‹ Œuvres compláetes de Lord Byron (volume 2)Chapitre 85 sur 98 · LXXVIII. — Et quant à l'efféminée villeggiatura · texte numérisé non relu

LXXVIII. — Et quant à l'efféminée villeggiatura

— plus riche en bêtes à cornes qu'en chiens courants,

— l'Angleterre a une chasse si animée qu'elle séduirait un saint occupé à son rosaire ; Nemrod lui-même quitterait les plaines de Dura 3 et viendrait revêtir, pour une saison, la veste de Melton *. — Si l'Angleterre n'a pas de sangliers, elle a une réserve d'ennuyeux s apprivoisés, auxquels on devrait bien donner la chasse.

LXXIX. — Les nobles hôtes, réunis à l'Abbaye, étaient, — nous donnons le pas au sexe, — la duchesse de Fitz Fulke, — la comtesse Crabbey, — lady Scilly et lady Busey, — miss Eclat, miss Bombazeen, miss Mackstay, miss O'Tabby et miss Babbi, la femme du riche banquier, — l'honorable miss Sleep, qui semlait un agneau blanc, et n'était qu'une brebis noire.

LXXX. — Il y avait encore d'autres comtesses de Blank 6 — mais de rang, à la fois la lie et l'élite des

çoit ce combustible si abondant dans le nord de l'Angleterre. On a dit avec raison, que tout le charbon de terre extrait des mines de la Grande-Bretagne, est un trésor plus précieux pour le lieu de son extraction que tout l'or et tout l'argent extraits annuellement des mines du Nouveau-Monde. a. p.

i 11 y a ici une allusion assez obscure qu'explique peut-être l'octave 78. a. p.

2 La campagne, le séjour qu'on y fait, ses habitants, etc. a. p.

5 En Assyrie.

* Veste de chasse. Pour d'exacts détails sur Melton Mowbray, le quartier général des chasses anglaises, voyez la Quaterly Revietv, tome xlvii, page 216, ou la Revue Britannique, 1868. a. p.

s Bour, sanglier, se prononce à peu près comme bore, ennuyeux, importun, sot. m a. p.

« C'est-à-dire, dont je ne dis pas le nom, mais le rang. A. p

sociétés, qui passent comme l'eau filtrée dans une citerne, pure des particules corrompues qui étaient descendues avec elle des nuages ; ou tel est le papier converti en or par la banque. N'importe pourquoi et comment, le passe-port couvre le passé et la femme passée aussi ; car le beau monde n'est pas moins renommé pour sa tolérance que pour sa piété ;

LXXXI. — C'est-à-dire jusqu'à un certain point ; lequel point est le plus difficile de la ponctuation, Les apparences forment le pivot sur lequel on tourne dans un rang plus élevé; pourvu qu'aucune explosion n'ait lieu, que personne ne crie : Halte-là, sorcière l ! — ou que chaque Médée ait son Jason , ou enfin (pour citer Horace et Pulci en fait de point) « Omne tulit punctum quœ miscuit utile dulci. »

LXXX1I. — Je ne puis déterminer exactement leurs règles de justice : elles ont quelques rapports avec une loterie. J'ai vu une femme vertueuse mise à bas par les simples combinaisons d'une coterie; j'ai vu une matrone comme-ci comme-ça tant comploter et lutter qu'elle retrouva le chemin du monde , et y brilla comme la Siria 2 de ces sphères, échappée saine et sauve de cette espèce de combat, moyennant quelques légers traits de raillerie qui ne laissent aucune cicatrice.

LXXXIII. — J'en ai vu plus que je n'en veux dire : — mais nous verrons comment va faire notre ville ggiatura. La. partie pouvait se composer de trente-trois personnes de la haute caste, — les Bramins du ton ; j'en ai nommé quelques-uns, sans choisir les plus élevés en rang, selon le caprice de la rime. Dans le

i Aroint thee, witch ! The rump-fed ronyon cries. Macbeth. * Nom féminin donné à la constellation Sirius. A. P.

nombre, en guise d'assaisonnement, il y avait aussi quelques absents l d'Irlande.

LXXXIV. — Il y avait Parolles 2, le ferrailleur légiste, qui borne le terrain de ses batailles au barreau et au sénat ; — appelé ailleurs, il montre, certes, plus d'amour pour les paroles que pour les combats ; il y avait le jeune poëte Rack-Rhyme, nouvellement apparu et brillant comme un astre de six semaines ; il y avait le lord Pyrrho, le grand franc-penseur, et sir John Pottledeep, le grand buveur.

LXXXV. — Il y avait le duc de Dash, qui était — • duc, — « oui, duc de la tête aux pieds 3; » il y avait douze pairs comme ceux de Charlemagne, — et si bien pairs de tournure et d'esprit qu'il n'y avait pas moyen, à les voir et à les entendre, de les prendre pour des plébéiens ; il y avait les six miss Rawbolds, charmantes personnes! tout musique et sentiment, dont les cœurs pensaient moins à un couvent qu'à une couronne de comte ou de baron.

LXXXVI. — Il y avait quatre honorables misters dont l'honneur était plus devant leurs noms que derrière 4 ; il y avait le preux chevalier de la Ruse, que la France et la fortune avaient daigné depuis peu faire débarquer sur nos côtes, et dont le grand talent était

i Absentées: ce terme désigne tout homme qui vit hors de son pays, tout fonctionnaire non résidant; mais il s'applique plus particulièrement aux. propriétaires irlandais vivant hors l'Irlande. Lady Morgan a publié un petit ouvrage sur les absentées. a. p.

2 L'inimitié de lord Byron contre lord Brougham permet de croire que c'est lui qu'il a en vue ici. Voyez l'octave 15 du chant X et la satire des poètes anglais. a. p.

s Duke of limb, duc des jambes, signifie en argot anglais, homme mal bâti, sans doute à cause de l'analogie qui existe entre les mots duck, duc, et duch, canard. a. p.

4 Les fds de lords prennent le titre d'honorable devant leurs noms : tue honorable M. Such a One, Vhonorable M. un tel. a. p.

d'amuser; mais les clubs trouvaient sa gaieté trop sérieuse, car — telle était sa magie de séduction, — que les dés eux-mêmes semblaient charmés de ses reparties.

LXXXVII. — Il y avait Dick' Dubious le métaphysicien, qui aimait la philosophie et un bon dîner; Angle le soi-disant mathématicien ; sir Silver-Cup, fameux par tant de prix obtenus aux courses ; le révérend Rodomont-Précisian qui haïssait moins le péché que le pécheur, et le lord Auguste Fitz-Plantagenet, bon pour tout, mais meilleur encore pour une gageure.

LXXXVIII. — Il y avait Jack- Jargon, le gigantesque officier aux gardes, et le général Fireface, fameux dans les champs de bataille, grand tacticien et vaillant ferrailleur, qui dans les dernières guerres mangea plus de Yankees 4 qu'il n'en tua ; il y avait ce plaisant juge du pays de Galles, Jefferies Hardsman 2 si expert dans ses graves fonctions, que, quand un accusé recevait sa sentence, il avait le bon mot du juge pour consolation 3.

LXXXIX. — La bonne compagnie est un jeu d'échecs; — il y a des rois, des reines, des évêques,

1 Surnom des Américains chez qui l'air de la chanson ironique de Yankee doodle est devenu glorieusement national ; cet air de Yankee doodle est un air allemand que les Anglais avaient adapté à des paroles de moquerie appliquées aux colons américains, qu'ils appelaient et appellent encore Yankees. Yankee est une corruption du mot yengeese, qui était lui-même la prononciation indienne du mot English, Anglais. Quand les troupes royales sortirent de Boston, après l'incendie des magasins de la Concorde, elles marchèrent au son de l'air de Yankee doodle. Elles furent repoussées, et les Américains adoptèrent l'air de Yankee doodle en mémoire de leur triomphe. a. p.

2 George Hardinger Esq, membre du parlement, l'un des juges du pays de Galles, mourut en 1816. Ses ouvrages ont été réunis en 1818, par M. Nichols.

3 Allusion à une phrase de Partridge dans Tom Jones, a. p.

des cavaliers, des filous, des usuriers * ; le monde est un jeu; si ce n'est que ces marionnettes ont en ellesmêmes leurs ressorts ; il me semble qu'on pourrait aussi les comparer à celles du joyeux Polichinelle. Ma Muse, papillon qui n'a que ses ailes et point d'aiguillon, voltige çà et là sans but, et se pose rarement : si elle éiait un frelon, peut-être il y aurait des vices qui l'attristeraient.

XG. — J'allais oublier — mais je ne dois pas oublier — un orateur, le dernier de la session, qui avait prononcé assez bien un discours soigné, les prémices de sa virginité à la tribune2; les journaux retentissaient encore de de début, qui avait fait une forte impression, et qu'on pourrait mettre à côté de ce qui nous est vanté chaque jour comme — « le plus beau discours qu'on ait jamais entendu. »

XGI. — Fiers de ses — hear hims 3 / — fier aussi de son vote, et fier de la perle de sa virginité d'éloquence, fier de son savoir (qui était suffisant pour pouvoir faire quelques citations), il se complaisait dans sa gloire cicéronienne ; doué d'une excellente mémoire pour apprendre par cœur, d'assez d'esprit pour faire un calembour ou raconter une anecdote, doué de quelque mérite même et d'effronterie plus encore, cet homme, l'orgueil de son pays,v'm\ aussi dans le pays 4.

i Voici les mots anglais qui répondent à ceux de la traduction : kings, rois; queens, reines; bishops, évêques (filous, c'est la pièce que nous appelons fou); knights, chevaliers, cavaliers; rocks, c'est la pièce que nous appelons tour); enfin, pawns, pions : pawn signifieune chose mise en gage, d'où vient le nom de pawn-broker, prêteur sur gage, usurier. a. p.

2 On appelle maiden speech, le discours vierge, le premier discours d'un membre de la chambre. a. p.

s Hear ! hear ! écoutez ! écoutez ! a. p.

4 Couvtry, la campagne, la province, la patrie : nous avons déjà remarqué ce jeu de mots. A. p.

XCII. — Il vint aussi deux beaux esprits, déclarés tels par acclamation, Longbow d'Irlande et Strongbow de la Tweed ', tous deux avocats, et tous deux hommes bien élevés. Mais l'esprit de Strongbow était plus poli; Longbow était d'une imagination hardie, belle et bondissante comme un coursier, mais bronchant quelquefois sur une pomme de terre ; — tandis que Strongbow, dans ses bons moments, était digne de Caton.

XGIII. — Strongbow était comme un clavecin tout récemment accordé; mais Longbow était irrégulier comme une harpe éolienne que les vents du ciel font vibrer au hasard. Vous n'auriez pas voulu changer un mot à l'entretien de Strongbow; vous aviez quelque chose à critiquer dans les phrases de Longbow : tous deux hommes de talent, — l'un grâce à la nature, l'autre grâce à l'éducation ; celui-là par le cœur, et celui-ci par la tête.

XCIV. — Si tous ces individus semblent former une masse hélérogène dans une maison de campagne, croyez cependant qu'une région où l'on trouve un échantillon de chaque classe est préférable à un monotone tête-à-tête. Les jours de la comédie ne sont plus, hélas! alors que les sots de Congrève pouvaient rivaliser avec les bêtes de Molière 2. La société s'est

* Curran et Erskine.

2 Cette opposition des sots de Congrève et des bêtes de Molière fait sentir tout d'abord la distinction qui existe entre les deux auteurs.

Pope, dans ses imitations d'Horace, disait :

Tellme if Congrève' s fools are fools indeed.

« Dites-moi si les fous de Congrève sont vraiment des fous. »

Leur sottise est une sottise tout anglaise : les bêtes de Molière appartiennent à l'espèce humaine. A. p.

polie à un tel excès que les mœurs ne sont guère plus distinctes que les habits.

XGV. — Nos ridicules sont rejetés sur le dernier plan, — ridicules certes encore, mais aussi trèsennuyeux; — les professions ont perdu leurs attributs caractéristiques, et la folie ne fournit plus un seul trait; car les fous abondent toujours, il est vrai, mais ils sont stériles, et ne valent pas la peine d'être mis en scène. La société n'est plus qu'une horde policée, composée de deux grandes classes, les ennuyeux et les ennuyés.

XCVI. — Mais de fermiers que nous sommes nous devenons glaneurs, glanant les épis rares mais bienveillants de la vérité. Ah ! aimable lecteur, si vous ramassez quelque sou, vous pourrez être Booz, et moi la. modeste Ruth. Je citerais davantage, mais l'Écriture qui survient là me le défend. Ma jeunesse a gardé une impression profonde de ce que crie mistress Adams à son mari l :

« L'Écriture hors de l'église est un blasphème. »

XCVII. — Mais nous glanons ce que nous pouvons dans ce vil siècle de paille, quoique ce que nous glanons ne soit pas de la mouture.

Je ne dois pas omettre ici le sage bavard Kit Gat 2, fameux causeur, qui, dans son agenda, préparait chaque matin une page pour Ja soirée. Ecoute, — oh ! écoute, — Hélas ! pauvre ombre 3 / quels malheurs inat-

» « Mistress Adams répondit à M. Adams que c'était un blasphème de citer l'écriture hors de l'Eglise. »

2 Kit-Cat était le nom d'un fameux club où se réunissaient les Whigs les plus distingués, au temps d'Addison, etc. a. p.

s Citation du premier acte d'il amie t : les mots écoute, écoute, sont prononcés par l'ombre, etceux. de pauvre ombre par Ilamlet :

L/omkre. — L'heure approche où je dois me replonger dans les flammes sulfureuses du lieu de mes tourments !

tendus fondent sur ceux qui ont étudié leurs bons mots !

XCVIII. — Premièrement, ils doivent par maints détours amener la conversation à leur pointe ingénieuse ; secondement , il faut qu'ils ne fassent pas grâce à leurs auditeurs d'un pouce l sans leur rendre une aune ; troisièmement, qu'ils ne reculent jamais si quelque fin parleur les met à l'épreuve, et qu'ils saisissent le dernier mot, qui est à coup sûr le meilleur.

XCIX. — Lord Henry et son épouse étaient le seigneur et la dame du château ; les personnes que nous avons nommées étaient leurs hôtes. Leur table eût presque tenté les mânes à passer le Styx pour faire un banquet plus substantiel. Je ne m'étendrai pas sur les ragoûts ou sur les rôtis, quoique tout dans l'histoire atteste que le bonheur de l'homme, — ce pécheur affamé, depuis qu'Eve mangea des pommes, dépend beaucoup du dîner 2.

G. — Témoin les contrées « où circulaient des fleu ves de lait et de miel » , promis à la faim des voraces Israélites ; nous y avons depuis ajouté l'amour de l'argent, seule espèce de plaisir qui vaut la peine qu'il coûte. La jeunesse se flétrit, et avec elle le soleil

Hamlet. — Hélas ! pauvre ombre !

L'ombre. — Ne me plains pas; mais prêle une oreille attentive à ce que je vais te dire !

Le poète compare les auditeurs du bavard KitCat au pauvre Hamlet, condamné à écouter l'ombre, malgré sa terreur ; bientôt l'ombre, voyant Hamlet se troubler, s'interrompt pour lui dire : List, list, (écoute, écoute). a. p.

* Inch signifie un petit espace de terre aussi bien que la mesure équivalente à douze lignes. a. p.

2 « Il n'est pas de chose dont un homme s'occupe avec autant de soin que de son dîner ; et s'il ne le fait pas bien apprêter, on doit le soupçonner de négligence dans les autres choses. »

Johnson.

de nos jours; nous nous fatiguons de nos maîtresses et de nos parasites. Mais, - ô toi, argent, métal délicieux, ah! qui voudrait te perdre, quand nous ne pouvons déjà plus user de toi, ni même en abuser !

31. — Les messieurs partaient de bonne heure pour chassera cheval ou au fusil; les plus jeunes, parce qu ils mmaient cet exercice, - la première chose que les jeunes gens aiment après le jeu et le fruit • et ceux de l'âge moyen y allaient pour abréger lé jour car l'ennui est une plante de racine anglaise, quoique sans nom * dans notre langue : nous avons le fait pour le mot, et nous laissons traduire aux Français ce bâillement solennel qu'aucun sommeil ne peut calmer.

a GI1; T.^eS hÔtGS d'un àge avancé se Promenaient dans la bibliothèque, maniaient les livres, critiquaient les tableaux, ou allaient et venaient piteusement dans les jardins, dissertaient sur la serre, montaient un cheval d'un trot paisible, faisaient leur lecture des gazettes du matin, ou fixaient leur yeux languissants sur la pendule, attendant avec impatience, à l'âge de soixante ans, six heures du soir.

CIII. — Mais personne n'était gêné : l'heure du rendez-vous général était annoncée par la cloche du dîner ; jusque-là tous étaient maîtres de leur temps — libres d'en abréger les instants réunis ou solitairement suivant la manière dont ils voulaient passer la journée chose qui n'est connue que de peu de gens ; chacun se levait et s'habillait à son heure, chacun déjeunait quand, où et comme cela lui faisait plaisir. GIV. — Les dames, — celles-ci avec du rouge,

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celles-là un peu pâles, — disposaient aussi comme bon leur semblait du matin : faisait-il beau, elles sortaient à cheval ou à pied; mauvais, elles lisaient ou racontaient une histoire, chantaient ou répétaient la dernière contredanse importée du continent ; elles discutaient la mode prochaine, réglaient la forme des bonnets d'après le code le plus nouveau, ou griffonnaient douze feuillets entassés dans une petite lettre pour entretenir leur correspondance.

GV. — Car les unes avaient des amants absents, toutes des amis. La terre et presque le ciel n'ont rien comme une épître du sexe, car elle ne finit jamais. J'aime le mystère d'une missive de femme qui, semblable à un symbole, ne disant jamais tout ce qu'elle a l'intention de dire, est remplie de ruse comme le sifflet d'Ulysse, quand il attira le pauvre Dolon : et il faut bien prendre garde à ce que vous répondez à une semblable lettre.

CVI. — Il y avait ensuite des billards, des cartes aussi, mais pas de dés ; — excepté dans les clubs, aucun homme d'honneur ne joue aux dés. Il y avait des bateaux pour les jours où l'eau était limpide, des patins quand il gelait, et que le froid détruisait les pistes du gibier ; il y avait aussi la pêche à la ligne, ce vice solitaire, quoique chante ou dise Isaac Walton ; ce vieux fou, ce fat cruel, devrait avoir un hameçon dans la gorge, et une petite truite pour le tirer *.

* Cela lui aurait donné du moins une leçon d'humanité. Ce sauvage sentimental, que les romanciers se sont mis à citer pour prouver leur goût pour les amusements innocents et les vieilles poésies, nous apprend à coudre les grenouilles et à leur casser les jambes par manière d'expérience, comme supplément à l'art de pêcher à la ligne, le plus stupide des amusements prétendus. Ils ont beau parler des beautés de la nature, le pêcheur ne pense qu'à son plat de poissons. Il n'a pas le loisir de lever les yeux du

GVII. — Avec le soir venaient le banquet et le vin, la conversation, le duo, exécuté par des voix plus ou moins divines (mon cœur ou ma tête souffrent encore de ce souvenir) ; les quatre miss Rawbolds brillaient dans un air joyeux ; mais les deux plus jeunes préféraient se placer à la harpe, — parce qu'au charme de la musique elles ajoutaient celui d'un cou gracieux, de leurs bras blancs et de deux mains bien faites.

GVIII. — Quelquefois (mais rarement pendant la saison de la chasse, parce que les messieurs étaient fatigués) la danse offrait par ses figures l'occasion de déployer avec avantages quelques tailles de sylphides ; puis on avait la petite causerie, — et la coquetterie, — mais avec décorum, — pour obtenir tout juste quelques compliments, mérités ou non. Les chasseurs poursuivaient encore le renard dans le récit de leur chasse, et puis battaient sagement en retraite à — dix heures.

CIX. — Les politiques, dans un coin à l'écart, disputaient sur le monde, et réglaient toutes les sphères ; les beaux esprits épiaient le moment favorable d'introduire un bon mot. Ils ont peu de repos, ceux qui visent à être piquants : un moment de saillie leur a peutcours de l'eau, et un seul goujon qui vient mordre à l'hameçon vaut pour lui tout le paysage qui l'entoure. D'ailleurs, certains poissons n'y mordent que les jours brumenx. La pêche de la baleine et du requin a quelque chose de noble et de périlleux : la pèche au filet est moins inhumaine et plus active; mais la pêche à la ligne!... Un pêcheur à la ligne ne saurait être un bon homme. — « Un des meilleurs hommes que j'aie jamais connus, humain, a délicat, généreux, doux autant qu'on peut l'être, était pêcheur « à la ligne. Il est vrai qu'il péchait avec des mouches factices, et « qu'il eût été incapable de toutes les extravagances d'Isaac « Walton. » .

Cette addition est d'un ami qui a eu mon manuscrit entre les mains; audit alteram partent. Je la laisse pour contrebalancer mon observation.

être coûté des années d'attente, et même au moment d'y atteindre, oui, même alors, un sot leur en fait perdre l'instant propice.

GX. — Mais tout était amabilité aristocratique dans cette société — policée, calme et froide comme un groupe de statues de Phidias, taillées dans les carrières de l'Attique. Il n'y a plus de Squires Westerns l de jadis ; et nos Sophies, moins emphatiques, sont toujours aussi belles, et plus belles même. Nous n'avons plus des mauvais sujets accomplis comme Tom Jones, mais des messieurs en corset aussi roides que des bustes de pierre.

CXI. — On se séparait de bonne heure, c'est-à-dire avant minuit, — qui est le midi de Londres. Mais, à la campagne, les dames se rendent à leurs chambres un peu avant le déclin de la lune. Paix au sommeil de chaque fleur repliée sur elle-même ; puisse la rose rappeler bientôt ses vraies couleurs! des heures de bon sommeil sont d'excellents fards, et font diminuer le prix du rouge au moins pendant quelques hivers.

* Le Squire Western de Fielding, le type d'une classe de gentilshommes de campagne, clans le dernier siècle; Sophie, sa fille, héroïne du roman de Tom Joher. a. p#

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