CI. — Johnson dit alors à Juan
« — Juan, nous n'avons pas de temps à perdre. — Cette jeune fille est gentille, — très-gentille ; — je ne vis jamais de pareils yeux ; — mais voyons : il faut choisir entre votre réputation et votre sensibilité, — entre votre gloire et votre pitié. — Écoutez — comme le fracas augmente! — Nulle excuse ne sera admise quand une ville est au pillage; —je serais fâché de marcher sans vous; mais, de par Dieu, nous arriverons trop tard au bastion pour les premiers coups. »
CIL — Juan fut inébranlable, jusqu'à ce que Johson, qui l'aimait réellement à sa manière, eût choisi avec intelligence parmi ses soldats ceux qu'il jugeait être les moins avides de pillage ; et leur confiant la garde de la petite fille, il jura que s'il lui arrivait quelque mal, ils seraient tous fusillés le lendemain; tandis que s'ils la lui ramenaient saine et sauve, ils auraient au moins cinquante roubles chacun, —
CIII. — Sans perdre leur droit à leur part du butin que feraient leurs camarades. — Alors Juan consentit à marcher à travers le tonnerre qui éclaircissait les rangs à chaque pas. Les autres ne se précipitaient pas avec moins d'ardeur; chose peu surprenante, échauffés comme ils l'étaient par l'espoir du pillage, espoir qui anime les hommes partout et chaque jour. — Il n'est pas de héros qui se contente de sa demi-paye.