VARIÉTÉ DE LA DRAINE
des ailes et de la queue, lesquelles on regarde ordinairement comme moins sujettes au changement et comme étant, pour ainsi dire, de meilleur teint que toutes les autres plumes.
Je dois ajouter ici qu'il y a toujours des draines qui nichent au Jardin du Roi sur les arbres effeuillés : elles paraissent très-friandes de la graine de l'if et en mangent tant que leur fiente en est rouge; elles sont aussi fort avides de la graine de micocoulier.
En Provence, on a une sorte d'appeau avec lequel on imite en automne le chant que les draines et les grives font entendre au printemps; on se cache dans une loge de verdure, d'où l'on peut découvrir par une petite fenêtre une perche que l'on a attachée sur un arbre à portée ; l'appeau attire les grives sur cette perche, où elles accourent croyant trouver leurs semblables: elles n'y trouvent que les embûches de l'homme et la mort; on les tue de la loge à coups de fusil.
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Cette grive est la plus grosse après la draine , et ne se prend guère plus qu'elle à la pipée, mais -elle se prend comme elle au lacet : elle diffère des autres grives par son bec jaunâtre, par ses pieds d'un brun plus foncé, et par la couleur cendrée, quelquefois variée de noir, qui règne sur sa tête, derrière son cou et sur son croupii n.
Le mâle et la femelle ont le même cri, et peuvent également servir pour attirer les litornes sauvages dans le^lemps du passage a ; mais la femelle se distingue du mâle par la couleur de son bec, laquelle est beaucoup plus obscure. Ces oiseaux, qui nichent en Pologne et dans la Basse-Autriche6, ne nichent point dans notre pays : ils y arrivent en troupes, après les mauvis, vers le commencement de décembre, et crient beaucoup en volant c; ils se tiennent alors dans les friches où croît le genièvre, et lorsqu'ils reparaissent au printemps1*, ils préfèrent le séjour des prairies humides, et en général ils fréquentent beaucoup moins les bois que les deux espèces précédentes. Quelquefois ils font, dès le commencement de l'automne, une première et courte apparition dans le moment de la maturité des alizés, dont ils sont très-avides, et ils n'en reviennent pas moins au temps accoutumé. Il n'est pas rare de voir les litornes se rassembler au nombre de
a. Voyez Fiisch, planche 26.
b. Klein, de Avibus, p. 178. — Kramer, Elcnchus. p. 3G1.
c. Voyez Rzaczynski, Auctuarium, etc. p. 424.
d. Elles- arrivent en Angleterre vers le commencement d'octobre et elljs s'en vont au moi:: de mars. Voyez la Zoologie Britannique, p. 00.
• Turdus pilaris (I.inn.).
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deux ou trois mille dans un endroit où il y a des alizés mûres, et elles les mangent si avidement qu'elles en jettent la moitié par terre. On les voit aussi fort souvent, après les pluies, courir dans les sillons pour attraper les vers et les limaces. Dans les fortes gelées, elles vivent de gui, du fruit de l'épine blanche et d'autres baies".
On peut conclure, de ce qui vient d'être dit, que les litornes ont les mœurs différentes de celles de la grive ou de la draine, et beaucoup plus sociales. Elles vont quelquefois seules, mais le plus souvent elles forment, comme je l'ai remarqué, des bandes très-nombreuses, et, lorsqu'elles se sont ainsi réunies, elles voyagent ef se répandent dans les prairies sans se séparer; elles se jettent aussi toutes ensemble sur un même arbre à certaines heures du jour, ou lorsqu'on les approche de trop près.
M. Linnœus parle d'une litorne qui, ayant été élevée chez un marchand de vin, se rendit si familière qu'elle courait sur la table et allait boire du vin dans les verres; elle en but tant qu'elle devint chauve; mais ayant été renfermée pendant un an dans une cage, sans boire de vin, elle reprit ses plumes5. Cette petite anecdote nous offre deux choses à remarquer : l'effet du vin sur les plumes des oiseaux, et l'exemple d'une litorne apprivoisée, ce qui est assez rare, les grives, comme je l'ai dit plus haut, ne se privant pas aisément.
Plus le temps est froid, plus les litornes abondent : il semble même qu'elles en pressentent la cessation, car les chasseurs et les habitants de la campagne sont dans l'opinion que, tant qu'elles se font entendre, l'hiver n'est pas encore passé. Elles se retirent l'été dans les pays du Nord, où elles font leur ponte, et où elles trouvent du genièvre en abondance; Frisch attribue à cette nourriture le bon goût qu'il reconnaît dans leur chair c. J'avoue qu'il ne faut point disputer des goûts, mais au moins puis-je dire qu'en Bourgogne celte grive passe pour un manger assez médiocre, et qu'en généra! le fumet que communique le genièvre est mêlé de quelque amertume. D'autres prétendent que la chair de la litorne n'est jamais meilleure ni plus succulente que dans le temps où elle se nourrit de vers et d'insectes.
La litorne a été connue des anciens sous le nom de turdus pilaris , non point parce que de tout temps elle s'est prise au lacet , comme le dit M. Salerned, car cette propriété ne l'aurait point distinguée des autres e.-pèces, qui toutes se prennent de même, mais parce qu'elle a autour du bec des espèces de poils ou de barbes noires qui reviennent en avant, et qui sont plus longues que dans la grive et la draine. Il faut ajouter qu'elle a la serre très-forte, comme l'ont remarqué les auteurs de la Zooloyie
a. M. le docteur Loltinger.
b. Fauna Suecica, p. 71.
c. Frisch, article relatif à la planche 26.
d. Histoire naturelle des Oiseaux, p. 171.
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britannique. Frisch rapporte que, lorsqu'on met les petits de la draine dans le lit de la litorne, celle-ci les adopte, les nourrit et les élève comme siens; mais je ne conclurais point de cela seul, comme fait M. Frisch, qu'on peut espérer de tirer des mulets du mélange de ces deux espèces; car on ne s'attend pas, sans doute, à voir éclore une race nouvelle du mélange de la poule et du canard, quoiqu'on ait vu souvent des couvées entières de canetons menées et élevées par une poule.