‹ Œuvres compláetes de Lord Byron (volume 2)Chapitre 11 sur 98 · EST, LE TEMPS FUT, LE TEMPS N'EST PLUS · texte numérisé non relu

EST, LE TEMPS FUT, LE TEMPS N'EST PLUS

La jeunesse est un trésor que j'ai prodigué de trop bonne heure... mon cœur s'est épuisé à force d'aimer, et ma tête à force de rimer. '

GCXV1II. — A quoi aboutit la gloire ? à remplir peut-être une ou deux pages d'un papier incertain ; quelques-uns la comparent à l'action de gravir une colline dont le sommet se perd dans les nuages, comme celui de tous les monts. Pourquoi les hommes écriventils, parlent-ils, prêchent-ils ? pourquoi les héros égorgent-ils leurs semblables ? pourquoi les poètes consument-ils ce qu'ils appellent « leur lampe de minuit ? » Pour obtenir, quand l'original ne sera plus que poussière, un nom, un mauvais portrait, et un buste encore pire 2.

GGXIX. — Quelles sont les espérances de l'homme ? Un roi de la vieille Egypte, nommé Ghéops, fit élever la première et la plus grande des pyramides, croyant qu'il lui fallait un si grand monument pour conserver sa mémoire tout entière et cacher sa momie : un jour un voyageur, fouillant dans la pyramide, fît sauter le couvercle de son cercueil. Quel monument pourrait nous faire fonder quelque espoir sur l'avenir, quand il

» L'ancienne légende de frère Bacon dit que la têle qu'il construisit, et qui était capable de parler, après avoir prononcé distinctement : le temps est, — le temps fut, — le temps n'est plus, tomba de son piédestal et se brisa en mille pièces.

2 II est vivement à regretter que lord Byron, contemporain de Lawrence et de Chantrey, n'ait jamais posé devant ces artistes illustres, dont la toile et le marbre ont fixé avec un magique bonheur l'air même et le geste de nos illustrations contemporaines ; les Wellington, les Canning, les Scott, les Soulhey. {Quart. Rev.)

ne reste pas une pincée des cendres de Ghéops?

CCXX. — Quant à moi, aimant par goût la vraie philosophie, je me dis très-souvent : « Hélas ! tout est né pour mourir et l'homme n'est qu'une herbe que la mort fauche comme du foin. Tu as passé ta jeunesse

assez agréablement, et si c'était à recommencer tu

ferais de même. Remercie donc ton étoile de n'être pas plus malheureux ; lis la Bible, mon ami, et prends soin de ta bourse. »

CGXXI. — Pour le présent, aimable lecteur, et toi, cher acheteur, plus aimable encore, le poète (c'est moi) veut, avec votre permission, vous secouer cordialement la main, se dire votre très-humble serviteur, et vous souhaiter le bonjour. Nous nous reverrons si nous nous entendons.. .. et, dans le cas contraire, je ne lasserai pas plus longtemps votre patience ; cet échantillon suffira Que nous serions heureux, si tous les

auteurs suivaient cet exemple !

GGXXII. — Va, petit livre, quitte ma solitude, je te confie aux ondes, fais ton chemin ; et si, comme je le crois, ta veine est heureuse, le monde te retrouvera après de longues années i .

Lorsque Southey se fait lire, et que Wordsworth se fait comprendre, je ne puis m'empêcher de prétendre aussi à la gloire... Les quatre premiers vers sont de Southey; pour l'amour de Dieu, cher lecteur, n'allez pas me les attribuer.

Page 1