Voyez la nomenclature de la page 422 du Ve volume
tous également conservés, ni tous parfaitement semblables; qu'on trouve en effet de ces oiseaux plus petits ou plus grands; d'autres qui ont les plumes subalaires et les fdets de la queue plus ou moins longs, plus ou moins nombreux; d'autres qui ont ces fdets différemment posés, différemment conformés, ou qui n'en ont point du tout; d'autres, enfin, qui diffèrent entre eux par les couleurs du plumage, par des huppes ou touffes de plumes, etc. ; mais que dans le vrai il est difficile parmi ces différences aperçues dans des individus presque tous mutilés, défigurés, ou du moins mal desséchés, de déterminer précisément celles qui peuvent constituer des espèces diverses, et celles qui ne sont que des variétés d'âge, de sexe, de saison, de climat, d'accident, etc.
D'ailleurs, il faut remarquer que les oiseaux de Paradis étant fort chers comme marchandise, à raison de leur célébrité, on tâche de faire .passer sous ce nom plusieurs oiseaux à longue queue et à beau plumage, auxquels on retranche les pieds et les cuisses pour en augmenter la valeur. Nous en avons vu ci-dessus un exemple dans le rollier de Paradis, cité par M. Edwards, planche c'xu, et auquel on avait accordé les honneurs de la mutilation : j'ai vu moi-même des perruches, des promérops, d'autres oiseaux qu'on avait ainsi traités, et l'on en peut voir plusieurs autres exemples dans Aldrovandeet dans Seba a. On trouve même assez communément de véritables oiseaux de Paradis qu'on a tâché de rendre plus singuliers et plus chers en les défigurant de différentes façons. Je me contenterai donc d'indiquer, à la suite des deux espèces principales, les oiseaux qui m'ont paru avoir assez de traits de conformité avec elles pour y être rapportés, et assez de traits de dissemblance pour en être distingués, sans oser décider, faute d'observations suffisantes, s'ils appartiennent à l'une ou à l'autre, ou s'ils forment des espèces séparées de toutes les deux.
a. La seconde espèce de manucodiata d'Aldrovande (tome I, pages 811 et 812), n'a ni les filets de la queue , ni les plumes subalaires , ni la calotte de velours, ni le bec , ni la langue des oiseaux de Paradis; la différence est si marquée que M. Brisson s'est cru fondé à faire de cet oiseau uu guêpier : cependant on l'avait mutilé comme un oiseau de Paradis. A l'égard de la cinquième espèce du même Aldrovande , qui est certainement un oiseau de Paradis , c'est tout aussi certainement un individu non-seulement mutilé, mais défiguré. — Des dix oiseaux représentés et décrits par Seba sous le nom d'oiseaux de Paradis, il n'y en a que quatre qui puissent être rapportés à ce genre; savoir, ceux des planclies xxxviii, fig. 5; lx, fig. 1, et lxiii , fig. 1 et 2. Celui de la planche xxx , fig. 5, n'est point oiseau de Paradis , et n'a aucun de ses attributs distinctifs, non plus que ceux des planches xlvi et lu : ce dernier est la vardiole Idont j'ai parlé à l'article des pies. Ces trois espèces ont à la queue deux pennes excédantes très-longues, mais qui étant emplumées dans toute leur longueur ressemblent peu aux filets des oiseaux de Paradis. Les deux de la planche lx, fig. 2 et 3, ont aussi les deux longues pennes excédantes et garnies de barbes dans toute leur longueur ; et, de plus, ils ont le bec de perroquet; ce qui n'a pas empêché qu'on ne leur ait arraché les pieds comme à des oiseaux de ! Paradis : enfin, celui de la planche lxvi, non-seulement n'est point un oiseau de Paradis, mais n'est pas même du pays de ces oiseaux, puisqu'il était venu à Seba des iles Barbades.
LE MANUCODE.
LE MANUCODE. *
Le manucode, que je nomme ainsi d'après son nom indien ou plutôt superstitieux, manucodiata, qui signifie oiseau de Dieu, est appelé communément le roi des oiseaux de Paradis; mais c'est par un préjugé qui tient aux fables dont on a chargé l'histoire de cet oiseau. Les marins dont Clusius tira ses principales informations, avaient ouï dire dans le pays que chacune des deux espèces d'oiseaux de Paradis avait son roi, à qui tous les autres paraissaient obéir avec beaucoup de soumission et de fidélité; que ce roi volait toujours au-dessus de la troupe et planait sur ses sujets; que de là il leur donnait ses ordres pour aller reconnaître les fontaines où on pouvait aller boire sans danger, pour en faire l'épreuve sur eux-mêmes, etc."; et cette fable, conservée par Clusius, quoique non moins absurde qu'aucune autre, était la seule chose qui consolât Nieremberg de toutes celles dont Clusius avait purgé l'histoire des oiseaux de Paradis b : ce qui, pour le dire en passant, doit fixer le degré de confiance que nous pouvons avoir en la critique de ce compilateur. Quoi qu'il en soit, ce prétendu roi a plusieurs traits de ressemblance avec l'oiseau de Paradis et il s'en distingue aussi par plusieurs différences.
Il a, comme lui, la tête petite et couverte d'une espèce de velours; les yeux encore plus petits, situés au-dessus de l'angle de l'ouverture du bec; les pieds assez longs et assez forts; les couleurs du plumage changeantes; deux fdets à la queue à peu près semblables, excepté qu'ils sont plus courts, que leur extrémité, qui est garnie de barbes, fait la boucle en se roulant sur elle-même, et qu'elle est ornée de miroirs semblables en petit à ceux du paonc. Il a aussi sous l'aile, de chaque côté, un paquet de sept ou huit plumes plus longues que dans la plupart des oiseaux, mais moins longues et d'une autre forme que dans l'oiseau de Paradis, puisqu'elles sont garnies dans toute leur longueur de barbes adhérentes entre elles. On a disposé la figure ' de manière que ces plumes subalaires peuvent être aperçues. Les autres ditférences sont que le manucode est plus petit, qu'il a le bec blanc et plus long à proportion , les ailes aussi plus longues, la queue plus courte et les narines couvertes de plumes.
Clusius n'a compté que treize pennes à chaque aile et sept ou huit à la queue, mais il n'a vu que des individus desséchés et qui pouvaient n'avoir
0. Voyez Clusius, Exotic. in Auctuario, p. 359. Cela a rappoit à la manière dont les Indiens se rendent quelquefois maîtres de toute une volée de ces oiseaux, en empoisonnant les fontaines cù ils vont boire.
b. Voyez Nieremberg, p. 212.
c Collection académique, t. III, partie étrangère, p. 449.
* Paradisœa regia (Linn.). Le manucode (Cuv. ).