‹ Œuvres compláetes de Lord ByronChapitre 58 sur 67 · CLXXVII. — Oh ! que ne puis-je habiter le désert · texte numérisé non relu

CLXXVII. — Oh ! que ne puis-je habiter le désert

* Arma virumque, etc., etc.

avec une douce compagne du pays des génies pour charmer ma solitude ; heureux de perdre le souvenir des hommes, et de n'aimer qu'elle sans haïr personne ! 0 vous, éléments dont la noble inspiration réveille mon enthousiasme, ne pouvez-vous exaucer mes désirs? suis-je dans l'erreur en croyant que de semblables esprits habitent plus d'un lieu dans la nature? hélas! il est bien rare , s'ils existent, qu'ils daignent se communiquer à nous K

GLXXVIII. — Il est un plaisir dans les bois sans chemins frayés ; il est un ravissement sur le rivage solitaire ; il est une société là où aucun importun ne vous trouble, et non loin de la mer, car il y a aussi une musique dans le mugissement des vagues. Je n'aime pas moins l'homme, mais je chéris davantage la nature après ces entrevues avec elle, où j'oublie tout ce que je puis être, et tout ce que j'ai déjà été, pour me mêler avec l'univers, et éprouver ce que je ne puis jamais exprimer ni taire entièrement.

GLXXIX. — Déroule tes vagues d'azur, majestueux océan 2 ! mille flottes parcourent tes routes immenses : l'homme qui couvre la terre de ruines voit son pouvoir s'arrêter sur tes bords. Tu es le seul auteur de tous

* En rapprochant cette stance des 4ï2eet43edu troisième chant on trouvera une analogie piquante entre la pensée de Byron et celle d'un de nos vieux poètes :

Dieu les tient agités, et jamais ne les laisse ; D'un aiguillon ardent il les pique et les presse. Ils ont les pieds à terre et l'esprit dans les cieux ; Le peuple les estime enragés, furieux; Ils errent par les bois, par les monts, par les prées, Ils jouissent tout seuls des nymphes et des Les.

Ronsard. a. p.

« Albano l'entendit, en découvrant l'abîme,

Saluer l'océan d'un adieu si sublime, etc. De Lamartine, Ve chant du Pèlerinage d'Harold. a. p.

les ravages dont l'humide élément est le théâtre : il n'y reste aucun vestige de ceux de l'homme ; son ombre se dessine à peine sur ta surface, lorsqu'il s'enfonce comme une goutte d'eau dans tes profonds abîmes, privé de tombeau, de linceul, et ignoré.

GLXXX. — Ses pas ne sont point imprimés sur ta surface, tes domaines ne sont point une dépouille pour lui... tu te soulèves et le repousses loin de loi; le lâche pouvoir qu'il exerce pour la destruction de la terre n'excite que tes dédains ; tu le fais voler avec ton écume jusqu'aux nuages, et tu le rejettes, en te jouant, aux lieux où il a plcv»j toutes ses espérances. Son cadavre gît sur la plage près du port qu'il voulait aborder..., et qu'il y reste !

CLXXXI. — Que sont ces armements redoutables qui vont foudroyer les villes de tes rivages, épouvanter les nations, et faire trembler les monarques dans leurs capitales? Que sont ces citadelles mouvantes, semblables à d'énormes baleines, et dont les mortels qui les construisent sont si fiers qu'ils osent se parer du titre de seigneurs de l'océan, et d'arbitres de la guerre? que sont-elles pour toi? Un simple jouet : nous les v.oyons, comme ta blanche écume, se fondre dans tes ondes amères , qui anéantissent également l'orgueille use Armada ou les débris de Trafalgar.

GLXXX1I. — Tes rivages sont des empires ; ils changent sans cesse, et tu restes toujours le même. Que sont devenues l'Assyrie, la Grèce, Rome et Cartilage ? Tes flots battaient leurs frontières aux jours de la liberté, et plus tard sous le règne des tyrans. Leurs peuples, esclaves ou barbares, obéissent à des lois étrangères. La destinée fatale a converti des royaumes en déserts... mais rien ne change en toi que le caprice de tes vagues : le temps ne grave aucune

ride sur ton front d'azur ; tel que te vit l'aurore de la création, tel tu es encore aujourd'hui.

CLXXXIII. — Glorieux miroir où le Tout-Puissant aime à se contempler au milieu des tempêtes ; calme ou agité, soulevé par la brise, par le zepuyr ou par l'aquilon, glacé vers le pôle, bouillonnant sous la zone torride, tu es toujours sublime et sans limites ; tu es l'image de l'éternité, le trône de l'invisible ; ta vase, léconde en elle-même, produit les monstres de l'abîme. Chaque région de la terre t'obéit, tu t'avances terrible, impénétrable et solitaire.

GLXXXIV. — Je t'ai toujours aimé, océan ! et les plus doux plaisirs de ma jeunesse étaient de me sentir sur ton sein, errant à l'aventure comme tes flots. Dès mon enfance je jouai avec tes brisants : rien n'égalait le charme qu'ils avaient pour moi : si la mer irritée les rendait plus terribles, mes craintes me charmaient encore ; car j'étais comme un de tes enfants, je me confiais gaiement à tes vagues et je jouais avec ton humide crinière comme je le fais en ce moment.

GLXXXV. — Ma tâche est finie, mes chants ont cessé ; ma voix fait retentir l'écho pour la dernière fois. 11 est temps d'interrompre un rêve trop prolongé, il faut éteindre la lampe qui m'éclairait pendant les ombres de la nuit... ce qui est écrit... est écrit... Que n'ai-je mieux fait ! mais je ne suis plus ce que j'ai été ; mes visions voltigent plus transparentes autour de moi, et le feu qui inspirait mon âme tremble,s'éteint et s'évanouit.

CLXXXVI. — Adieu ! ce mot doit être et fut toujours un son qui nous afflige... adieu cependant, ô vous qui avez, suivi mon pèlerin jusque clans ce dernier voyage ! Si votre mémoire conserve une seule de ses pensées, si vous tenez à un de ses souvenirs, ce ne sera pas en vain qu'il aura porté les sandales et le capuchon orne

de coquillages. Adieu ! que le regret ne soit que pour luii s'il en est un ; et vous, profitez de la morale de ses chants 4.

0 Muse, (fui donnais ta lyre à ses douleurs,

Viens donc ; suivons ses pas aux traces de ses pleurs.

De Lamartine.

Ve chant du Pèlerinage de Childe-flarold*

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