et en battant des ailes, comme le merle, il est probable qu'ils vont passer leur quartier d'hiver en Afrique ; car, d'une part, M. le chevalier Desmazy, commandeur de l'ordre de Malte, m'assure qu'ils passent à Malte dans le mois de septembre et qu'ils repassent au printemps; et, d'autre part, Thévenot dit qu'ils passent en Egypte au mois de mai et qu'ils repassent en septembre6. ïl ajoule qu'au mois de mai ils sont très-gras, et alors leur chair est un bon manger. Aldrovande s'étonne de ce qu'en France on n'en sert pas sur nos tables0.

a. Les petits [loriots) suivent longtemps leurs père et mère, dit Belon, jusqu'à ce qu'ils aient bien appris à se pourchasser eux-mêmes. » Nature des Oiseaux, p. 293. 6. Voyage du Levant, tome I, page 493. c. Ornithologie, tome 1, page 861.

Le loriot est à peu près de la grosseur du merle; il a neuf à dix pouces de longueur, seize pouces de vol, la queue d'environ trois pouces et demi, cl le bec de quatorze lignes. Le mâle est d'un beau jaune sur tout le corps, le cou et la tête, à l'exception d'un trait noir qui va de l'œil à l'angle de l'ouverture du bec. Les ailes sont noires, à quelques taches jaunes près qui terminent la plupart des grandes pennes et quelques-unes de leurs couvertures; la queue est aussi mi-partie de jaune et de noir, de façon que le noir règne sur ce qui paraît des deux pennes du milieu, et que le jaune gagne toujours de plus en plus sur les pennes latérales, à commencer de l'extrémité de celles qui suivent immédiatement les deux du milieu ; mais il s'en laut bien que le plumage soit le même dans les deux sexes : presque tout ce qui est d'un noir décidé dans le mâle n'est que brun dans la femelle, avec une teinte verdâtre ; et presque tout ce qui est d'un si beau jaune dans celui-là est dans celle-ci olivâtre ou jaune pâle, ou blanc; olivâtre sur la tête et le dessus du corps, blanc sale varié de traits bruns sous le corps, blanc à l'extrémité de la plupart des pennes des ailes, et jaune pâle à l'extrémité de leurs couvertures; il n'y a de vrai jaune qu'au bout de la queue et sur ses couvertures inférieures. J'ai observé de plus dans une femelle un petit espace derrière l'œil qui était sans plumes et de couleur ardoisée claire.

Les jeunes mâles ressemblent d'autant plus à la femelle pour le plumage qu'ils sont plus jeunes : dans les premiers temps, ils sont mouchetés encore plus que la femelle, ils le sont même sur la partie supérieure du corps; mais, dès le mois d'août, le jaune commence déjà à paraître sous le corps; ils ont aussi un cri différent de celui des vieux; ceux-ci disent yo, yo, yo, qu'ils font suivre quelquefois d'une sorte de miaulement comme celui du chat; mais indépendamment de ce cri, que chacun entend à sa manière", ils ont encore une espèce de sifflement, surtout lorsqu'il doit pleuvoir6, si toutefois ce sifflement est autre chose que le miaulement dont je viens de parler.

Ces oiseaux ont l'iris des yeux rouge, le bec rouge-brun, le dedans du bec rougeâtre, les bords du bec inférieur un peu arqués sur leur longueur, la langue fourchue et comme frangée par le bout, le gésier musculeux, précédé d'une poche formée par la dilatation de l'œsophage, la vésicule du fiel verte, des cœcums très-petits et très-courts, enfin la première phalange du doigt extérieur soudée à celle du doigt du milieu.

Lorsqu'ils arrivent au printemps, ils font la guerre aux insectes et vivent de scarabées, de chenilles, de vermisseaux, en un mot de ce qu'ils peuvent

a. Gessner dit qu'ils prononcent oriot ou loriot; Belon, qu'ils semblent dire : compère loriot ; d'autres ont cru entendre : louaot bonnes merises, etc. Voyez l'Histoire nat. des Oiseaux dé M. Salerne, page 18G.

I. « Aliquando instar fistulae canit, praesertim imminente pluviâ.» Gessner, de Avibus, p. 714.

attraper; mais leur nourriture de choix, celle dont ils sont le plus avides, ce sont les cerises, les figues a, les baies de sorbier, les pois, etc. Il ne faut que deux de ces oiseaux pour dévaster en un jour un cerisier bien garni, parce qu'ils ne font que becqueter les cerises les unes après les autres et n'entament que la partie la plus mûre.

Les loriots ne sont point faciles à élever ni à apprivoiser. On les prend à la pipée, à l'abreuvoir et avec différentes sortes de filets.

Ces oiseaux se sont répandus quelquefois jusqu'à l'extrémité du continent, sans subir aucune altération dans leur forme extérieure ni dans leur plumage, car on a vu des loriots de Bengale et même de la Chine parfaitement semblables aux nôtres; mais aussi on en a vu d'autres, venant à peu près des mêmes pays, qui ont quelques différences dans les couleurs et que l'on peut regarder pour la plupart comme des variétés de climat jusqu'à ce que des observations faites avec soin sur les allures et les mœurs de ces espèces étrangères, sur la forme de leur nid, etc., éclairent ou rectifient nos conjectures.

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